Lavrov sur les soldats de la paix en Ukraine: «Je ne crois pas qu'il y ait de fous dans l'UE»

Sergueï Lavrov© Mikhail VoskresenskiïSource: RIA NOVOSTI
Sergueï Lavrov

L’UE n'enverra pas une force de maintien de la paix en Ukraine à moins que les insurgés n'approuvent une telle mission, a estimé le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à propos de la mission de maintien de la paix demandée par Kiev.

«Je ne crois pas qu'il y ait de fous dans l’UE. [L’UE avait déjà déployé des soldats de la paix mais] seulement dans des situations où, comme dans les Balkans, toutes les parties au conflit y avaient consenti. L’UE n'ira jamais dans aucune région – que ce soit le sud-est de  ou n'importe où ailleurs – à moins que les belligérants n'approuvent une telle mission», a déclaré samedi Sergueï Lavrov dans un entretien pour la chaîne de télévision russe Rossiya 1.

Le ministre des Affaires étrangères de la Russie a ajouté que Kiev, et non Moscou, doit engager le dialogue avec les républiques populaires autoproclamées de Lougansk et de Donetsk. Cela lui permettrait de s’assurer un soutien local pour déployer des soldats de la paix et mettrait fin à l’ignorance dont font actuellement preuve les républiques autoproclamées à l’égard des autorités ukrainiennes.

Moscou avait déjà critiqué la proposition lancée unilatéralement par Kiev de déployer une force d’interposition patronnée par l’UE dans le cadre d’une opération de maintien de la paix dans l’est de l’Ukraine. La Russie estime en effet que cette proposition minait les accords de  parce que les rebelles n’avaient pas été consultés sur cette question.

Le 16 mars, le président Petro Porochenko a soumis une demande préliminaire au Conseil de sécurité de l'ONU proposant le déploiement d'une mission internationale en Ukraine, mission à laquelle le Conseil de sécurité nationale ukrainien avait déjà donné officiellement son accord.

Sergueï Lavrov© Ramil SitnikovSource: RIA NOVOSTI
Sergueï Lavrov

Les bellicistes combattent l'accord de paix

Moscou croit qu'en essayant de déployer des troupes étrangères dans son pays, l'Ukraine agit contre les accords de Minsk 2 conclus le 12 février dernier.

«Je crois que c'est une diversion...  est sous la pression de ceux qui ne veulent pas d’un règlement pacifique, qui blanchirait aussi à la chaux leur culpabilité dans le conflit», a indiqué Sergueï Lavrov. «Après que le parlement ukrainien a adopté une loi régissant les élections locales qui contrevient directement aux termes des accords de Minsk, ils ont trouvé ce nouveau truc, l'initiative des forces de maintien de la paix. Cela semble noble et juste, mais ceux connaissent la situation savent ce que c’est concrètement».

On peut trouver des partisans d’une solution militaire aussi bien à Kiev qu'à Washington, a poursuivi le ministre russe. Les deux capitales parlent pratiquement d'une même voix quand il s’agit de l'accord de Minsk. «Pour autant que nous le sachions, les Américains reconnaissent l'accord de Minsk pour la forme… Mais mettent beaucoup d'efforts dans l'interprétation du contenu de l’accord et leur position est alors exprimée mot à mot par Kiev», a-t-il insisté.

«Le vice-président [américain] Joe Biden a appelé le président ukrainien Porochenko pour le féliciter de la signature des documents [concernant les élections locales], que Donetsk et Lougansk ont interprété comme la fin de l'accord du 12 février», a poursuivi Sergueï Lavrov, avant d’ajouter : «Biden a aussi confirmé dans la même conversation téléphonique que les Etats-Unis enverraient de l'équipement et des instructeurs pour former la Garde nationale [ukrainienne]»

Plus de pression sur Kiev est nécessaire

Le chef de la diplomatie russe a confirmé que Moscou appelait l'Allemagne et la France, qui ont soutenu l'accord de Minsk, à prendre des mesures concernant le non-respect par  de l'accord de paix.

