En pleine crise migratoire, les Allemands doutent de l'honnêteté de leur presse

Les Unes de trois des principaux journaux allemands Source: Reuters
Les Unes de trois des principaux journaux allemands

Près d'un Allemand sur deux estime que la presse ment au public. La crise des migrants a, une nouvelle fois, illustré cette défiance de la population pour sa presse, accusée d'être aux mains des puissants.

Selon un récent sondage, 44% des Allemands estiment que la presse ment partiellement ou totalement ! Pour ces Allemands, les médias en Allemagne «sont contrôlés par le haut», et manient donc les «déclarations inexactes» tout autant qu’ils «embellissent» les situations.

La Deutsche Welle, le service international de diffusion de l’Allemagne, se penche, sur son site internet, sur cette défiance envers les médias, notable Outre-Rhin. Selon le média, l’actualité forte de ces dernières semaines, la crise migratoire, illustre parfaitement le manque de confiance des Allemands envers les médias traditionnels.

Le retournement de l’opinion publique en Allemagne, dont la population commence à douter de la politique d’ouverture menée par Angela Merkel, se heurte, selon la DW, à des «différences dramatiques entre leurs perceptions de ces événements et les représentations qui en sont faites par les journalistes, souvent plus optimistes face à la crise migratoire».

Le traitement de Thilo Sarrazin, ancien ministre des Finances de Berlin et auteur d'un livre critique sur l'immigration musulmane l'a, selon DW, bien montré. Les médias s'étaient indignés contre Thilo Sarrazin alors que, selon DW, de nombreux Allemands étaient d'accord avec lui.

Le traitement de Pediga - mouvement d'extrême droite et anti-immigration controversé en Allemagne - méprisé lors de son apparition par les médias, est à cet égard, symptomatique, affirme DW. «Les médias étaient universellement méprisants, tandis que les enquêtes ont montré beaucoup de gens étaient d'accord avec leurs préoccupations». 

Norbert Bolz, un chercheur de communication à l'Université technique de Berlin, a d’ailleurs affirmé à la télévision allemande que la presse était sous l’influence d’un discours intellectuel de gauche : «Les mêmes personnes qui ont combattu il y a des années pour la transparence, la liberté de la presse et la liberté d'expression ont maintenant les pouvoirs et décident quels sujets sont tabous», a-t-il affirmé.

«Les frontières entre le mensonge, la dissimulation et l'autocensure sont fluides», admet dans l’article de DW Roland Tichy un économiste expérimenté, rédacteur en chef de plusieurs grandes publications d'affaires. Ainsi, si la question migratoire était au centre ces dernières semaines, les Allemands se montrent tout aussi sceptiques sur la liberté de leur presse face au pouvoir économique.

Tichy raconte par exemple avoir été interdit par une ordonnance du tribunal d’écrire le nom d'un fraudeur économique, qui, après avoir été libéré de prison, a été une fois de plus attraper à essayer de trouver des investisseurs pour des actions pétrolières douteuses.

De quoi créer l’image d’une presse contrôlée par les élites. La population pense ainsi «que ces élites sont en quelque sorte reliés, entrelacés par la collusion, et qu'ils nourrissent la désinformation», explique Lutz Hachmeister, chercheur de l'Institut Adolf Grimme à DW. Alors les élites contrôlent la presse en Allemagne, se demande DW. «C'est une théorie du complot et un mensonge», estime Hachmeister. 

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