L'orchestre de Toronto interdit à une pianiste ukrainienne de jouer à cause de ses posts anti-Kiev

La pianiste Valentina Lisitsa© Source : Wikipédia
La pianiste Valentina Lisitsa

Une pianiste née en Ukraine s'est vue interdire une prestation à l'orchestre symphonique de Toronto, Canada, à cause de ses opinions sur la situation en Ukraine exprimées sur Twitter, selon la soliste elle-même.

L’orchestre a finalement annoncé sa décision d’écarter la pianiste Valentina Lisitsa du programme d'interprétation du Concerto pour piano n°2 du compositeur russe Sergueï Rachmaninov plus tôt cette semaine. Le président de l'orchestre symphonique de Toronto Jeff Melanson a cité «des accusations incessantes concernant un langage très offensant par les médias ukrainiens», ajoutant que «les commentaires provocateurs» de la pianiste auraient «assombri ses dernières interprétations».

Il semble que dans sa déclaration, le président parle des posts de Valentina Lisitsa sur Twitter dans lesquels elle a exprimé ses opinions au sujet de la situation en .

La pianiste, lundi, a lancé un appel à soutien à ses abonnés sur  pour dire à l'orchestre symphonique de Toronto «qu’on ne peut pas faire taire la musique».

«Quelqu’un dans la direction de l'orchestre, probablement sous la pression lobby petit mais agressif qui prétend représenter la communauté ukrainienne, a pris la décision de m’interdire de jouer», a-t-elle écrit, se référant à ses prestations aux côtés de l'orchestre symphonique de Toronto prévues pour mercredi et jeudi. «Je ne sais même pas qui sont mes accusateurs, un voile de flou a été maintenu».

Valentina Lisitsa revendique l'utilisation des réseaux sociaux pour éclairer une certaine version de l’histoire, «celle qu’on ne verra jamais dans les médias de masse : la situation désespérée de mon peuple, les bonnes et les mauvaises choses qui se passent en Ukraine».

Une partie de son travail incluait la traduction de témoignages et d'articles écrits en ukrainien.

«Je suis devenu très forte pour démasquer les fausses informations publiées par les médias occidentaux», a avoué la pianiste.

Sa déclaration résume brièvement ses vraies opinions : «La pire chose qui peut se produire dans chaque pays est la guerre fratricide; les personnes perçoivent les autres, leurs voisins comme des ennemis qui doivent être éliminés… Une année après l’autre, on voit les mêmes personnes fortunées au pouvoir, la misère et la pauvreté partout, des dizaines de milliers de personnes tuées, plus d’un million de réfugiés».

Après avoir exprimé ses opinions, Valentina Lisitsa a déclaré avoir reçu d’innombrables menaces de mort.

La dernière étincelle a été la décision d’annuler sa prestation : «Mes détracteurs ne se sont pas arrêtés là. Après avoir essayé, par leurs propres mots, de me faire la leçon, ils essayent maintenant de me faire taire comme musicienne».

La pianiste a révélé que l'orchestre symphonique de Toronto a proposé de couvrir les frais occasionnés par l’annulation si elle acceptait de rester silencieuse concernant le motif de cette décision.

«Ils m’ont même menacé dans le cas où je dirais quelque chose à propos des motifs de l’annulation… S’ils le font une fois, ils le feront de nouveau jusqu’à ce que les musiciens, les artistes se résignent à la censure volontaire», a-t-elle écrit.

La réaction sur Twitter a été massive, avec le hashtag #LetValentinaPlay croissant en popularité et des milliers de retweets indignés.

La violoniste de renommée internationale Hannah Woolmer a twitté : «Pour moi, cela est une campagne cruciale, et je prie tous mes abonnés de retweeter s’ils sont d’accord que @TorontoSymphony doit #letvalentinaplay».

Hana Ustohal, 72 ans, a écrit sur Facebook : «Quelle sorte de monstres sont au pouvoir dans ce pays pour prendre cette décision folle et sadique de ne pas vous permettre de jouer. J’ai rendu mon billet pour le concert de mercredi».

L’utilisateur de Twitter Ike Hike a prévenu que la décision de l'orchestre symphonique de Toronto «est de mauvaise augure», ajoutant : «Cherchez-vous la renommée en faisant taire l’art pour les politiques partisanes et en jetant le discrédit sur le Canada ? Vous devez #letvalentinaplay».

Valentina Lisitsa a affirmé sur son compte Twitter qu’elle ne mélangeait pas la musique et la politique et «ne prêchait pas» pendant ses interprétations. Pourtant, ses adversaires l’ont accusée d’être «une porte-parole du Kremlin» et «une fomentatrice de la haine».

Maria Kolos a écrit sur Facebook en soutien à la décision de l'orchestre symphonique de Toronto : «Merci à l'orchestre symphonique de Toronto de ne pas tolérer cette porte-parole offensante du Kremlin». Mat Babyak a aussi dit : «Merci de ne pas donner une plateforme à une fomentatrice de la haine raciste ! Qu'elle reste hors du  !»

Une autre utilisatrice du nom d'Iryna Cimorelli a mentionné l'importante communauté ukrainienne du Canada pour justifier l'annulation : «Toronto est pleine d’immigrés ukrainiens qui sont les vrais patriotes de leur pays et qui n’allaient jamais permettre à cette femme de jouer sur la scène après ses propos propagandistes. Jamais !!! C’est bien pour eux de ne pas la laisser jouer, qu’elle joue au Kremlin maintenant!!!»

Valentina Lisitsa a un grand nombre d’abonnés sur YouTube et sur Twitter. Une de ses vidéos les plus populaires, la Sonate no 14 de Ludwig van Beethoven, surnommée «Sonate au clair de lune», a obtenu plus de neuf millions de vues. Du fait de son succès en ligne, elle est parfois appelée «la pianiste vedette de l’internet».

La pianiste est née à Kiev dans une famille russo-polonaise. Sa famille a déménagé à Odessa puis a immigré aux  dans les années 1990.

Sa carrière a été propulsée par une chaîne YouTube qui a maintenant près de 43 millions de visiteurs. Valentina Lisitsa est désormais sollicitée partout dans le monde pour différentes interprétations d’œuvres de musique classique.

Elle a séparément un compte Twitter sous le pseudonyme NedoUkraïnka («sous-Ukrainienne») qui a été créé après que le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a publié une déclaration appelant les partisans des milices d’Ukraine de l’est «sous-êtres humains».

Kiev a lancé une opération militaire dans le Donbass dans le sud-est du pays en avril dernier après que les régions de Donetsk et de Lougansk ont refusé de reconnaître les nouvelles autorités à Kiev issues du coup d’Etat de février 2014 et demandé plus d’autonomie.

Les combats entre les forces ukrainiennes et les milices des Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk qui durent depuis lors ont coûté la vie à plus de 6 000 personnes.

Une des dernières réussites majeures a été l’accord de paix négocié le 12 février à Minsk par la Russie, la France et l’Allemagne entre les parties au conflit ukrainien qui a mené à une diminution des hostilités. Les accords de Minsk-2 se sont traduits par un cessez-le-feu immédiat, un retrait des armes lourdes et des échanges de prisonniers.

Pourtant, certaines personnes ont critiqué le manque de progrès depuis la signature des accords.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré que le dialogue politique entre Kiev et les forces antigouvernementales n’a pas été entamé. Les aspects qui «ont été convenus à Minsk et n’ont pas été mis en œuvre du tout incluent l’amnistie, le statut spécial pour Donetsk et Lougansk, la levée du blocus économique et le lancement d’un processus politique bilatéral», a fait savoir le ministre russe des Affaires étrangères.

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