«Nous demandons des choses évidentes : faire en sorte que les autorités ukrainiennes mettent en œuvre les obligations auxquelles Petro Porochenko a souscrit en tant que président de l'Ukraine», a illustré Sergueï Lavrov.

Dans cette interview, le chef de la diplomatie russe a rappelé que l’UE avait récemment reconnu que la crise en Ukraine était un problème européen et qu’aucun intérêt d’un «tiers» ne devait empêcher de la régler.

En s’adressant au Conseil de l’Europe le 19 mars, le président du Parlement européen Martin Schulz a déclaré que l’UE «avait travaillé sur la résolution pacifique du conflit dans son voisinage immédiat». Il a aussi déclaré que la résolution politique était «la seule solution acceptable».

Martin Schulz© Mikhail PalintchakSource: RIA NOVOSTI
Martin Schulz

«Tout le processus de Minsk se base sur une philosophie que le chef du Parlement européen Martin Schulz vient d'exprimer. Il a dit que la crise en Ukraine n’était pas un problème entre les  et la Russie mais un problème européen et qu’il fallait le traiter de la sorte... L’UE préfère résoudre les problèmes qui touchent ses frontières en fonction de ses propres intérêts plutôt qu’en fonction de ceux de quelqu’un dont elle est séparée par un océan», a expliqué le ministre russe des Affaires étrangères.

Il a ajouté que les soutiens étrangers de Kiev devaient exercer plus de pression sur le gouvernement ukrainien pour que ce dernier respecte l’accord de paix.

«Je regrette que la colère et le refus de Kiev de chercher un compromis empêchent la mise en œuvre de l’accord que tout le monde trouve bon et réalisable», a-t-il poursuivi.

«La problème, c’est que les Américains, et à un moindre degré les Européens, se sentent mal à l’aise quand ils sont obligés de critiquer Kiev. Ils l’évitent autant que possible. Ils ont approuvé le nouveau gouvernement ukrainien, fermé les yeux sur plusieurs de ses actions mais cela n’a servi à rien».

Les répresentants de la mission de l'OSCE © Sergueï AverinSource: RIA NOVOSTI
Les répresentants de la mission de l'OSCE

La mission de l’OSCE s’améliore, la Russie propose son aide

Sergueï Lavrov a encore accusé Kiev d’avoir essayé de mettre sur la touche la mission de  qui devait surveiller l’exécution du cessez-le-feu de l’accord de Minsk, en affirmant que cela n’était pas l’objectif de sa mission.

«La mission a amélioré de manière significative la qualité de ses rapports qui sont devenus plus réguliers. Nous insistons pour que ces rapports soient rendus sur une base quotidienne et adressés directement à tous les pays membres de l’OSCE, plutôt que d’être envoyés à Vienne pour qu’ils soient mis en forme et "enjolivés"», a déploré le chef de la diplomatie russe.

Les 500 hommes nécessaires à la mission de l’OSCE ont presque tous été recrutés et la Russie a défendu avec succès son point de vue qu’il faut doubler ce nombre, a souligné le ministre russe. 

Les répresantants de la mission de l'OSCE à l'aéroport de Donetsk© Alekseï PhilippovSource: RIA NOVOSTI
Les répresantants de la mission de l'OSCE à l'aéroport de Donetsk

L’OSCE dispose déjà de l’équipement de haute technologie nécessaire à l’exécution de sa mission, y compris des drones autrichiens. Moscou est prêt à fournir une assistance technique approfondie à la mission comportant des drones et des véhicules blindés, même si cela nécessitait de régler de nouvelles formalités pour incorporer le travail de spécialistes militaires (notamment d'opérateurs de drones) dans le cadre de la mission civile de l’OSCE, a-t-il ajouté.

Le ministre a enfin précisé qu’il était évident que Kiev n’était pas content des rapports de l’OSCE parce qu’ils dépeignaient les militaires ukrainiens sous un jour défavorable.

«Selon les faits rapportés par l’OSCE, environ 80% des incidents, à savoir les manquements à retirer les troupes ou à laisser accéder les observateurs aux territoires qu’ils voudraient visiter, sont dus à l’armée ukrainienne», a conclu Sergueï Lavrov. 

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