Politique américaine : le centre s’effondre, Sanders et Trump progressent

Bernie Sanders (à gauche), Donald Trump. Source: Reuters
Bernie Sanders (à gauche), Donald Trump.

Donald Trump et Bernie Sanders, ces deux hommes politiques révolutionnent la politique américaine, en s’écartant des idées centristes pour la première fois depuis plus d’une génération. John Wight livre son analyse à RT.

La poussée du soutien à la candidature de Bernie Sanders à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle américaine, qui a lieu en parallèle au succès de Donald Trump dans le camp républicain, révèle que le centre de l’échiquier politique américain s’effrite.

Les vérités communément admises sont rejetées les unes après les autres actuellement aux Etats-Unis, alors que de plus en plus de personnes n’acceptent plus la pauvre soupe qui leur est offerte par les hommes politiques et par les candidats de l’establishment. La récession économique mondiale qui a balayé le pays en 2008 n’a pas seulement décimé les revenus, les moyens de subsistance et les économies de la population, elle a aussi décimé leur foi dans le statu quo. Cela a provoqué de l’intérêt pour des idées considérées jusqu’à présent comme radicales et a changé l’opinion sur les hommes politiques qui les défendent.

Donald Trump est le plus à même de sonder le pouls de l’Amérique conservative

Le résultat a été l’émergence d’idées de gauche et de droite, incarnées respectivement par Bernie Sanders et Donald Trump– aux dépends de ceux qui occupent le terrain du centre. Depuis des décennies, il s’agissait de l’unique terrain occupé par les hommes politiques désirant sérieusement remporter les élections.

Le rapprochement vers le centre – de la gauche comme de la droite – était fait dans la recherche du consensus aux frais de l’affrontement des idées. Le résultat est que les programmes du gouvernement et les déclarations politiques sont quasi-identiques, à la seule différence du nom du parti et du candidat imprimé sur la couverture. Sur tout ce qui couvre l’économie et la politique étrangère, les partis du courant dominant et les candidats sont depuis des décennies restés unis, mettant en avant les intérêts des banques, des grandes corporations, leur intérêt personnel au niveau national et l’hégémonie américaine à l’étranger.

Durant les primaires républicaines, Donald Trump a contrecarré les experts politiques et l’establishment de Washington dans son intégralité avec une campagne dans laquelle le politiquement correct a été arraché avec ses racines et jeté à la poubelle. Chaque promesse de campagne scandaleuse, par exemple la construction d’un mur géant le long de la frontière avec le Mexique pour gérer l’immigration illégale, ou la mise en place d’un moratoire sur l’entrée des musulmans dans le pays, a multiplié ses soutiens, au lieu de lui en faire perdre. C’est la preuve que lorsqu’il s’agit de comprendre la colère du public, Donald Trump est le plus à même de sonder le pouls de l’Amérique conservative.

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En ce qui concerne la politique étrangère, bien qu’il ne soit pas pacifiste, Trump a évoqué son admiration pour le président russe Vladimir Poutine et de son intention de forger une meilleure relation avec la Russie s’il parvient à la Maison Blanche. Cela marque une rupture radicale avec la position de l’administration actuelle, qui considère Vladimir Poutine et Moscou comme une menace, plutôt qu’un partenaire potentiel solide dans la lutte contre le terrorisme, pour la paix et la stabilité.  

Bernie Sanders a brisé le tabou lorsqu’il s’agit de prôner des concepts socialistes dans un pays où rien que le fait de mentionner ces idées peut provoquer l’hystérie

Quant à la course à la nomination démocrate, Bernie Sanders oblige Hillary Clinton à partir à la chasse aux financements, ce que personne n’aurait pu imaginer il y a quelques mois, lorsqu’il a annoncé son intention de briguer l’investiture. Non seulement le sénateur du Vermont a brisé le tabou lorsqu’il s’agit de prôner des concepts socialistes dans un pays où rien que le fait de mentionner ces idées peut provoquer l’hystérie. Agé de 74 ans, il a aussi démontré que la jeunesse ne faisait pas tout. 

Dans ses débats avec Clinton, Sanders a, à de nombreuses reprises soulevé, le lien étroit qui existe entre l’ex-secrétaire d’Etat et Wall Street, d’où elle reçoit la majeure partie de ses fonds de campagne, alors qu’il critique le rôle des quelques personnes pleines aux as qui financent les campagnes politiques. Il comprend qu’en ce moment, les Etats-Unis possèdent la meilleure démocratie que l'argent peut acheter : un système politique corrompu qui réfute le droit du pays à être une terre de liberté.

En outre, en promettant de renverser le statu quo de la répartition des richesses du bas vers le haut, responsable de l'enracinement de flagrantes inégalités et d'injustice sociale et économique, Sanders apprend au peuple américain la suprématie de la classe sur la race, la religion, le sexe ou l’orientation sexuelle lorsqu’il s’agit de la compréhension de l'état de la Nation. La seule fracture de la société qui compte, et il ne rate aucune occasion pour le souligner, est celle qui existe entre les super-riches et tous les autres.

La façon dont les choses se déroulent à la fois dans les primaires républicaine et démocrate, laisse penser qu’il y a la possibilité alléchante d’une lutte pour la Maison Blanche entre un milliardaire franc et extravagant d’un côté, et un sénateur socialiste jusque maintenant inconnu de l’autre côté. Si c’est le cas, cela sera non seulement un affrontement politique, mais aussi un affrontement idéologique, offrant un vrai choix aux électeurs américains pour la première fois depuis plus d’une génération.

Ce n’est pas seulement aux Etats-Unis que le centre s’effondre. Au Royaume-Uni, Jeremy Corbyn a facilement remporté l’année dernière la course à la direction du parti travailliste contre toute attente, attirant des milliers de nouveaux membres vers le parti tout au long de sa campagne.

Pour illustrer à quel point la présence de Corbyn a la tête du parti travailliste est un tournant radical, il suffit simplement d’observer qu’il s’agit d’un parti autrefois dirigé par Tony Blair, ayant servilement appuyé la guerre en Irak, qui est à présent dirigé par un homme qui croit que cette guerre était illégale et que Blair doit comparaître pour crime de guerre. Il pense également que les millionnaires doivent contribuer de façon plus juste à l’impôt.

Egalement au Royaume-Uni, Nigel Farage, de l’autre côté du spectre politique, est passé du statut de paria politique à la voix de la raison lorsqu’il s’agit de discuter de la continuité de l’adhésion du pays à l’UE.

Le référendum sur la question de rester ou quitter l'UE aura lieu au Royaume-Uni le 23 juin, le soutien à une éventuelle sortie a progressé dans les sondages d’opinion, au point que de nombreux experts prédisent que la Grande-Bretagne quittera effectivement l’UE. Si tel est le cas, il constituerait un revers écrasant pour un projet européen qui devient de moins en moins démocratique dans sa volonté d’accrocher ses couleurs aux banques et institutions financières, en même temps que de poursuivre une politique étrangère belliqueuse envers la Russie.

Ceci en plus de la poussée de l’extrême droite en France avec le Front national de Marine le Pen, qui se félicite de son succès lors des précédentes élections, le succès électoral de Syriza en Grèce, ainsi que la montée des socialistes et des parti de gauche en Espagne et au Portugal, indiquent que nous sommes les témoins de l’effondrement du centre alors que l’ère des politiques consensuelles touche à son terme.

Et à sa place, le choc des idées retentit comme jamais auparavant. 

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