Pour Isabelle Attard, l’état d’urgence «ne sert à rien»

Photo d'archives montrant un légionnaire français en patrouille, tenant son fusil d'assaut Famas dans le cadre du dispositif "Sentinelle", le 20 janvier 2016 à Nice© Eric Gaillard Source: Reuters
Photo d'archives montrant un légionnaire français en patrouille, tenant son fusil d'assaut Famas dans le cadre du dispositif "Sentinelle", le 20 janvier 2016 à Nice

La France prend une très mauvaise direction en choisissant la répression, la police et la menace de déchéance de nationalité, estime la députée du Calvados Isabelle Attard qui s’oppose à la prolongation de l'état d’urgence.

RT France : La menace terroriste existant toujours en France, peut-être que le gouvernement a raison de prolonger l’état d’urgence ?

Isabelle Attard : Je suis contre la prolongation de l’état d’urgence, de la même façon que j’étais contre, le 19 novembre, lorsqu’on a voté cette loi au Parlement. Aujourd’hui, tout le monde est d’accord pour dire que cette mesure ne sert à rien. On pouvait encore comprendre les tous premiers jours, l’effet de surprise après les attentats, mais une semaine, dix jours après le treize novembre, cela ne servait plus à rien. Par contre cela a servi pour assigner à résidence et faire des perquisitions chez les militants écologistes qui étaient contre la COP21. Puis il y a eu des arrestations et des perquisitions chez les personnes d’origine maghrébine sur simple délit de faciès. Je dénonçais déjà ces violences et ces dérives avant le 19 novembre et je les dénonce encore plus aujourd’hui. J’espère cette fois que nous serons largement plus nombreux que les 6 députés qui ont voté contre la prolongation de l’état d’urgence en novembre dernier.

La radicalisation progresse alors que nous passons notre temps à voter des lois de répressives

RT France : Le Figaro a publié une carte de France des personnes signalées pour «radicalisation» en affirmant que le phénomène avait doublé en moins d’un an. Comment peut-on lutter contre cela ?

I.A. : La meilleure réponse ne sera pas militaire mais sera déterminée par notre cadre de vie, les animateurs de quartiers, les activités culturelles et sportives, un état d’esprit où on ne rejette aucune communauté. Cela permettrait certainement de diminuer le nombre des jeunes qui se radicalisent. Je pense qu’on prend une très mauvaise direction en France en pensant que cela va passer par la répression, la police et des menaces de déchéance de nationalité. C’est faux. Cela ne changera rien au problème. Au contraire, vous voyez que la radicalisation progresse alors que nous passons notre temps à voter des lois de répressives : anti-terroriste, renseignement, état d’urgence… Cela n’a rien calmé, bien au contraire. Il faut trouver d’autres solutions. Il faut réfléchir, expliquer, travailler avec des sociologues, des géographes, des animateurs… avec ceux qui sont au plus près des jeunes qui auraient une tendance à se radicaliser afin de lutter contre le discours des imams extrémistes.

RT France : Vous vous prononcez également contre le projet de loi sur la déchéance de nationalité. Mais que peut-on faire avec les personnes accusées de terrorisme ? Les laisser sur le sol français ?

I.A. : C’est simple. Si ce sont des criminels, nous allons les juger comme des criminels, c’est-à-dire, leur faire un procès et les condamner. Comme on le fait avec tous les criminels. Mais attention ! Si on dit qu’on fait la guerre contre un Etat islamique – cela veut dire que les terroristes deviennent des prisonniers de guerre – des guerriers, des militaires protégés par les Conventions de Genève et de la Haye. Cela veut dire qu’on ne peut pas faire n’importe quoi avec ces hommes-là. Nous avons des lois en France qui sont extrêmement strictes pour lutter contre les criminels. Donc, utilisons notre arsenal répressif au lieu d’inventer des peines et des châtiments qui sont symboliques. Qu’est-ce que les terroristes qui vont se faire sauter ont à faire de savoir qu’ils vont perdre la nationalité française ? Cela ne permettra de toute façon pas de les expulser. Ils sont déchus de nationalité et puis après ? Rien ! On est dans un symbole, la stigmatisation de plusieurs millions de personnes en France qui sont binationales, voire trinationales. Etre bi ou trinational est une richesse pour notre pays et leur dire que s’ils font le moindre faux pas, ils risquent une déchéance de nationalité, c’est aller contre l’intégration, contre la paix et l’acceptation du mieux vivre ensemble.

Un projet de loi aussi important doit être accessible et débattu par les citoyens parce qu’au moins cela permettra de lutter contre les sondages stupides

RT France : Selon le sondage, publié par Le Figaro85% des Français seraient favorables à la déchéance de nationalité…

I.A. : Il est indispensable qu’un projet de loi aussi important, qui implique une réforme de la Constitution, soit accessible et débattu par les citoyens parce qu’au moins cela permettra de lutter contre les sondages stupides que nous voyons apparaître aujourd’hui. Si on pose la question à quelqu’un dans la rue ou au téléphone sans débattre, sans arguments pro et contre, sans discussion, sans expliquer, sans aller jusqu’au bout du raisonnement, on arrive à des résultats affolants sur lesquels le gouvernement s’appuie.

J’aimerais que le gouvernement français puisse s’appuyer sur des réflexions argumentées. Il est nécessaire d’être à la fois intelligent, ouvert et transparent au lieu de réduire le débat à des sondages. Je suis totalement opposée à cette façon de faire de la politique, il en va de la survie de notre démocratie !

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