Pourquoi le FBI veut-il pénétrer dans votre... iPhone ?

© Lucy Nicholson Source: Reuters

Après la fusillade mortelle de San Bernardino, en Californie, le FBI a demandé à Apple de lui fournir les clés chiffrées de l'iPhone du tueur. Cynthia McKinney, élue au Congrès, fait le point sur le danger et l'aspect légal de cette demande.

Le FBI veut avoir les clés de chiffrement de l'iPhone, mais il n’a pas vraiment brillé, depuis le 11 septembre 2001, dans le domaine de la défense des droits constitutionnels.

Suite à un terrible et inexplicable crime commis en décembre en Californie, laissant 14 morts et 22 blessés, le public a été informé qu’il s’agissait là d’un acte terroriste. Il a été dit que les coupables étaient un employé de l’inspection sanitaire et sociale du comté de San Bernardino et sa femme, tués après avoir fui la scène.

Le fait de «perdre les pédales» à son lieu de travail, ou même dans des lycées et universités américains, est un événement rare mais pas inconnu. Dans une intéressante pirouette, le FBI prétend maintenant, qu'afin de monter un dossier contre le couple meurtrier, il a besoin de faire passer un camion sur la Constitution, de demander à Apple de débloquer l'iPhone du mari et de fournir la clé de chiffrement de ce téléphone. Cette demande crée un précédent et a provoqué une polémique aux Etats-Unis. Les implications d’une telle demande sont énormes pour toute personne possédant un iPhone crypté et pour les sociétés de téléphonie mobile qui considèrent maintenant le fait de fournir le cryptage comme une garantie de confidentialité et un argument de vente pour leurs clients.

Les actes de violence dans les écoles américaines remontent au XIXe siècle

Perdre les pédales ou « devenir postal »

L'expression « going postal » signifiant « perdre les pédales » (littéralement - devenir postal) fait référence à un employé qui devient colérique (habituellement à cause de conditions de travail stressantes) au point de devenir violent et de se présenter au bureau armé et déterminé à tuer une personne particulière ou n'importe qui. Ce phénomène a eu lieu d’abord et le plus souvent dans des bureaux de poste – d'où l’expression. Mark Ames, auteur de Going Postal (Soft Skull Press, 2005) a découvert que le phénomène était lié aux abus que l'employé n'arrivait plus à supporter sur son lieu de travail. Les actes de violence dans les écoles américaines remontent au XIXe siècle et ne sont pas rares. Une compilation de Wikipédia montre des centaines de cas d'homicides à l'école entre les élèves ou les étudiants et les administrateurs. Wikipédia énumère plus de 100 fusillades dans les écoles depuis 2010 seulement ! Nous nous souvenons tous de Columbine. Malheureusement, la violence sur le lieu de travail ou dans les écoles n'a rien de nouveau aux Etats-Unis. Dans ma ville natale d'Atlanta, un spéculateur sur séance mécontent s'est déchaîné dans deux maisons de change, tuant 12 personnes et en en blessant une dizaine. Après avoir laissé une note expliquant son acte, il s'est suicidé.

Eric Rudolph, désigné comme «terroriste» par Alberto Gonzalez, le procureur général de l'époque, pour son attentat à la bombe lors des Jeux olympiques d'Atlanta qui tua une personne et en blessa 111, est maintenant en prison, suite à une longue chasse à l'homme, à la fin de laquelle il a été capturé vivant.

Tout crime commis aux Etats-Unis par des musulmans sera étiqueté «acte terroriste»

On peut dire la même chose au sujet de Dylan Roof, qui a tué neuf fidèles noirs dans une église de Caroline du Sud dans une tentative de déclencher une guerre raciale. Roof, qui a laissé une trace écrite faite de longues tirades, a fait face à toutes sortes d’accusation de la part de l’Etat et des autorités fédérales, mais pas celle de terrorisme. Lors de son arrestation, la police a fait un saut dans un Burger King pour acheter un hamburger parce qu'il avait faim.

Aurait-on jamais supposé que ce pouvait être un acte de quelqu’un qui était devenu «postal» ?

