Reconstruction politique, «ingérence» occidentale... Quels enjeux pour la présidentielle en Syrie ?

Reconstruction politique, «ingérence» occidentale... Quels enjeux pour la présidentielle en Syrie ?© Mohamed Azakir Source: Reuters
Les Syriens résidant au Liban ont voté avant l'élection présidentielle du 26 mai, à l'ambassade de Syrie à Yarze, au Liban, le 20 mai 2021.
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Dans un contexte marqué par la guerre et malgré les obstacles, les Syriens sont appelés aux urnes, dans et en dehors du pays. Un pied de nez à l'Occident, dont les tentatives pour chasser du pouvoir Bachar el-Assad se sont avérées infructueuses ?

La Syrie organise ce 26 mai sa deuxième élection présidentielle depuis le début de la guerre en 2011 dans un contexte difficile, entre absence de solution politique au conflit et situation humanitaire encore aggravée par la pandémie de Covid-19.

L'opposition en ordre dispersé

Confronté à l'insurrection de groupes terroristes et islamistes depuis des années, le président Bachar el-Assad est parvenu à reconquérir une large partie du territoire national, à l'exception de certaines zones, dont notamment celle occupée par les forces kurdes dans le nord du pays. C'est donc seulement dans les zones contrôlées par le gouvernement que les Syriens restés au pays pourront voter.

Côté candidats, 44 hommes et sept femmes ont déposé leur candidature. Pour que celle-ci soit valide, ils devaient obtenir le soutien de 35 députés sur les 250 que compte le Parlement, acquis à un peu plus de 2/3 au parti Baas du président el-Assad et à des formations qui lui sont affiliées. Autre nécessité pour les candidats : vivre «de manière continue» en Syrie depuis au moins 10 ans. Trois candidatures ont finalement été retenues.

Au pouvoir depuis l'an 2000, année où il a succédé à son père, Bachar el-Assad avait remporté la présidentielle de 2014 avec plus de 88% des voix. S'il fait peu de doute qu'il sera reconduit pour un quatrième mandat, le président sortant fera face à Abdallah Salloum Abdallah, ex-ministre d'Etat et député, ainsi qu'à Mahmoud Mareï, membre de l'opposition.

Ce dernier a notamment participé à des négociations organisées sous l'égide de l'ONU à Genève pour tenter de trouver une issue à la guerre. «Je veux changer la structure du régime, passer d'une dictature totalitaire à un système démocratique», déclarait ce membre du Front démocratique syrien dans un entretien accordé le 18 mai à l’agence Associated Press (AP). 

Mais dix ans après le début de la guerre, l'opposition apparaît divisée et en position de faiblesse, l'insurrection armée ayant globalement perdu la bataille sur le terrain militaire contre le gouvernement, malgré la persistance de poches terroristes dans le pays. Sur les terrains politique et diplomatique, le bilan n'est guère plus glorieux. En 2012, plus de 100 pays reconnaissaient une «Coalition nationale des forces de la révolution et de l'opposition» comme unique représentant du peuple syrien. Mais en dépit des efforts occidentaux, ni l'opposition en exil ni ceux que les médias occidentaux qualifient avec complaisance de «rebelles» ne sont parvenus à chasser du pouvoir Bachar el-Assad. Aussi les factions armées, en grande majorité islamistes, se sont progressivement fragmentées, ne parvenant jamais à former un front uni.

Des observateurs de Russie, de Chine, d'Iran, d'Algérie, du Venezuela...

Si ce scrutin est considéré, avant même sa tenue, comme une «imposture» par Washington et que la France en dénonce le manque de «supervision internationale», Damas a bel et bien convié des parlementaires d'une quinzaine de pays alliés à observer le scrutin. Mais la liste pourrait presque s'apparenter à une énumération non exhaustive des nations visées par des sanctions étasuniennes, puisqu'on y retrouve entre autres la Russie, la Chine, l'Iran, le Venezuela, Cuba, l'Algérie, l'Equateur ou encore la Bolivie.

Pour la Russie, intervenue militairement dans le conflit en 2015 à la demande du gouvernement syrien, le Conseil de la Fédération (chambre haute de l’Assemblée fédérale) a d'ores et déjà formé une délégation d'observateurs pour ce scrutin, qui sera dirigée par le sénateur Sergueï Mouratov, selon RIA Novosti.

Le vote à l'étranger : un levier d'«ingérence» pour l'Occident ?

