Burundi : «Nkurunziza a choisi la voie d'Hitler»

Source: Reuters

Président du Rassemblement de la diaspora burundaise, Gratien Rukindikiza, décrypte pour RT France, la situation politique et sécuritaire au Burundi. Depuis la réélection controversée de Pierre Nkurunziza, ce pays renoue avec la guerre civile.

RT France : Isolé sur la scène internationale, quels sont les derniers alliés sur lesquels peut s'appuyer le président Nkurunziza pour se maintenir au pouvoir ?

Gratien Rukindikiza : Pierre Nkurunziza dispose de quelques soutiens à l’intérieur et à l’extérieur du Burundi. Au niveau intérieur, Nkurunziza dispose du soutien d’une partie des corps de sécurité comme les services de renseignement, la police et aussi quelques officiers. Il compte surtout sur sa milice Imbonerakure, qui est à l’image de la milice rwandaise Interahamwe ayant commis le génocide de 1994 au Rwanda. Il a aussi le soutien, suscité plus par la peur que par des convictions, des cadres du parti CNDD-FDD.

Au niveau international, Nkurunziza compte sur l’Angola, la République Démocratique du Congo et le Congo-Brazzaville. Le soutien de la Tanzanie commence à s’essouffler, voire disparaître après l’arrivée au pouvoir du nouveau Président tanzanien Magufuli. La position de l’Afrique du Sud semble quant à elle changeante, entre le soutien ou l’alignement sur la position de l’Union africaine. 

RT France : Bujumbura a récemment accusé Kigali de vouloir déstabiliser le Burundi en instrumentalisant les réfugiés burundais. Ces accusations sont-elles fondées ? 

G.R : Ces accusations ne sont pas du tout fondées. D’abord sur le plan technique, si le Rwanda avait voulu déstabiliser le Burundi, il y aurait mis les moyens. Or, on remarque que les rebelles burundais utilisent des fusils individuels et manquent d’armes destinées à des équipes comme des mitrailleuses ou des mortiers. Les armes qu’ils ont aujourd'hui ont été volées au commissariat de police de Bujumbura lors de la tentative de putsch du général Niyombare.

Aucune attaque n’a eu lieu à partir de la frontière du Rwanda depuis la naissance de la rébellion. Les rebelles sont dans la capitale et quelques régions autour de Bujumbura et dans les provinces Sud du pays. Ces accusations se fondent sur le souhait de Nkurunziza d'entrer en guerre contre le Rwanda tout en espérant un soutien de la Tanzanie, de la République Démocratique du Congo et de l'Angola. A travers cette guerre, il espère rallier tous les Hutus en disant qu'il est attaqué par un Tutsi et que tout Hutu doit le soutenir dans cette guerre. Ce qu'il semble oublier, c'est que plus de 80 % de ses opposants sont des Hutus. Même dans la rébellion, les Hutus représentent presque 50 %.

Nkurunziza n'a pas de chance car la Tanzanie, à travers son ministre des Affaires étrangères en visite au Rwanda, vient de réfuter ces accusations contre le Rwanda. Il a dit que le Rwanda n'était pas dans la déstabilisation du Burundi. Si les Américains se sont empressés de condamner le Rwanda, c'est pour d'autres raisons géopolitiques dans la sous-région et il n'est pas exclu qu'ils soient tombés dans le piège de Nkurunziza et Kabila. En effet, ces derniers ont présenté des témoignages de faux rebelles soi-disant arrêtés en République démocratique du Congo alors que c'était des Imbonerakure, la milice du pouvoir qui s'entraîne au Congo.

RT France : Toutes les initiatives internationales (africaine et onusienne) n'ont pas permis de mettre en place une force de maintien de la paix dans le pays afin d'éviter les exactions dont est victime la population civile, quelles solutions restent-ils pour la protéger ?

G.R : Nkurunziza n'écoute pas et reste fermé à toute initiative car il sait ce qu'il est en train de faire. Il a déjà déclenché un génocide à feu doux. On peut faire un génocide comme Hitler contre les Juifs, génocide qui s'est fait sur plus d'un an. On peut faire comme au Rwanda en 1994 où en un mois, il y a eu plus d'un million de morts. Nkurunziza a choisi la voie d'Hitler. Il tue tous les jours les jeunes Tutsis principalement et des Hutus qui ne veulent pas le soutenir dans son troisième mandat illégal au regard des accords d'Arusha.

Il n'y a pas mille solutions pour protéger le peuple burundais. C'est la force internationale qui peut changer la donne. A défaut, on aura un génocide qui a déjà commencé malgré les protestations internationales et qui se terminera avec les mêmes protestations internationales complices. Il faut une force internationale qui s'impose par la force. Cela s'est fait au Libéria avec Ecomog. Il y a eu aussi le cas de l'Ouganda avec Idi Amin.

