Les naufrages de migrants à répétition forcent l'UE à revoir sa politique migratoire

L'opération de sauvetage© Alessandro Bianchi Source: Reuters
L'opération de sauvetage

Des sauveteurs recherchent toujours les survivants du naufrage, dimanche, d’un bateau et des 700 immigrés qu’il transportait. Ces nouvelles victimes mettent la pression sur les dirigeants de l’UE pour élaborer une nouvelle stratégie migratoire.

«Nous devons arrêter de penser que ce sont des chiffres qui sont morts. Ce sont des personnes qui sont mortes», a déclaré le Premier ministre italien lors d’une conférence de presse. Matteo Renzi a également réclamé un sommet extraordinaire pour élaborer une nouvelle stratégie sur l’immigration, soulignant qu’il fallait maintenant penser aux personnes et non pas aux simples chiffres.

Comme certaines experts, le membre du Parti démocrate italien Pier Luigi Bersani croit que la situation que connaît l’ Europe aujourd’hui découle de sa politique au Moyen-Orient. «Nous nous sommes mis au service de la résolution de l’ONU pour empêcher Kadhafi de massacrer ses propres citoyens», a déclaré Pier Luigi Bersani.

L’urgence de la situation actuelle a provoqué une réunion des ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères, lundi au Luxembourg. «Les tragédies de ces derniers jours, de ces derniers mois, de ces dernières années, c'en est trop !», a déclaré la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, à son arrivée à Luxembourg. «Nous n'avons plus d'alibi. L'Union européenne n'a plus d'alibi, les Etats membres n'ont plus d'alibi», a-t-elle poursuivi.

Echapper à la mort pour une vie meilleure

Le problème de l’immigration est un vieux problème de l’Union Européenne. Suite à l’instabilité qui caractérise les régions situées au Sud de l’UE, en 2014, d’après l’office statistique européen Eurostat, le nombre de demandeurs d’asile a franchi la barre de 652 000 personnes, dont 20% viennent de Syrie. Au cours des deux dernières années, le nombre de requérants d’asile a doublé au sein de l’UE.

La voie d’accès à l’Europe la plus dangereuse est la voie maritime. Et malgré cela, des milliers de personnes la choisissent chaque année. En 2014, au moins 3 419 personnes se sont noyées en Méditerranée. Le 19 avril un bateau chargé de 700 immigrés a coulé près de la Libye, à 200 km environ au Sud de l’île italienne de Lampedusa, l’opération de sauvetage est encore en cours. Le 20 avril, un autre bateau avec 200 immigrés a sombré près de l’île de Rhodes. 

«Ce sont des gens qui fuient l’enfer»

 Le collaborateur de la Transnational Foundation for Peace and Future, Jang Oberg, précise que l’histoire de chaque réfugié ressemble à celle d’une personne égarée et que c’est pour cela qu’ils essayent de trouver une vie meilleure.

«Derrière presque chaque réfugié, il y a l’histoire d’un égaré parce que la guerre mène au sous-développement et tue l’espoir. Et il ne s’agit pas de personnes qui essaient de trouver une vie meilleure, ce sont des gens qui fuient l’enfer … où l’humanisme cède la place au militarisme», explique Jang Oberg.

Etant donné que la situation s’aggrave chaque jour, l’Europe devrait avoir honte. «C’est un moment extrêmement triste pour l’Europe. Bombarder ou essayer de tuer des gens n’est d’aucune aide. Cela revient vers nous, comme un boomerang de haine, de terrorisme et maintenant de réfugiés», poursuit le collaborateur de la Transnational Foundation for Peace and Future.

Il souligne encore qu’il vaut mieux s’intéresser à la résolution des conflits plutôt que de les nourrir.

«Si l’on s’attaquait aux premiers signes d’un conflit et que la communauté internationale était davantage intéressée à la résolution des conflits plutôt qu’à la vente d’armes, alors on pourrait résoudre beaucoup de ces problèmes bien plus tôt, avec des coûts économiques et humains biens moindres», remarque Jang Oberg.

Gemma Parkin, porte-parole de l’organisation Save the Children, a déclaré que malgré l’interruption des missions de recherche et de sauvetage de l’Union européenne, qui pour certains de ses membres constituaient un appel à l’immigration, le nombre de ceux qui cherchent un asile en Europe ne diminue pas.

«Ce que nous avons découvert, c’est que depuis que les financements ont été coupés en novembre de l’année dernière, le nombre d’immigrés qui ont franchi la frontière a augmenté, avec la détérioration de la situation en Libye, même durant les mois d’hiver où les personnes risquent l’hypothermie et où il y a plus de passages parallèles, les gens sont prêts à mettre leur vie en danger … Cela veut dire que ce problème perdure…toute l’année…et que c’est la nouvelle norme», a expliqué la porte-parole qui estime que l’UE doit faire face à ses responsabilités et revoir sa décision.

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