Lavrov : L’UE ne peut plus garder ses distances avec la crise syrienne

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov Source: Reuters
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov

Dans une interview à la chaîne russe Rossiya 24, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a résumé encore une fois la position de Moscou sur la crise syrienne.

Question : L’apparition de Bachar el-Assad à Moscou signifierait que la Russie «mise» désormais uniquement sur lui, vu qu’il reçoit un soutien militaire. Allez-vous discuter avec les autres acteurs du conflit syrien ?

Sergueï Lavrov : Ces quatre dernières années, presque tous les dirigeants des différents groupes d’opposition, sans exception, nous ont rendu visite à Moscou : le Conseil national syrien, les Frères musulmans en Syrie, et la Coalition arabe syrienne.

Question : En même temps que la Ligue arabe l’a désigné d’«unique représentant légitime» ?

Sergueï Lavrov : C’est le Conseil national syrien qui a été ainsi désigné par la Ligue arabe. Nous les avons reçus également, ainsi que les opposants qui, n’étant pas des émigrés, ont toujours travaillé en Syrie et se prononçant pour la démocratisation du pays et pour une plus grande prise en compte de leur approche. C’est pourquoi, alors qu’ils étaient venus aussi fréquemment, et que nous avons mené deux forums spéciaux pour les opposants à Moscou, en cherchant à les rassembler pour établir une base constructive de responsabilité pour leur pays, sur la base de leur volonté de négocier sur les problèmes politiques de la Syrie. Personne ne nous a accusés de «miser entièrement» sur l’opposition. Nous n’avons jamais cessé de travailler ni avec le gouvernement syrien, ni avec l’opposition. Je pense que nous sommes, probablement l’unique pays qui a maintenu et continue à maintenir des contacts avec toutes les forces politiques en Syrie.

Nous ne voulons pas prendre en considération concrètement les intérêts spécifiques de Bachar el-Assad, ni les intérêts spécifiques de l’opposition. Nous voulons prendre en considération les intérêts de la Syrie. Et pour la Syrie, ce qui compte, c’est qu’un climat de paix soit établi, que la guerre se termine le plus rapidement que possible, que les terroristes n’aient pas l’opportunité de prendre le pouvoir à Damas, ou dans n’importe quelle autre partie de la Syrie. Je suis convaincu que les succès qu’engrange en ce moment l’armée syrienne avec notre soutien aérien permettent de consolider les positions du pouvoir et doivent rendre le pouvoir plus intéressé dans l’avancement du processus politique.

Question : Le format de discussions à Vienne  (sur la crise sn Syrie, proposé par les Etats-Unis entre Washington, Moscou, Riyad et Ankara) est-il suffisant d’après vous, avec uniquement les américains, les turcs et les saoudiens ?

Sergueï Lavrov : Bien sûr que non. En acceptant ce format, nous avons encore une fois souligné que nous sommes convaincus que les tentatives de créer ce genre de «cercle extérieur» de soutien à la résolution de la situation en Syrie sans la participation de l’Iran n’a aucune perspective. Nous sommes également convaincus que dans les circonstances actuelles, il est primordial d’inclure dans ce groupe l’Egypte, le Qatar, les Emirats arabes unis et la Jordanie. A propos, il se peut que certains de ces pays soient représentés demain par leurs ministres à Vienne, mais lors de réunions parallèles. Ils ont exprimé leur souhait de communiquer avec nous, nous y sommes prêts.

Question : Qu’est-ce qu’il reste à faire aux Européens dans cette histoire ? Patienter et observer les américains continuer les bombardements, accueillir les réfugiés, ou bien seront-ils également impliqués dans la résolution de la situation en Syrie ?

Sergueï Lavrov : J’espère que malgré tout l’Union Européenne comprend à présent que rester «détaché» des affaires syriennes est inacceptable. Oui, probablement, c’est la vague de migrants qui a eu cet «effet déclencheur». En même temps, cela concerne environ 700 000 personnes, c’est à un peu près comparable à l’afflux des réfugiés syriens dans les pays de la région [la Jordanie et la Turquie], dont très peu de gens se souvenaient jusqu’à ce que la migration n’ait frappé l’Europe.

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Un tel intérêt purement pragmatique de l’Europe devrait être complété par son implication politique dans le processus de la résolution de la situation.L’Union Européenne devrait, et commence déjà, à admettre les causes premières de la crise migratoire et du chaos au Moyen-Orient. Ils n’hésitent plus à se rappeler de l’Irak et de l’échec de la «démocratisation» de l’Irak, qui s’est finalement soldé par une menace majeure de division du pays et par des tensions interconfessionnelles à l’intérieur du pays. Ils commencent à se rappeler de l’exemple plus récent de la Lybie, qui s’est transformée en un corridor non contrôlé du trafic des migrants venant de nombreux pays d’Afrique du nord, et non seulement d’Afrique du nord, mais également, d’Afrique «noire». Ils commencent à se rappeler comment a été traité l’ancien chef de la Lybie Mouammar Kadhafi, en essayant de se baser sur l’illusion qu’il suffit de renverser un dictateur pour que la démocratie commence à prendre racine toute seule. Je suis convaincu que les leçons ont été tirées dans les esprits de la plupart des politiciens sérieux, et en ce qui concerna la Syrie, en dépit de la persistance de la rhétorique «anti-Assad» et de «démocratisation», une vraie compréhension de la situation commence à surgir.

Cela nous donne de l’espoir que dans un avenir proche un processus politique se mettra en place : en utilisant des acteurs externes, il sera possible d’amener tous les syriens à la table des négociations. Les acteurs externes ne peuvent rien décider à la place des syriens, nous devons les obliger à élaborer l’algorithme de la future existence dans leur pays, lorsque les intérêts de tous les groupes confessionnels, ethniques et politiques seront solidement protégés.

Question : Et les intérêts des acteurs externes sont-ils bien protégés, en prenant par exemple, la base russe sur la côte syrienne de la mer Méditerranée ?

Sergueï Lavrov : Ce fait est déjà reconnu par tous. L’action de notre présence militaire en Syrie est jugée par la majorité (et par beaucoup – de manière officielle) comme étant la réponse la plus efficace à la menace terroriste, en particulier dans le contexte de la participation de la coalition américaine qui dure depuis plus d’un an dans la lutte contre Daesh qui, pendant cette même période, n’a fait qu’accumuler ses conquêtes territoriales. Je le répète, le refus des américains de coordonner avec nous leur campagne anti-terroriste est une grande erreur. Nous sommes prêts à une telle coordination aussi large que possible.

En outre, nous sommes prêts à inclure l’opposition patriotique, y compris, la dite «Armée syrienne libre», en lui offrant notre soutien aérien, même si les américains refusent de partager avec nous leurs informations sur les emplacements des terroristes et ceux des opposants patriotiques. Ce qui est important pour nous, c’est de trouver des gens qui vont représenter de manière crédible tel ou tel groupe armé, qui affronte y compris le terrorisme.

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