Thomas Guénolé : «Les électeurs français sont des perdants »

Philippe Richert, candidat des Republicains en Alsace-Lorraine Source: Reuters
Philippe Richert, candidat des Republicains en Alsace-Lorraine

Presqu’aucun électeur n’a voté en faveur d’une offre politique mais contre la gauche, la droite, ou contre l’extrême-droite, ou encore contre le système, estime le politologue Thomas Guénolé.

RT France : A la suite des résultats des élections régionales, vu surtout le résultat du Front national au premier tour, peut-on estimer que l’électorat français a basculé à droite ?

Thomas Guénolé : Pas vraiment. Ce que l’on peut constater, c’est que le Front national a gagné de nouveaux partisans, mais strictement dit, on ne peut pas considérer qu’ils font tous partie de l’électorat de l’extrême droite.

Par exemple, quelques nouveaux électeurs du Front national ont tout simplement envie de faire exploser le système politique ; il ne s’agit donc pas d’un vote pour le Front national, mais d’un vote contre tous les autres. Il y a également quelques nouveaux électeurs du Front national qui votent en faveur d’un protectionnisme économique, mais proprement dit, ils ne partagent pas les idées racistes.

En fait, la droite affiche de mauvais résultats, ce qui n’est pas normal et ce qui est étrange

RT France : Est-ce que ces élections sont un échec pour le Parti socialiste ?

Thomas Guénolé : Je suis désolé, mais je ne peux pas soutenir une telle analyse, surtout en ce qui concerne le premier tour des régionales. Ce que l’on peut constater, c’est que les conservateurs, les partis de droite, sont restés au même niveau qu’au moment des élections régionales précédentes, et ils les ont perdues, car ils gouvernaient le pays. Donc là, ils ont les mêmes résultats qu’à l’époque où ils étaient au pouvoir au niveau national, comme c’est le cas de la gauche actuellement. Donc en fait, la droite affiche de mauvais résultats, ce qui n’est pas normal et ce qui est étrange : cela supposerait que les partis de droite ne profitent pas de leur statut d’opposition. Normalement, quand vous êtes dans l’opposition et qu’il y a des élections de mi-mandat, dans ce cas, s’il y a un parti d’opposition prédominant, vous devriez avoir de très bon résultats. Or, la droite n’a pas de très bon résultats, à l’exception des régions où la gauche a décidé de se retirer juste pour le désistement républicain.

RT France : Qui peut fêter la victoire dans cette élection ?

Thomas Guénolé : En fait, ce qui est drôle, c’est qu’il n’y a que des perdants ce soir. Le Front national voulait gagner des régions, ils voulaient gagner de l’électorat, mais ils n’ont pas gagné une seule région et ont vu se former une large coalition des électeurs qui ont donné leur voix contre le Front national. Donc, leur stratégie de devenir un parti normal a échoué. La droite a affiché de très mauvais résultats, ils auraient dû avoir beaucoup plus de votes en étant un parti d’opposition, donc en fait, il s’agit d’une défaite pour eux.

Mais le parti au pouvoir, les socialistes, ont perdu beaucoup de régions et une importante partie de son électorat. Et par ailleurs, les électeurs français sont également des perdants [de ces élections], car la majorité de nous a voté contre quelque chose et presque personne n’a voté pour quelque chose.

Nous avons voté contre la gauche, ou contre la droite, ou contre l’extrême-droite, ou encore contre le système ; mais presque personne parmi nous n’a voté en faveur d’une offre politique qui nous rendrait enthousiastes. C’est ça, la situation actuelle.

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