Une «attaque à la voiture piégée» en France : «un scénario à craindre», selon Jean-Bernard Pinatel

Forces de police déployées à Paris dans le 18ème arrondissement après qu'un homme portant une fausse ceinture d'explosive, un hachoir à la main, se soit fait abattre le 7 janvier 2016. Source: Reuters
Forces de police déployées à Paris dans le 18ème arrondissement après qu'un homme portant une fausse ceinture d'explosive, un hachoir à la main, se soit fait abattre le 7 janvier 2016.

2016 : une année catastrophe en matière d'attentat terroriste ? Le Général Jean-Bernard Pinatel, expert des questions géopolitiques, contacté par RT France, évoque la menace que font peser en Europe des djihadistes de plus en plus organisés.

RT France : Un responsable du contre-terrorisme français cité par l'AFP et qui a voulu garder l'anonymat a indiqué qu'un «11 septembre européen» était très probable. Il a déclaré que les attentats risquaient de se multiplier en 2016, qu'en pensez-vous ?

Jean-Bernard Pinatel : Que l'on ait des attentats en 2016, c'est évident. Que l'on ait une vague d'attentats et 3 000 morts comme lors du 11 septembre, c'est un autre problème. En effet, dans cette «guerre civile mondiale» les terroristes ont l'avantage de pouvoir choisir le mode d'action, le lieu et la date et on ne peut pas tout défendre tout le temps.

RT France : Quand certaines sources au sein du contre-terrorisme disent que tous les éléments sont réunis pour une multiplication des attentats, notamment le trafic de faux-papier, les djihadistes qui sont de plus en plus décidés ?

Jean-Bernard Pinatel : C'est évident que l'on va en avoir d'autres. Cela je l'ai dit, je l'ai écrit, c'est évident. Maintenant quelle pourra être leur ampleur ? Je n'en sais absolument rien. Faire ce type de prospective, cela ne sert pas à grand chose. Je n'ai aucune informations qui me permettent d'en mesurer l'ampleur.

Qu'on est un jour en France des voitures piégées ? Je pense que oui

RT France : Bien sur, mais est-ce que l'on peut dire simplement que les terroristes sont de plus en plus organisés ?

Jean-Bernard Pinatel : Si on reprend ce qu'il se passe notamment en Irak, c'est une évidence. Selon certaines informations durant l'offensive des troupes irakiennes pour reprendre Ramadi à Daesh, les djihadistes qui avaient pris le contrôle de la ville ont résisté en lançant de l'ordre de 200 voitures piégés sur l'armée irakienne. Alors qu'on ait un jour en Europe des voitures piégées, je pense que c'est possible car c'est le mode d'action principal aujourd'hui en Irak avec les kamikases équipés d'une ceinture d'explosifs.

La France n'a pas encore connu d'attaque à la voiture piégée. Une voiture bourrée d'explosif qui se jette contre un bâtiment public ou se fait exploser dans un parking souterrain c'est un scénario que l'on peut craindre car il est largement utilisé au Moyen-Orient. Ils savent donc le faire.

RT France : La fabrication de faux-papier serait désormais maîtrisée notamment par l'Etat islamique, est-ce un facteur déterminant dans l'arrivée des djihadistes en Europe ? Quel regard portez-vous sur ce phénomène ?

Jean-Bernard Pinatel : Pas seulement par l'Etat islamique. On sait que la Turquie, et notamment les services spéciaux turcs ont établi des faux-papiers, pour transporte en Syrie des djihadistes Ouighours venant du Xinjiang.

RT France : Vous dites que les turcs ont favorisé ce phénomène, dans quel but ?

Jean-Bernard Pinatel : Erdogan a toujours soutenu la mouvance turkmène, que cela soit dans le Xinjiang chinois, au Turkménistan, etc. Il a même qualifié de «génocide» le sort que réservaient les chinois aux Ouighours du Xinjiang.

RT France : Vous dites que les Turkmènes sont en quelque sorte la cheville ouvrière du djihadisme en Syrie et en Irak et de l'organisation de l'Etat islamique notamment ?

Jean-Bernard Pinatel : La Syrie est chaudron où l'on trouve des djihadistes venant de partout et notamment  de la mouvance turkmène venant de toute l'Asie centrale. Certaines sources disent qu'il y en a 5000 en Turquie dont 500 à 2000 seraient passés en Syrie

Il faut permettre à nos services de travailler et d'anticiper, sans nécessairement passer par des juges

RT France : Au sujet des services secrets français, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a récemment vanté le travail effectué par ses services alors que deux attentats majeurs ont été perpétrés sur le territoire français, est-ce qu'on peut dire qu'il y a eu des failles ?

Jean-Bernard Pinatel : Il y aura toujours des ratés. La sécurité a 100% n'existe pas. mais nos forces de sécurité font un travail admirable et l'état d'urgence leur facilite effectivement la tâche puisqu'ils peuvent réagir très rapidement dès qu'ils ont une information. Mais aucun service y compris les services russes qui avaient tout les moyens avec eux ne peuvent faire du 100 % en matière de terrorisme.

RT France : Le discours sur les éventuels failles des services de renseignement, pour vous, ne tient pas ?

Jean-Bernard Pinatel : Il y a toujours des failles dans un dispositif mais, ce qu'il faut analyser, c'est le bilan entre ce qui est fait et qui n'est jamais dit parce que le principe des services c'est que quand il y a des succès de ne pas en parler. On ne parle donc que des ratés.  Le bilan, ce sont les gens qui sont aux affaires qui peuvent le faire réellement mais il y a toujours des failles. Vous ne pouvez pas faire du 100 %, on n'est pas dans un monde parfait. Il y a toujours des gens qui arrivent à passer entre les mailles du filet depuis que les services de renseignement existent.

RT France : Vous êtes donc également un partisan de l'état d'urgence ?

Jean-Bernard Pinatel : Tant que l'affaire irakienne et syrienne perdureront, il faut permettre à nos services de travailler et d'anticiper, sans nécessairement passer par des juges à moins que l'on augmente énormément le nombre de juges anti-terroristes et que l'on puisse réagir dans l'heure. Le problème souvent en matière de terrorisme est le délai de réaction entre le moment où l'on a l'information et le moment où l'on peut agir. Regardez ce qu'il s'est passé en Belgique : au moment où ils ont eu l'information, ils n'ont pu intervenir que le lendemain matin. Et ils ont laissé échapper un des auteurs des attentats de Paris. Si on veut pouvoir exploiter les informations très rapidement, il ne faut pas passer par un système judiciaire complexe avec des procédures surchargées. Il faut pouvoir agir rapidement et heureusement l'état d'urgence le permet. Mais ce n'est pas parce qu'il y a l'état d'urgence qu'on peut faire du 100 %.

RT France : Êtes-vous favorable à sa prolongation ?

Jean-Bernard Pinatel : Je suis pour permettre aux services secrets français d'agir sans délai dès qu'ils ont une information, que cela s'appelle l'état d'urgence ou un autre état à définir. On sait très bien que dans ces affaires là, tout délai entre l'information et l'action favorise la partie adverse.

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