Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est inopinément rendu à Moscou. Alors que son homologue russe, le directeur du Service de renseignement extérieur, Sergueï Narychkine, parle d'une réunion de travail, les médias occidentaux rivalisent de fantasmagorie. Pour Karine Bechet, cela montre leurs véritables attentes : le conflit.
Le 25 août, le directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), John Ratcliffe, a effectué une visite surprise à Moscou, à bord d'un avion militaire américain depuis Washington, via Riga. Il est arrivé à 10h à Moscou pour en repartir à 18h50. Et lors de sa visite, il a rencontré son homologue russe, le directeur du Service de renseignement extérieur.
Ce sont les faits et, en réalité, c’est tout ce qui est connu.
Mais manifestement, c'est trop peu pour les médias (et les groupes qu'ils servent), qui ont lancé un concours de fantasmagorie, se montrant plus inventifs et pathétiques les uns que les autres.
Et cela, alors que des deux côtés de l'océan, chacun a précisé qu'il ne s'agissait que d'une visite de travail ordinaire. Trump a déclaré à la radio : « « Il est là-bas, c'est presque une routine. Je déteste décevoir les gens. Nous aimerions voir la guerre avec l'Ukraine se terminer ». Narychkine, à Moscou, a également rappelé qu'il rencontrait régulièrement ses homologues étrangers, ce qui est normal, cette rencontre n'ayant pas fait exception à la règle.
Ce qui n'a pas empêché la machine médiatique occidentale de partir en roues libres et de nous fournir des interprétations, pour le moins très libres, de ce dont il s'est agi. Alors que personne n'en sait strictement rien, pour la bonne et simple raison que rien n'a filtré.
Ainsi, CBS News estime que John Ratcliffe était porteur d'une grande mission : empêcher la Russie d'attaquer l'OTAN : « L'objectif de la visite du directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Moscou cette semaine était de dissuader la Russie d'attaquer les États membres de l'OTAN, selon plusieurs sources proches du dossier ».
Il est immédiatement possible de féliciter le chef de l'agence américaine, puisque malgré les allégations récentes du renseignement américain, selon lesquelles la Russie pourrait potentiellement (même si ce potentiel est faible) agresser un pays de l'OTAN, la Russie l'a toujours démenti. Et l'histoire a montré qu'elle n'était pas un agresseur, n'en déplaise aux propagandistes.
Bref, mission réussie à 100 %. La Russie n'agressera pas un pays de l'OTAN. Il est d'autant plus facile d'éviter un danger, quand celui-ci n'existe pas.
Le Wall Street Journal y ajoute un élément de son cru : comme la Russie pense à agresser un pays de l'OTAN, elle va avoir besoin d'une mobilisation quasi générale pour cela. John Ratcliffe est venu en dissuader Moscou.
Il est vrai que Moscou attend les conseils et recommandations des États-Unis pour décider des questions militaires... Ici aussi, mission réussie : à ce jour, les autorités russes répètent à l'unisson qu'aucune mobilisation générale n'est prévue.
Jusque-là, la mission de Ratcliffe est une parfaite réussite.
Ne s'arrêtant donc pas en si bon chemin, il fallait également dire à la Russie que le moment était venu de ne plus supporter l'Iran. Même si pourtant, il s'agissait de l'Ukraine.
Étrange... Je ne sais plus combien de fois déjà la victoire américaine contre l'Iran a été annoncée...
Personne ne semble faire attention au fait que le patron du renseignement américain... n'est pas un négociateur. Mais c'est manifestement un détail négligé au passage par les médias. Trop encombrant ?
Dans leur totale béatitude, les médias français ont pieusement retransmis et amplifié ce discours. BFM renvoie pour la non-agression de l’OTAN aux médias américains : « Le déplacement inhabituel du directeur de la CIA à Moscou cette semaine avait pour but de mettre en garde la Russie contre toute attaque visant l'Otan, ont annoncé plusieurs médias américains ce mercredi 26 août ». Quand le Parisien nous gratifie d’un : « Il y a un fort potentiel d’escalade ». Magnifique, du grand journalisme.
Dans ce concours de spéculations « audacieuses » et fantasmagoriques, je vous laisserai, chers lecteurs, choisir votre favori. La première place sera difficile à attribuer, tant toutes les publications se ressemblent !
Pourtant, dans un monde post-moderne, comme l'est le nôtre, le discours est significatif d'une volonté politique, même s'il n'est plus capable de toujours recréer une réalité conforme à ses vœux.
Par le côté massif et condensé de ces publications, nous percevons bien, en tout cas, les lubies de nos chères élites atlantistes : une confrontation directe avec la Russie, qu'elles pourraient imputer à la Russie elle-même.
Ces élites ne brillent ni par l'intelligence, ni par le courage. En revanche, leur ego est à la taille de leur déshonneur.
Heureusement que, s'il y a réellement une partie qui freine la guerre totale, c'est bien la Russie, et ces menaces à peine voilées n'ont plus d'effet, à force de répétition.
Du combat entre la raison et le fanatisme, nous verrons qui l'emportera.
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