Yves Pozzo di Borgo : «Recevoir des leçons des Américains, c’est quand même un peu gros»

Le président américain Barack Obama Source: Reuters
Le président américain Barack Obama

Les Américains aiment donner des leçons tout en oubliant les dégâts qu’ils ont provoqués eux-mêmes durant leurs interventions, estime le sénateur de Paris, Yves Pozzo di Borgo.

RT France : Dans sa dernière interview, le président américain Barack Obama a évoqué la guerre en Libye, affirmant que la France et la Grande-Bretagne auraient dû s’investir davantage après la chute du colonel Kadhafi. A-t-il raison de rejeter la faute sur la France , et notamment sur Nicolas Sarkozy, pour ce qui est du chaos libyen ?

Yves Pozzo Di Borgo : C’est un peu surprenant de la part des Américains qui ont foutu la pagaille en Irak avec leur première invasion. Ce n’était pas Barack Obama, c’était George Bush, mais le président actuel est quand même en grande partie responsable de tout ce qui s’y passe. Recevoir des leçons des Américains, c’est quand même un peu gros. La deuxième chose, c’est vrai, Nicolas Sarkozy était responsable de la politique étrangère – n’oubliez pas qu’en France le président de la République est responsable de la politique étrangère – mais les interventions militaires se font avec l’accord du Parlement. C’est vrai que moi-même j’ai voté à l’époque pour cette intervention et je peux dire que c’est une responsabilité collective de la France. Et si j’avais à le refaire, je ne le referais pas.

Le fait qu’Obama renvoie ça sur la responsabilité du président français, je pense que c’est un peu excessif et un peu grossier

Le fait qu’Obama renvoie à la responsabilité du président français, je pense que c’est un peu excessif et un peu grossier. Je trouve qu’Obama est un président plutôt sympathique, mais comme à chaque fois, les Américains sont donneurs de leçons, ils oublient les dégâts qu’ils ont provoqués dans les guerres auxquelles ils ont participé.

RT France : Dans son interview, Barack Obama pointe du doigt la personnalité de Nicolas Sarkozy, en affirmant qu’il cherchait à s’attribuer le mérite de cette opération…

Yves Pozzo Di Borgo : De la part du président d’un pays aussi important que les Etats-Unis, c’est vraiment regarder l’histoire par le petit bout de la lorgnette. Ce n’est pas du niveau du président Obama de dire de telles choses.

La pression américaine sur l'Europe est quand même beaucoup plus forte que la pression européenne sur l’Amérique

RT France : Pensez-vous qu’aujourd’hui les Etats-Unis exercent une certaine influence sur la politique étrangère française ?

Yves Pozzo Di Borgo : Le problème, c’est que les Etats-Unis sont nos partenaires. Nous sommes partenaires au sein de l’OTAN et c’est vrai qu’ils ont une grande influence sur la politique. Mais c’est une politique indépendante, même s’il y a une influence américaine forte, la France cherche aussi, dans une logique d’indépendance à l’égard des Etats-Unis, à mener sa propre politique.

Il est évident que la logique de partenariat entre les Etats-Unis et l’Europe est un élément important. On ne peut pas nier qu’il y a une influence américaine sur la politique étrangère européenne et on peut le dire aussi inversement. Mais la pression américaine sur l'Europe est quand même beaucoup plus forte que la pression européenne sur l’Amérique.

RT France : Pensez-vous que la France va suivre la politique des Etats-Unis au Proche et au Moyen-Orient dans une deuxième intervention en Libye, programmée pour le 17 mars, ainsi que dans la crise syrienne ?

Yves Pozzo Di Borgo : Il ne peut y avoir d’intervention de l’armée française que s’il y a eu un vote au Parlement. Pour le moment, il n’y en a pas eu.

Je suis parlementaire et je n’ai pas été saisi. On a appris que des troupes vont peut-être être envoyées, mais pour le moment, officiellement, il n’y a pas d’intervention française en Libye.

L’action des Occidentaux dans ce monde, que ce soit les Américains en Irak ou les Français en Libye, c’est quand même quelque chose qui a déstabilisé la région 

Je suis parlementaire et j’attends qu’on nous soumette les votes. Mais ça m’étonnerait que le gouvernement français envoie des troupes, soit, mais il ne s'agirait alors pas d'une intervention officielle. Je suis un parlementaire qui a voté l’intervention en Libye et je le regrette d’ailleurs, même si dans le contexte de l’époque cela m’a paru utile. Il ne faut pas oublier que l’action des Occidentaux dans ce monde, que ce soit les Américains en Irak ou les Français en Libye, a quand même a déstabilisé la région ou en tout cas modifié le rapport de forces existant dans ce monde-là.

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