La FBI, les complots terroristes et San Bernardino

Le département de la Justice a déclaré que les meurtres de San Bernardino seraient considérés par l’enquête en tant qu'actes terroristes. Ici, pas de surprise – car tout crime commis aux Etats-Unis par des musulmans ou par des musulmans qui n'avaient aucune intention de commettre de crime avant qu'ils ne soient payés (ou motivés) par le FBI lui-même sera étiqueté «acte terroriste». C'est le triste état des choses aux Etats-Unis aujourd'hui. La Heritage Foundation affirme que le FBI a utilisé des lois qui anéantissent la Constitution pour contrecarrer 39 complots terroristes depuis le 11 Septembre 2001. Mais après avoir étudié de plus près leur rapport intitulé «Inventing terrorists» (« invention des terroristes »), le Project Salam a découvert que la plupart des cas tombants sous le coup de poursuites préventives pour «complots» avaient été effectivement incités ou même payés par le FBI. Par conséquent, beaucoup de gens aux Etats-Unis deviennent très méfiants quant aux tactiques du FBI dans la guerre intérieure contre les terroristes «nationaux» – alors que commençait le débat sur le projet de loi de l'ancienne députée du Congrès Jane Harman, projet de grande envergure, époustouflant, et destiné à écraser la constitution.

Certaines des victimes du FBI ont été amenées à la mort ou ont péri en prison à cause de preuves falsifiées

Même avant le 9/11, le comportement criminel à l'intérieur du laboratoire juridique du FBI avait été rendu public. Le livre Tainting Evidence (Altérer la preuve), Free press,1998, de John Kelly et Phillip Wearne décrit dans les moindres détails comment le FBI altérait sciemment les éléments de preuve dans le but d'«avoir un homme». L’ouvrage évoque des pratiques frauduleuses du FBI, des utilisations de données scientifiques imparfaites, des rapports de laboratoire trafiqués, et des faux témoignages.

Depuis la parution du livre, le FBI est passé par nombre de scandales, ayant finalement admis des failles dans ses procédures d'analyse de cheveux, qui remontent à des décennies.

Certaines de victimes du FBI ont été amenées à la mort ou ont péri en prison à cause des preuves falsifiées. Le docteur Fred Whitehurst, dénonciateur des agissements du FBI dans les années 1990, affirme que le FBI faisait toujours la même chose en 2015.

C'est ce même FBI qui veut étudier le contenu de l'iPhone de Syed Rizwan Farook, l'auteur présumé des meurtres de San Bernardino. La demande du FBI crée un précédent pour Apple pour débloquer les clefs de chiffrement des téléphones. Les deux individus, Farook et sa femme, Tashfenn Malik, ont été tués par la police dans leur 4x4 après avoir fui la scène du crime.

La justice et la Constitution

Il y a beaucoup de questions toujours sans réponse en provenance des familles de victimes, des familles des accusés, des avocats, de la gauche et de la droite politiques. La justice exige des réponses transparentes à toutes ces questions. Mais les accusés ne sont pas là pour y répondre. La justice exige également que la Constitution soit respectée. Sinon, toute cette affaire prend un autre visage, devient d’une autre nature. Un blogueur d'investigation, James Corbett, rappelle à ses lecteurs que le FBI peut utiliser des technologies de pointe pour monter un coup contre des innocents. C'est quelque chose qu'il a déjà fait par le passé.

Carol Shenkman souligne que « le cryptage sauve des vies ». Elle évoque trois catégories de personnes pour qui cela est vrai : les journalistes, les victimes de violence à domicile et les défenseurs des droits de l'Homme et leurs avocats. Le World Socialist Web Site rappelle à ses lecteurs qu'il ne s'agit pas d'un iPhone isolé, mais d'une affaire qui concerne beaucoup de gouvernements et des millions de smartphones partout sur la planète. Le docteur Rebecca Mercuri, expert en matière d’affaires numériques criminelles, a écrit sur OpEd News que rien de cela n'a de sens pour elle, car le FBI dispose déjà des capacités d’obtenir ce dont elle a besoin de ce téléphone particulier et demande à ses lecteurs de réfléchir sur un motif tacite du gouvernement. Les informations de ce téléphone ne sont peut-être pas ce qui intéresse le gouvernement.

Si Mercuri a raison, cela ne signifierait-il pas tout simplement que le FBI cherche à percer un trou de plus dans ce qui reste de notre Constitution, se précipitant pour en obtenir autant que possible et tant qu'elle le peut, avant que les gens ne se rendent compte et ne commencent à se battre pour remettre sur pied nos lois fondamentales ?

De toute évidence, les professionnels du FBI peuvent aussi monter un dossier contre un homme et une femme morts... sans tuer la constitution.

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