A cause de la guerre, 5,6 millions de Syriens se trouvent actuellement en exil, selon l'ONU. Dans ce contexte, le vote des Syriens à l'étranger s'annonce comme un aspect crucial de l'élection.

Le ministère syrien des Affaires étrangères et des Expatriés ne s'y est pas trompé, appelant solennellement les citoyens exilés à participer aux élections, pour «affirmer leur volonté libre et leur appartenance à la Patrie, et contribuer à la construction de la Syrie renouvelée».

Le scrutin a d'ailleurs déjà commencé le 20 mai avec le vote de ces Syriens exilés. A travers le monde, que ce soit au Liban, au Koweït, en Russie ou encore en Jordanie, ceux qui disposent d'un passeport valide, frappé d'un tampon de sortie officiel du territoire, ont pu mettre leur bulletin dans l'urne dans les ambassades. Mais la prise en compte du vote des citoyens réfugiés hors du pays démontre ses limites, puisque ceux ayant fui leur pays dans des conditions chaotiques et ne disposant pas du fameux tampon, eux, ne pourront pas voter. 

Par ailleurs, ce vote en dehors des frontières va de pair avec un certain pouvoir pour les pays d'accueil des réfugiés syriens, qui sont parfois ouvertement hostiles au gouvernement. C'est notamment le cas de la Turquie, qui a interdit le vote sur son territoire. 

L'Allemagne en a fait de même, suscitant la colère de Damas, qui y voit une forme d'«ingérence». «La décision injuste du gouvernement allemand transgresse la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques», a ainsi dénoncé une source officielle du ministère syrien des Affaires étrangères, citée par Sanaa, jugeant que la décision de Berlin «viol[ait] les droits et la liberté des Syriens, constitu[ait] une tentative de les priver de prendre part au scrutin à la présidentielle et met[tait] à nu la falsification de la démocratie à laquelle prétend le gouvernement allemand et son rôle dévastateur dans la guerre injuste visant la Syrie».

Ce 20 mai, des dizaines d'opposants d'une part, et de partisans de Bachar el-Assad de l'autre, se sont d'ailleurs rassemblés devant l'ambassade syrienne à Berlin pour faire entendre leur voix.

Et les obstacles au bon déroulement du scrutin ne s'arrêtent pas là. En effet, même pour ceux qui sont en mesure de voter à l'étranger, la participation ne s'avère pas dénuée d'incidents, symbole d'un antagonisme toujours bien présent au sein de la population syrienne.

Au Liban, où des milliers de Syriens se sont déplacés à leur ambassade pour déposer un bulletin de vote, l'AFP rapporte que certains ont été victimes d'agressions, notamment dans la plaine de la Bekaa (est) où des Libanais ont caillassé des bus transportant des Syriens. Au nord de Beyrouth, des jeunes, certains armés de bâtons, ont attaqué une voiture arborant des portraits du président Assad et frappé les passagers, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux.

La légitimité du scrutin mise en doute par les Occidentaux

A l'international, les résultats de cette élection présidentielle ont en outre été commentés par les pays occidentaux... plusieurs semaines avant qu'elle n'ait lieu. En effet, plusieurs pays, dont les Etats-Unis, la France ou encore le Royaume-Uni, ont d'ores et déjà fait savoir qu'ils n'en reconnaitraient pas le résultat.

De son côté, Moscou, par la voix du représentant russe à l'ONU Vassili Nebenzia, a jugé «désolant de voir que certains pays sont hostiles à l'idée même de l’élection à venir et se sont déjà hâtés de [la] déclarer illégitime». Le diplomate russe a ainsi estimé que l'attitude occidentale allait à l'encontre des travaux du Comité constitutionnel syrien, chargé de rédiger une nouvelle constitution en mettant autour de la table, tant bien que mal, pouvoir et opposition. 

Si l'enjeu d'une réconciliation durable est crucial pour la population syrienne dans le cadre d'un conflit qui aurait fait plus de 400 000 morts selon les difficiles estimations de l'ONU, il ne saurait évidemment se résumer à une élection. Mais, en parallèle aux plateformes tentant de rétablir un dialogue comme le Comité constitutionnel inter-syrien de Genève, ou le processus d'Astana (sous l'égide de la Russie, de l'Iran et de la Turquie), la présidentielle de ce 26 mai sera-t-elle une étape vers l'apaisement ? Seul l'avenir le dira.

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