Le journal allemand Bild a publié une stratégie de l'OTAN «en cas d'attaque» par la Russie des pays baltes, prévoyant une agression de Kaliningrad et l'utilisation des opposants contre la Russie. Pour Karine Bechet, comme la Russie n'en a pas l'intention, nous apprenons ce que l'OTAN veut en réalité faire.
Sous la direction de l'Américain Andrew Pingrey, l'OTAN a mis au point une stratégie appelée « Conception de combat terrestre de l'OTAN », en cas de soi-disant attaque par la Russie des pays baltes. C'est en tout cas ce que publie le journal allemand Bild, se basant sur ses sources et affirmant que l'OTAN ne s'en cache pas.
Rappelons que le renseignement américain a récemment diamétralement changé sa position au sujet d'une potentielle agression par la Russie d'un pays membre de l'OTAN. Si auparavant il ne l'envisageait pas, désormais cette possibilité est affirmée comme potentielle, principalement contre un des pays baltes, même si le renseignement reconnaît qu'il y a peu de risques que cela soit réalisé.
Autrement dit, le changement de la position des États-Unis est un changement de principe, faisant de la Russie un ennemi lui aussi « de principe », même s'ils ne peuvent affirmer qu'elle présente un danger réel et imminent pour les pays de l'OTAN.
Dans la foulée, Bild publie cette nouvelle Conception de l'OTAN, qui elle prévoit en revanche une véritable agression de la Russie, même si l'appellation de « combat terrestre » est ici usurpée.
Un axe militaire et un axe politique sont détaillés dans le document.
Le premier seuil d'attaque de l'OTAN est Kaliningrad. En utilisant l'aviation de combat et les drones, elle entend mettre hors de combat le système russe de défense aérienne et de missiles.
Ensuite, l'OTAN envisage une zone tampon sur la ligne de front avec la Russie et la Biélorussie, à l'aide ici aussi de drones et de robots.
Enfin, des frappes massives en profondeur en Russie sur les infrastructures civiles et militaires, comme les ponts, les voies ferrées, les aéroports ou l'industrie de défense.
Signe de faiblesse
En ce sens, la dénomination « attaque terrestre » est ici, pour le moins, exagérée, puisque justement il n'y a pas d'intervention terrestre. L'OTAN entend faire la guerre à distance : pas de soldats, pas de tanks. On reste dans une conception postmoderne du conflit, alors que celui-ci est déjà conventionnel. L'OTAN veut tenter de maintenir l'illusion qu'elle n'est pas impliquée dans « sa » guerre.
Et c'est un signe de faiblesse. D'une part, les pays de l'OTAN ne pourraient pas lever une armée de taille pour envahir la Russie, ils le savent. L'histoire l'a montré. D'autre part, les élites atlantistes, malgré leur propagande intrusive en Occident, n'arrivent pas à faire ressentir « la menace russe » à la population. Les gens ne partiront pas le fusil à l'épaule contre la Russie, sans savoir pourquoi.
Et ces élites ne peuvent décemment pas leur dire la vérité : la Russie ne nous agresse pas, mais son existence nous est insupportable. Il faut donc la détruire pour que nous puissions exister. Et vous devez mourir pour cela, ce qui nous importe peu, car vous ne présentez aucune valeur pour nous.
La stratégie s'appuie donc sur un effondrement de l'intérieur de la Russie, stimulé par une intensification des frappes militaires.
Et la dimension politique est ici fondamentale. D'où le second axe, celui de l'utilisation des opposants russes. Tout système politique a des opposants, ce qui est normal dans un système démocratique : il existe toujours plusieurs choix politiques possibles pour gouverner un pays et l'unanimité est, elle, objectivement impossible.
La particularité des « opposants russes », utilisés et soutenus par l'étranger, en plus de leur absence totale d'autonomie face à l'extérieur et de poids politique intérieur, est qu'ils ne s'opposent pas à la ligne politique gouvernante russe, ils s'opposent à la Russie. Un exemple l'illustre parfaitement : comment aimer un pays que l'on veut dépecer en plusieurs morceaux ?
« Défensive préventive »
De son côté, la Russie a régulièrement affirmé qu'elle n'a aucunement l'intention d'attaquer un pays de l'OTAN (ou un autre, d'ailleurs). Ce n'est pas elle qui a initié le conflit en Ukraine (qui a commencé bien avant 2022 et le lancement en réponse, justement, de l'opération militaire spéciale). Mais si elle est agressée, elle se défendra.
Le fait que l'OTAN ne se cache pas de se préparer à un conflit avec la Russie, la remilitarisation de ses pays membres et la propagande de guerre dans les médias le montre, laisse penser que l'Alliance pourrait prendre l'initiative d'une attaque, qu'elle qualifie de « défensive préventive ». Bref, une agression, qu'elle imputerait à la Russie.
À ce sujet, il faut noter l'intensification de l'activité de l'OTAN, déjà aujourd'hui, autour de la zone de Kaliningrad, notamment de l'aviation militaire.
Cette fuite en avant de l'OTAN montre que l'Organisation n'a pas réellement peur d'une réponse de la Russie. Il est vrai que la Russie a souvent laissé violer sans réponse les lignes rouges qu'elle déclarait elle-même, et continue à se déclarer prête à « négocier », certes à certaines conditions. Cela est interprété en Occident comme un signe de faiblesse politique, qui réduit à néant la fonction dissuasive du discours officiel en temps de guerre, tout en dénuant tout capital politique à l'avancée de l'armée russe sur le terrain.
Ainsi, la Grande-Bretagne a déjà déclaré qu'elle fournissait et fournirait les drones qui frappent la Russie en profondeur. Le ministre russe des Affaires étrangères a répondu que la Russie était alors en droit de considérer la Grande-Bretagne comme partie au conflit, avec toutes les conséquences que cela entraîne. Ce qui est vrai. Mais les Britanniques sont persuadés que, justement, il n'y aura pas de conséquences. Et pour l'instant, l'expérience leur donne malheureusement raison.
D'une certaine manière, cette Conception de l'OTAN est déjà en cours de réalisation : les Atlantistes frappent la Russie en profondeur (et pas uniquement les Britanniques, mais les Français, les Américains et les Allemands sont également directement impliqués) ; l'opposition russe est largement instrumentalisée, même si absolument inefficace en raison de sa capacité chronique à se discréditer.
La Russie a déjà augmenté d'un palier l'intensité de ses frappes sur le front ukrainien. Cette Conception de l'OTAN ressemble à s'y méprendre à une menace, transmise aux autorités russes, mais une menace assez faible somme toute, qui dévoile aussi les limites d'action des Atlantistes.
Toujours est-il que si la Russie n'arrive pas à plus de fermeté stratégique dans sa position politique, elle ne pourra contenir les ardeurs guerrières des Atlantistes, des deux côtés de l'océan. Alors ce « plan » ne sera qu'un début.
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