Révision constitutionnelle : «le texte est devenu illisible»

Les résultats du vote sur la révision constitutionnelle de l'Assemblée Nationale Source: Reuters
Les résultats du vote sur la révision constitutionnelle de l'Assemblée Nationale

Le vote pour l’état d’urgence et la déchéance de nationalité est une opération de communication politique qui est sans rapport avec la lutte contre le terrorisme, estime le député Les Républicains, Nicolas Dhuicq.

RT France : Pourquoi avez-vous voté contre le texte de révision constitutionnelle ?

Nicolas Dhuicq : J’ai voté contre le texte, car ce texte est mal construit. Il comporte deux articles : le premier article qui modifie la Constitution et je trouve qu’il n’est pas sage d’avoir une Constitution qui devient bavarde et peu claire. Concernant l’article 2, il n’est pas plus clair quant aux conditions d’obtention de la déchéance de la nationalité. Au lieu d’avoir un texte simple, on a un texte compliqué, un texte qui naturellement n’a aucun intérêt dans la lutte contre le terrorisme, un texte qui au commencement des débats pointait le doigt uniquement sur les personnes ayant deux nationalités, ce qui n’est pas en soi forcément un danger.

RT France : Concernant le vote d’aujourd’hui que pensez-vous du destin de ce projet de loi ?

La gauche française pense que la France est née en 1789, que tout était mauvais avant et que tout est devenu merveilleux après la Révolution française

N. D.: Si l’on suit le vote d’aujourd’hui, il ne devrait pas y avoir de majorité des 3/5 pour adopter la modification constitutionnelle. Je vous rappelle que le projet de loi du gouvernement est destiné à modifier la Constitution et à intégrer dans la Constitution de la cinquième République française la question de la déchéance de nationalité, alors que nous avons déjà des articles de loi qui rendent la chose possible. Si le vote est suivi, il n’y aura ni au Sénat ni à l’Assemblée nationale, donc à la fin lorsque le parlement sera réuni au Congrès à Versailles, les 3/5 des parlementaires d’accord pour adopter le texte.

RT France : Pourquoi, d’après vous, ce projet de loi a autant divisé à gauche ?

N. D.: Pour plusieurs raisons : à gauche, parce que la gauche française a une vision de la République qui est assez limitative. Pour simplifier, la gauche française pense que la France est née en 1789, que tout était mauvais avant et que tout est devenu merveilleux après la Révolution française. Elle a beaucoup de mal sur les questions de nationalité. Elle est dans une vision assez universaliste, relativement mondialiste et elle a un mal fou à accepter l’idée que certaines personnes qui sont de nationalité française, puissent vouloir attenter à la vie d’autres Français. Donc, elle est très peu préparée intellectuellement et idéologiquement à la situation que pose le terrorisme aujourd’hui. Et en particulier, elle est très peu préparée à la question de l’islamisme.

RT France : Pourquoi la droite est-elle aussi divisée ?

N. D.: Quant à la droite française, elle est majoritairement pour une notion de déchéance, mais qui touche tous les citoyens français, qu’il aient une ou plusieurs nationalités de manière simple. Ce texte de la loi, pour une partie de la droite dont je faisais partie, n’était pas nécessaire puisque nous avons déjà des articles de loi qui permettent de prononcer la déchéance de la nationalité. Donc au total, nous avons la sensation que le texte est devenu illisible et que c’est une opération de communication politique, sans rapport avec la lutte contre le terrorisme, puisque par définition, les personnes que nous appelons «terroristes» cherchent la mort et la destruction. De plus, elles sont de toute façon mentalement en dehors de toute cette question de nationalité, en dehors de toute rationalité.

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