«Les ennemis de Valls et Hollande ne sont pas les islamistes mais ceux qui aiment leur pays»

Le président de la République française François Hollande (à gauche) et son Premier ministre Manuel Valls© Philippe Wojazer Source: Reuters
Le président de la République française François Hollande (à gauche) et son Premier ministre Manuel Valls

Le cours d'introduction à la géopolitique d’une classe de troisième du collège Sainte-Anne d’Auray s’est poursuivi par l’interrogatoire des élèves quant aux orientations politiques de leur professeur, Pascal Geneste, qui s’en explique à RT France.

Professeur d'histoire en Bretagne, Pascal Geneste a eu la surprise, au retour des vacances d'hiver, d'apprendre que ses élèves avaient été auditionnés par la gendarmerie sur la façon dont il aurait présenté la Russie contemporaine et la politique étrangère de Vladimir Poutine durant ses cours ainsi que sur ses propos dit «racistes» et «islamophobes».

RT France : Que s’est-il passé pendant votre cours ?

Pascal Geneste : J’ai fait un cours d’introduction à la géopolitique pour une classe de troisième, dont les élèves ont donc entre 14 et 15 ans. Durant ce cours, j’ai effectivement évoqué la Russie de la chute du communisme jusqu’à la montée au pouvoir de Poutine, c’est-à-dire jusqu’à nos jours. Le cours se déroulait dans le contexte des attentats du 13 novembre qui ont choqué beaucoup de Français et notamment les jeunes. J’ai montré qu’aujourd’hui, Vladimir Poutine et la Russie étaient un rempart contre l’islamisation en Europe. J’ai dit qu’aujourd’hui, ce qui menaçait effectivement l’Occident, c’était l’islamisation. J’ai bien fait la différence entre l’islamisation et la religion musulmane. J’ai aussi montré que Vladimir Poutine, dès le départ de la «révolte» en Syrie, s’était montré beaucoup plus sage que la France, en refusant notamment de soutenir ces «rebelles» qui étaient surtout représentés par Al-Qaïda avec le Front Al Nosra. Voilà tout ce que j’ai dit. Je me suis appuyé sur les faits et aussi sur la nature de ce qui nous menaçait aujourd’hui. Nous ne sommes plus en période de Guerre froide, nous sommes dans un monde il est vrai complexe mais dans lequel les enfants doivent pouvoir trouver des pistes de réflexion, d’autant plus qu’en histoire, c’est à moi de montrer comment défendre notre héritage. Il ne s’agit pas, évidemment, d’aller contre les musulmans de France. Il s’agit tout simplement de lutter contre l’islamisation rampante qui, en France, je crois, fait peur à tout le monde et menace sans doute nos libertés européennes. Voilà ce que j’ai dit. Pour le reste, à mon retour de vacances, les élèves eux-mêmes m’ont prévenus qu’ils avaient été interrogés par la gendarmerie d’Auray pendant les vacances.

Les gendarmes m’ont interrogé sur mes opinions politiques. Ils voulaient aussi savoir si j’avais des liens avec le Front national

RT France : Quelles questions les gendarmes ont-ils posé aux enfants ?

Pascal Geneste : Ils ont demandé si j’avais tenu des propos contre la communauté musulmane, contre la communauté homosexuelle, contre la communauté juive. Si j’avais tenu des propos, disons, nationalistes. Voilà les questions qu’ils ont posées aux enfants et aucun d’entre eux n’a répondu par l’affirmative. Ces enfants-là m’ont soutenu et me soutiennent toujours.

RT France : Qui a porté plainte contre vous ?

Pascal Geneste : C’est la mère d’une élève qui risquait une grave sanction puisque cette élève n’était pas venue à mon cours. Donc pour se couvrir, elle a dit à sa mère que j’étais oppressant, que mes propos l’oppressaient alors que je n’ai jamais tenu de propos contre elle. La mère de cette élève a porté plainte contre moi à la gendarmerie en disant que j’avais tenu des propos islamophobes, des propos contre la communauté homosexuelle, choses que je n’ai jamais dites évidemment.

