Nuit debout : «Le mouvement est alimenté par l’indécision du président»

Le rassemblement à la place de la République Source: Reuters
Le rassemblement à la place de la République

Au lieu de rester ferme sur ses positions et de défendre sa propre majorité, le président change d’avis constamment ce qui donne l'impression que ce n’est pas le gouvernement qui gouverne mais la rue, estime le député Les Républicains Nicolas Dhuicq.

RT : Pourquoi autant de jeunes participent-ils aux manifestations du mouvement Nuit Debout ?

Nicolas Dhuicq : Pour plusieurs raisons. Il faut remarquer que parmi les jeunes qui sont en train de manifester, beaucoup devraient être au lycée. Ils devraient être en train d’étudier plutôt que d’être dans la rue. C’est l'un des grands problèmes de la société. Vous avez des personnes d’un certain âge, en particulier des syndicalistes, des protestataires professionnels qui instrumentalisent la jeunesse du pays pour aller manifester. Je ne trouve pas normal que des garçons et des filles de 14-15 ans aillent manifester. La manifestation, autrefois, c’était une espèce de rite initiatique qui était réservé aux gens qui étaient majeurs. C’est la première chose.

Les adultes sont incapables depuis des années de proposer une espérance, une vision du monde à la jeunesse de France

La deuxième chose, c’est que les adultes sont incapables depuis des années de proposer une espérance, une vision du monde à la jeunesse de France. Mais c’est le cas dans beaucoup de pays du monde aujourd’hui naturellement. Les aspirations de la jeunesse dans le monde sont les mêmes. Troisième point, en matière économique, vous avez deux positions qui s’affrontent, des positions assez déraisonnables l’une comme l’autre. La première position qui était le début de la loi El Khomri, qui est une position ultra-libérale d’inspiration anglo-saxonne, qui consiste à démanteler tout ce qui est protection du salarié et du travailleur. La deuxième position, c’est celle que vous avez entendue dans la rue, celle des personnes qui ne veulent rien bouger, qui veulent rester comme si nous étions dans les années 1960.

L’indignation populaire est justifiée

RT : Est-ce que l'indignation populaire est justifiée ?

N.D.: Oui, je pense que l’indignation populaire est justifiée. Ce qui n’est pas justifié, en revanche, ce sont les violences et les manifestations de gens trop jeunes parce que si les adultes faisaient leur travail, ils rappelleraient aux jeunes qu’ils sont d’abord là pour étudier quand ils ont la chance de suivre des études, parce que nous parlons de lycéens, nous ne parlons pas d’étudiants, nous parlons de gens qui sont mineurs qui sont dans la rue. L'indignation est justifiée parce que nous avons un système économique qui ne fonctionne plus et qui, comme je vous le disais, est tendu entre deux positions radicales qui ne sont pas recevables. Une première position d’inspiration ultra libérale, qui considère que les salariés ne sont que des variables d’ajustement de la macroéconomie au service d’un capitalisme financier mondial qui est devenu complètement fou. De l’autre côté, la position traditionaliste, conservatrice des anciens partis de gauche, d’inspiration marxiste, qui ne veulent rien changer ni toucher à rien.

Ce n’est pas le gouvernement qui gouverne mais la rue

RT : Ce type de mouvement va-t-il s'essoufler ?

N.D.: Je pense, mais le mouvement est aussi alimenté, il faut le dire, par l’indécision du président de la République. Parce que cette loi est liée au gouvernement de Manuel Valls, au président François Hollande qui change d’avis en permanence. C’est-à-dire qu’au lieu de rester ferme sur ses positions et de défendre sa propre majorité et son propre ministre, François Hollande change d’avis en permanence. Cela donne donc l'impression que ce n’est pas le gouvernement qui gouverne mais la rue. Or, cette rue est minoritaire. Il faut rappeler que Paris n’est pas à feu et à sang et que c’est une minorité qui va manifester.

Certains ont même intérêt à rester chez eux pour vivre du système d’aides

La majorité des jeunes travaillent, étudient et essayent de se construire un avenir. Ce qui devrait préoccuper notre gouvernement, c'est l’obsolescence de notre système fiscal qui est totalement injuste puisqu’il surtaxe ceux qui travaillent, un système d’aides sociales qui est devenu obscène, hypertrophié et qui ne favorise pas le retour au travail puisque les gens n’ont pas intérêt à travailler. Certains ont même intérêt à rester chez eux pour vivre du système d’aides. Et dans tout ça, vous avez une vision du monde qui est totalement absente, des bombes à retardement qui arrivent comme le Traité de libre-échange transatlantique avec la plaque continentale nord-américaine qui est un cheval de Troie du libéralisme anglo-saxon sur le continent européen, tout particulièrement en France. 

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