Bernard Debré à RT France: «Ce qui se passe est dramatique pour la République et pour la démocratie»

Source: AFP

L'un des premiers à réagir après l'annonce de la convocation des ministres à l'Elysée au sujet du 49.3, le professeur Bernard Debré, député Les Républicains décrypte pour RT France une manœuvre gouvernementale pire selon lui qu'un aveu de faiblesse.

RT France : Vous avez été l’un des premiers à réagir après l’annonce de la convocation des ministres à l’Elysée cet après-midi, que pensez-vous de l’application éventuelle du 49.3 ?

Bernard Debré : Nous sommes dans une situation invraisemblable. Il faut se rappeler que depuis le début des débats sur la loi travail, Myriam El Khomri avait dit : «J’utiliserai le 49.3.» C’est dire, qu’il avait été prévu de longue date ! Avec le 49.3, le gouvernement trahit son manque absolu de majorité. [L'utilisation de] cet article n’est pas du tout pour obliger l’opposition à faire quoi que ce soit ! C’est pour obliger la majorité socialiste a suivre le gouvernement. C’est plus qu’un aveu de faiblesse, c’est un aveu de brouillon. On dit qu’on va utiliser le 49.3, puis on dit qu’on n’y aura pas recours…puis on revient dessus et on fait une réserve des votes sur les amendements et les articles, et enfin on convoque pour peut être déboucher sur un 49.3…C’est invraisemblable ! Ils sont dans le désarroi le plus complet. C’est dramatique pour la République et pour la démocratie et je crains des manifestations graves dans la rue. Et encore une fois, ça montrera la déliquescence complète de ce gouvernement et des socialistes. 

RT France : Pensez-vous que le recours éventuel au 49.3 signifie un ras le bol, une volonté du gouvernement d’en finir avec des négociations qui n’en finissent pas ?

Bernard debré : Non, car le 49.3 avait été annoncé bien avant que le bras de fer ne commence ! Madame el Khomri dès le début avait dit : «Voilà mon texte, s’il ne passe pas et qu’il suscite des mécontentements je prendrai le 49.3.» Ce n’est pas contre la rue que cet article est pris, c’est contre la majorité de Manuel Valls, parce qu’il n’a plus la majorité au sein de son propre parti ! Nous sommes en pleine anarchie politique.

Le plus ironique, c’est qu’avec toutes ces manifestations et ces reculades du gouvernement, Manuel Valls vociférait en disant que jamais ils n’allaient l’utiliser, François Hollande avait dit la même chose. Je n’aurais pas la méchanceté de reprendre ses paroles d’avant qu’il ne soit élu président de la République, mais je voudrais quand même rappeler qu’il disait [...] que c’était un article antidémocratique…

Et maintenant, nous en sommes là ! Mais ce n’est pas entièrement nouveau. Déjà hier à l'Assemblée, la situation était édifiante : nous avons eu des discussions, des amendements, puis madame la ministre du Travail a décidé d’un coup de réserver les articles. Autrement dit nous avons eu le droit de discuter les amendements, mais nous n’avons pas eu le droit de voter ! C’est quand même un blocage incroyable du gouvernement et c’était clair que ça préparait l’article 49.3…

RT France : Vous qui êtes désormais très opposé à la loi travail, l’avez-vous toujours été ou êtes-vous revenu sur vos positions ?

Bernard debré : Je n’étais pas opposé à la première mouture de la loi travail. Avant qu’elle soit modifiée pour ne plus ressembler à rien, je trouvais que c’était une loi qui allait dans le bon sens. Mais elle a été tellement édulcorée qu’elle en est devenue dramatiquement dangereuse. 

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