Ce n’est pas la procédure habituelle, puisqu’en cas de problème, hormis un crime ou un délit grave, il y a d’abord une enquête interne de la hiérarchie

RT France : Quelles questions vous a-t-on posé ?

Pascal Geneste : Les gendarmes m’ont interrogé sur mes opinions politiques, sur le fait que les Lansquenets, un vieux chant militaire qui est parfois repris par le Front national jeunesse est publié sur ma page Facebook. Ils voulaient aussi savoir si j’avais des liens avec des partis nationalistes et si j’avais des liens avec le Front national ou avec d’autres partis nationalistes français ou même des partis nationalistes bretons.

RT France : Est-ce légal de poser des questions comme ça à un professeur ?

Pascal Geneste : Je ne sais pas si c’est légal, je sais simplement que ce n’est pas la procédure habituelle, puisqu’en cas de problème, hormis un crime ou un délit grave, il y a d’abord une enquête interne de la hiérarchie. Or, il n’y en a pas eu et je ne sais pas si c’est légal mais compte tenu de l’état d’urgence sous lequel nous vivons en France aujourd’hui, j’ai bien peur que l’ennemi de Messieurs Valls et Hollande, de Monsieur Cazeneuve, ce ne soit pas réellement les islamistes mais surtout ceux qui aiment leur pays, ceux qui veulent défendre la civilisation européenne. Lorsqu’on sait que récemment à Brest, en Bretagne, un imam salafiste appelait à la violence, appelait les enfants à ne plus écouter de la musique sous peine d’être transformés en porc et que cet imam est toujours en liberté, on voit bien qu’il y a deux poids, deux mesures. Il m’a été posé des questions uniquement sur mon engagement politique, sur mes opinions politiques et je crois, hélas, que c’est une tendance en France, induite par le gouvernement français. Pourchasser ceux qui défendent leur pays, leur civilisation, la civilisation européenne plutôt que de poursuivre sérieusement les islamistes.

Je suis totalement dans l’ignorance de ce qui va se passer mais je suis debout et je suis serein

RT France : De quoi vous accuse-t-on ?

Pascal Geneste : Selon une formule très vague, et assez pittoresque je dois dire, on m’accuse d’avoir peut-être eu l’intention d’inciter à la haine raciale par voie électronique. C’est très vague… J’aurais tenté d’appeler à la haine raciale par écrit, par la parole ou par courrier électronique. Et j’ai envie de rajouter, pour ajouter un peu plus de pittoresque à l’affaire : par action et par omission aussi, comme on le dit à la messe. Je dois donc dire que cette qualification était tout à fait ridicule et montrait le grotesque de l’accusation qui est portée contre moi.

RT France : Et vous a-t-on dit quelle peine vous encouriez ?

Pascal Geneste : Le gendarme qui, par ailleurs, a été fort courtois avec moi, m’a dit qu’il allait transmettre toutes ces informations au Parquet, donc au procureur de la République à Lorient, et qu’ensuite il pourrait y avoir ou non, des poursuites judiciaires. Nous sommes dans le cadre d’une signalisation, le Parquet a demandé à ce que je sois signalé, voilà. Ensuite je ne sais pas, je dois vous dire que je suis totalement dans l’ignorance de ce qui va se passer mais je suis debout et je suis serein.

RT France : Etes-vous actuellement suspendu de votre fonction ou continuez-vous à enseigner ?

Pascal Geneste : Non, je ne suis pas suspendu à ce jour, absolument pas.

RT France : L’administration de votre établissement vous a-t-elle dit ce qu’elle allait faire à la suite de cette enquête ?

Pascal Geneste : J’ai écrit une lettre recommandée à l’établissement. Pour l’instant je n’ai pas de nouvelles officielles ni de ma hiérarchie ni de la direction de mon établissement. Donc je suis en position d’attente.

RT France : Comment vos élèves et vos collègues ont-ils réagi à cette affaire ?

Pascal Geneste : J’ai reçu beaucoup de messages de soutien d’élèves, d’anciens élèves, de collègues, d’anciens collègues. J’ai reçu énormément de soutien et je remercie vraiment tous les gens de tous bords politiques qui me soutiennent dans cette affaire.

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