Cuba : une mobilisation interdite fait craindre une journée sous haute tension le 15 novembre

Cuba : une mobilisation interdite fait craindre une journée sous haute tension le 15 novembre© Alexandre Meneghini Source: Reuters
Centre-ville de La Havane, à Cuba, le 8 octobre 2021.
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A Cuba, des opposants comptent organiser une mobilisation le 15 novembre. Le gouvernement cubain considère que ces protestations font partie d'une stratégie soutenue par Washington visant à changer de régime.

Le 15 novembre sera une journée à haut risque pour Cuba où des opposants ont prévu de manifester pour réclamer le «changement» et la libération de ceux qu'ils qualifient de «prisonniers politiques», des manifestants emprisonnés après les mobilisations inédites du 11 juillet. Cette manifestation qui a reçu l'appui explicite et répété de Washington a été interdite par les autorités cubaines qui invoquent la complicité et le financement des Etats-Unis dans l'organisation de ces protestations, ce que nient les organisateurs. 

Il y a suffisamment de révolutionnaires ici pour faire face à tout type de manifestation qui vise à détruire la révolution

Le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez a accusé ce 10 novembre le gouvernement américain de vouloir «déstabiliser» l'île. «Nous ne permettrons d'aucune manière que l'agression permanente du gouvernement des Etats-Unis, ses tentatives constantes et soutenues (...) de créer les conditions d'une déstabilisation interne, de troubler la tranquillité et la sécurité citoyennes, (...), nous gâchent la fête» ce jour-là, quand le pays rouvrira officiellement au tourisme international, a déclaré le ministre face au corps diplomatique accrédité à Cuba.

La date choisie du 15 novembre pour cette nouvelle mobilisation de l'opposition coïncide en effet avec la réouverture des écoles primaires après des mois de fermeture à cause de l'épidémie de Covid-19. Elle marque aussi la réouverture officielle du pays au tourisme. De plus, les autorités municipales de La Havane ont annoncé le 8 novembre dix jours de festivités pour célébrer les 502 ans de la capitale cubaine, avec comme point d'orgue la date du 15 novembre. 

Les organisateurs ont décidé de maintenir leur appel malgré l'interdiction prononcée par les autorités qui les accusent de vouloir provoquer un changement de régime avec le soutien de Washington. En plus de la capitale, les organisateurs assurent que les manifestations s'étendront à sept provinces et qu'il y en aura dans plus de 90 villes à travers le monde.

«Les promoteurs [de ces manifestations], leurs projections publiques et leurs liens avec des organisations ou agences subversives financées par le gouvernement des Etats-Unis ont la ferme intention de changer le système politique de notre pays», a déclaré le président cubain Miguel Diaz-Canel, dans un discours devant le Comité central du Parti communiste en octobre. Mais «il y a suffisamment de révolutionnaires ici pour faire face à tout type de manifestation qui vise à détruire la révolution, dans le respect et la défense de la constitution, mais aussi avec énergie et courage», a souligné le président.

Les Etats-Unis menacent d'alourdir les sanctions si la manifestation n'a pas lieu

Les Etats-Unis ne cessent de condamner la décision du gouvernement cubain de refuser l'autorisation d'une «manifestation pacifique». «En refusant d'autoriser de telles manifestations, le régime cubain démontre clairement qu'il n'est pas disposé à honorer ou à défendre les droits humains et les libertés fondamentales des Cubains», a dénoncé le département d'Etat américain dans un communiqué le 16 octobre.

«Le régime cubain ne répond pas aux besoins les plus élémentaires de la population. Cela inclut la nourriture, les médicaments. C'est maintenant l'occasion d'écouter le peuple cubain et d'apporter un changement positif», a déclaré le porte-parole du département d'Etat, Ned Price, qui reporte toute la responsabilité de la situation économique cubaine sur le gouvernement socialiste sans aucune mention de l'embargo total imposé par son pays à l'île depuis 1962 et qui étouffe économiquement le pays. L'administration Biden a au contraire averti le gouvernement cubain que s'il empêchait la marche du 15 novembre d'avoir lieu, l'île pourrait faire face à de nouvelles sanctions économiques.

Si la Constitution cubaine garantit le droit de manifester, l'interdiction de la mobilisation du 15 novembre de la part des autorités cubaines repose sur la présomption de délit chez les manifestants de vouloir changer le caractère socialiste du système cubain, «irrévocable», selon l'article 4 de la Constitution. 

L'ambassade américaine, «un canal de fourniture d'assistance» matérielle à la dissidence

«Des diplomates américains se réunissent fréquemment avec les meneurs contre-révolutionnaires [de ces mobilisations]. Ils leur apportent une orientation, une motivation, un soutien logistique et, directement ou indirectement, financent leurs activités», a affirmé le président cubain. 

Yunior Garcia, l'organisateur de la mobilisation du 15 novembre à La Havane, est accusé de fomenter «un coup d'Etat en douceur», après avoir reçu un entraînement à l'étranger, s'appuyant sur le témoignage d'un médecin qui a révélé être un agent infiltré de l'Etat cubain. Yunior Garcia a lui-même reconnu avoir reçu un appel du plus haut responsable de l'ambassade américaine à La Havane, Timothy Zuñiga-Brown, mais avoir refusé sa proposition d'aide pour éviter que cela soit utilisé contre lui.

Cité par l'AFP, William Leogrande, professeur à l'American University à Washington et spécialiste des relations entre Cuba et Etats-Unis, l'ambassade a toujours été «un canal de fourniture d'assistance matérielle aux dissidents cubains», et «cela jette un discrédit sur tous les opposants», qu'ils en bénéficient ou non.

Pour Carlos Alzugaray, ex-diplomate cubain cité également par l'AFP, le gouvernement aurait dû autoriser la manifestation, «les deux parties auraient dû chercher un compromis, essayer de négocier» mais «évidemment les Etats-Unis sont pleinement impliqués et cela nuit à la manifestation et à tout effort de dialogue». Toutefois, il invite les autorités cubaines à «chercher des mécanismes et façons de rendre l'appareil politique plus ouvert, plus délibératif et moins autoritaire».

Cuba traverse une profonde crise économique avec de graves pénuries de nourriture et de médicaments, exacerbée par une baisse du tourisme due au Covid-19 et au renforcement des sanctions économiques imposées par Donald Trump pendant son mandat, que son successeur Joe Biden a maintenu.

Meriem Laribi

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