Un politologue sur les initiatives à gauche :«elles auront du mal à effacer les derniers trimestres»

© Geoffroy Van der Hasselt Source: AFP

«La Belle alliance populaire», «Hé oh la gauche !»... la gauche multiplie les initiatives. Olivier Rouquan, politologue et enseignant à l'Institut supérieur du management public et politique, décrit ces opérations du gouvernement.

RT France : La semaine dernière, Jean-Christophe Cambadélis a lancé «la Belle alliance populaire», quelques jours plus tard, c’est Stéphane Le Foll qui a annoncé la tenue d’un meeting de soutien à François Hollande «Hé oh la gauche !». Ces initiatives sont-elles le signe d’une future candidature de François Hollande ? Faut-il y voir une stratégie pour éviter les primaires à gauche, pourtant déjà actées par le PS ?

Olivier Rouquan (O.R.) : On perçoit nettement la volonté de préparer le terrain, de refaire entendre ces termes, à la fois «Alliance populaire» ou « gauche» dans le débat public. C’est le meilleur moyen de préparer une éventuelle candidature.

Il s’agit de faire passer l’idée que cette équipe gouvernementale reste une équipe ancrée à gauche 

Ce sont des opérations de communication et de mobilisation de l’opinion publique, au-delà des sympathisants, pour tenter d'effacer les traces de la séquence qui vient de s’écouler. La période entre le début de l’année et aujourd’hui, a brouillé le message du gouvernement et du président, avec des débats sur la déchéance de nationalité ou encore le projet de loi Travail. Il s’agit de faire passer l’idée que cette équipe gouvernementale reste une équipe ancrée à gauche. Or les mobilisations sur la loi Travail sèment le doute par rapport à cette position.

Ils veulent essayer de créer de la mobilisation à gauche, de faire passer un message. Et cela prépare forcément le terrain pour une candidature du gouvernement. Quand on voit les personnalités à gauche qui se réunissent pour «Hé oh la gauche !», ce sont tous des proches, des soutiens de François Hollande.

RT France : Peut-on envisager qu’il y ait deux candidats à gauche, François Hollande et un candidat issu de primaires ?

O.R. : Pour qu’il y ait des primaires, au-delà des statuts qui dans les faits sont votés mais qui peuvent se modifier si besoin, il faut des acteurs motivés pour participer à ces primaires. Or pour l’instant, on a vu un mouvement d’intellectuels qui a demandé des primaires, on voit des sondages qui indiquent que l’opinion y est favorable, même si cela faiblit un peu, mais on ne voit pas d’engagement ferme à gauche de personnalités de premier plan. Sur cette question-là, on a peu entendu Arnaud Montebourg, qui avait quand même fait un score non négligeable en 2012, idem pour Christiane Taubira ou Benoit Hamon… Leur motivation n’est pas, jusqu’à ce jour, très forte : à partir de là avec qui allez-vous faire des primaires ? Si les primaires se font tardivement, elles vont être perçues par l’opinion sur le mode du manque de motivation, de bricolage, et seront peut-être moins efficaces sur le plan de la légitimité.

Les précédents indiquent que le chef de l’Etat sortant bénéficie d’un avantage même s’il est impopulaire

Les précédents indiquent que le chef de l’Etat sortant bénéficie d’un avantage même s’il est impopulaire. Il a l’avantage d’occuper la fonction, il a un avantage institutionnel sur les autres. Lorsqu’on parle de François Hollande, il reste le président de la République et non pas M. Hollande. Lorsqu’il se passe un événement grave, les regards, les attentes se tournent vers le président en poste, et là il représente la cohésion nationale.

RT France : Est-ce que ces mouvements sont une bonne stratégie pour la gauche ? Pourquoi ? Qu'en est-il du cas Emmanuel Macron et du mouvement «En marche» ?

O.R. : Ce sont des opérations qui auront du mal à effacer les derniers trimestres, d’autant plus que la loi Travail va continuer d'agiter le débat public parce qu’elle n’est ni votée, ni amendée. Ce ne sont pas quelques initiatives de ce type, si elles ne sont pas prolongées par d’autres, qui permettront de partager vraiment l’idée que ce gouvernement a fait des politiques de gauche identifiables. Il manque des marqueurs forts, pour prouver que ce quinquennat répond aux attentes de ce que certains appellent le peuple de gauche.

Emmanuel Macron est en train de préparer son avenir, c’est une entreprise très risquée. S’il veut aller trop vite, il pourra être accusé, dans le cas d’une candidature en 2017, d’accélérer ou d’intensifier la défaite de la gauche, puisqu’il prendra des voix à gauche. Il pourra être accusé d’être un concurrent rival supplémentaire. Mais d’un autre côté, il porte quand même une nouvelle forme de politique, il renouvelle et oblige la gauche à s’interroger sur des bases programmatiques ou idéologiques qui semblent moins en phase avec l’époque. Il dynamise le débat.

 

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