Le conseil de sécurité n'a pas pu voter l'envoi d'une force internationale au Burundi en raison des vetos russe et chinois. Le veto russe a laissé perplexe les Burundais qui comptaient sur cette force. Le peuple russe s'est battu pour sa souveraineté. C'est un grand peuple qui a aidé les Africains à acquérir leur indépendance. C'est un peuple qui a aidé les Africains à former les premiers cadres à l'Université Patrice Lumumba. On voit aujourd'hui les efforts immenses de ce peuple pour aider le peuple syrien à combattre les terroristes. Ce peuple russe et ses dirigeants n'ont pas eu les bonnes informations sur le Burundi. S'ils savaient que des femmes sont violées tous les jours, des jeunes massacrés tous les jours par une barbarie proche du nazisme, s'ils savaient que le pouvoir de Nkurunziza commet les atrocités semblables à celles des nazis dans la zone occidentale de la Russie, ce peuple et ses dirigeants seraient les premiers à venir au secours de ce vaillant peuple burundais.

«S'il y a un salut pour le peuple burundais, s'il y a quelqu'un qui peut stopper ce génocide, c'est bien le Président Poutine qui pourrait aussi convaincre les Chinois de faire comme la Russie en votant en faveur de l'envoi de troupes internationales»

S'il y a un salut pour le peuple burundais, s'il y a quelqu'un qui peut stopper ce génocide, c'est bien le Président Poutine qui pourrait aussi convaincre les Chinois de faire comme la Russie en votant en faveur de l'envoi de troupes internationales. L'Union soviétique a changé le cours de l'histoire en infligeant des pertes énormes à Hitler en 1944-1945. C'est l'Union soviétique qui a découvert les charniers des Juifs victimes du génocide. Aujourd'hui, les Burundais demandent à ce que la Russie réécrive l'histoire en changeant la situation tragique que vit ce peuple burundais. La diplomatie, les rencontres internationales sont des pertes d'argent. Rien ne contraindra Nkurunziza à arrêter ce génocide silencieux à part la force militaire.

RT France : Vendredi dernier, le procureur général, Valentin Bagorikunda, a annulé les mandats d’arrêts internationaux émis contre 15 opposants politiques au président Pierre Nkurunziza dont le chef de file de l’opposition radicale en exil Leonard Nyangoma. Comment appréciez vous cette décision ? Est-ce une mesure de diversion ou une réelle volonté d'ouverture ?

G.R: Le procureur général de la République a annulé les mandats d'arrêts internationaux de quelques opposants mais ils restent poursuivis au niveau national. Il se rend compte que ces opposants voyagent tout le temps et qu'aucun pays n'a accepté d'appliquer ces mandats et de les arrêter. En plus, le motif de ces mandats ne tient pas debout car certains d'entre eux sont absents du Burundi depuis plus de cinq ans. Plusieurs sont accusés de participation à la tentative de putsch. Or, tout le monde sait que ces généraux ont voulu faire un coup d’État à 100 % militaire sans impliquer des civils. Un mandat d'arrêt international est annulé quand le motif disparaît. Comme les poursuites restent, il va de soi que cette mesure sert juste à amuser la galerie, comme on dit. Ces mesures ont été prises en raison de la visite du secrétaire général de l'ONU au Burundi ce 22 février 2016.

RT France : En 2015, Nkurunziza a dit qu'il a été choisi par Dieu pour régner sur le pays, peut-on envisager que ce nouveau mandat devienne le début d'un long règne ?

G.R : Dès son élection en 2005, Nkurunziza avait étonné les Burundais en disant qu'il n' avait pas été élu par le peuple burundais mais par Dieu. Il a affirmé que c'est Dieu qui décidera aussi de sa sortie du pouvoir. Comme aucun humain ne peut discuter avec Dieu, Nkurunziza pourra rester au pouvoir en opprimant le peuple au «nom de Dieu». Ce sont des gens dangereux à l'image de ceux qui commettent des attentats en Syrie au nom de Dieu. 

Nkurunziza resterait au pouvoir à vie si cela ne tenait qu'à lui seul. C'est pour cela qu'il est dans la stratégie de tuer toute personne qui ne soutient pas sa présidence à vie et aussi tout groupe qu'il juge être son obstacle pour accomplir une soi-disante prophétie de Dieu. L'histoire se souviendra que la communauté internationale a été, soit complice d'un deuxième génocide dans la région des grands lacs, soit qu'elle a empêché un deuxième génocide dans cette région.

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