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Santé, migration, Brexit, climat : les annonces de la présidente de la Commission européenne

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a notamment annoncé la fin du règlement de Dublin, qui confiait la responsabilité du traitement des demandes d'asile au pays de première entrée des migrants dans l'Union européenne.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a prononcé, ce 16 septembre, son premier discours sur l'état de l'Union devant le Parlement européen, véritable rituel de la vie bruxelloise, défendant sa vision en matière de santé, d'économie, de politique étrangère, de migration ou encore de climat. 

Une «Union européenne de la santé»

«Il est clair que nous avons besoin de construire une Union européenne de la santé plus forte, il en est temps», a déclaré Ursula von der Leyen, alors que les Etats membres font face en ordre dispersé à la pandémie de Covid-19. «Nous devons faire en sorte que notre nouveau programme «L’UE pour la santé» résiste à l'épreuve du temps [...] Nous créerons une agence de recherche et de développement biomédicaux avancés au niveau européen, comme cela existe aux Etats-Unis», a-t-elle affirmé devant le Parlement européen.

Face à la concurrence mondiale sur la recherche d'un vaccin contre le Covid-19, elle a averti : «Le nationalisme vaccinal met des vies en danger.», avant de poursuivre : «Nous devons veiller à ce que les citoyens européens et ceux du monde entier y aient accès [...] aucun d’entre nous ne sera en sécurité tant que nous ne serons pas tous en sécurité.»

Un plan de relance de 750 milliards d'euros 

Le plan de relance européen post-Covid de 750 milliards d'euros, sur lequel les Etats membres s'étaient entendus en juillet, sera financé à 30% par des obligations vertes, a également annoncé la dirigeante Allemande.

«Nous sommes les leaders mondiaux de la finance verte et le plus grand émetteur d'obligations vertes dans le monde. Nous faisons œuvre de pionnier en élaborant une norme de l'UE solide en matière d'obligations vertes», a-t-elle souligné.

Climat : vers un nouvel objectif d'émissions de gaz à effets de serre

Devant les eurodéputés, la première femme à la tête de l'exécutif européen, qui a fait du Green Deal un pilier de son mandat, a annoncé qu'elle entendait rehausser l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l'UE pour 2030, actuellement fixé à -40% par rapport au niveau de 1990, à -55%.

Ce relèvement, qui aurait d'importantes conséquences pour les secteurs de l'énergie, des transports ou de l'agriculture, «est trop important pour certains et insuffisant pour d'autres», a-t-elle reconnu. Mais «notre économie et notre industrie peuvent y faire face», a-t-elle assuré lors de sa prise de parole.

Brexit : le risque du no deal

Sur le front du Brexit, alors que les relations s'enveniment avec Londres, la présidente de la Commission a averti : l'accord scellant le départ du Royaume-Uni de l'UE, signé en janvier, ne peut être modifié unilatéralement.

«C'est une question de droit, de confiance et de bonne foi», a-t-elle affirmé, alors que le Parlement britannique vient d'approuver un projet de loi revenant en partie sur les engagements pris dans l'accord de retrait, et que les perspectives d'une sortie ordonnée du Royaume-Uni diminuent. La fin de l'année marque la fin de la période de transition.

Elle a cité l'ex-Premier ministre britannique Margaret Thatcher : «Le Royaume-Uni ne viole pas les traités. Ce serait mauvais pour la Grande-Bretagne, mauvais pour les relations avec le reste du monde et mauvais pour tout futur traité commercial.»

«Ce qui était vrai à l’époque l’est toujours aujourd’hui. La confiance est le fondement de tout partenariat solide», a souligné Ursula von der Leyen. Ces déclarations font suite au projet de loi du Royaume-Uni revenant en partie sur les engagements pris dans l’accord sur le Brexit, en particulier en ce qui concerne le protocole destiné à éviter le retour d’une frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord.

«L’UE et le Royaume-Uni ont convenu que c’était le meilleur et le seul moyen d’assurer la paix sur l’île d'Irlande. Et nous ne reviendrons jamais là-dessus. Cet accord a été ratifié par cette Assemblée et par la Chambre des communes», a rappelé la présidente de la Commission européenne. Elle a aussi mis en garde contre le risque de no deal dans l'accord sur la relation post-Brexit que Bruxelles et Londres tentent de conclure avant la fin de l'année, quand le Royaume-Uni, qui a officiellement quitté l'UE le 31 janvier, cessera d'appliquer les normes européennes.

Mise en garde contre les tentatives d'intimidation de la Turquie

Ursula von der Leyen qui a promis de diriger une Commission «géopolitique», a aussi mis en garde la Turquie contre toute tentative d'intimidation dans le conflit gazier qui l'oppose à la Grèce en Méditerranée orientale. «Si nous sommes géographiquement proches, la distance entre nous semble ne cesser de croître», a-t-elle déclaré.

«Oui, la Turquie se situe dans une région qui connaît des troubles. Et oui, elle reçoit des millions de réfugiés, pour qui nous versons une aide financière considérable. Mais rien de tout cela ne justifie les tentatives d’intimidation de ses voisins», a ajouté la dirigeante allemande.

Les tensions en Méditerranée orientale seront au cœur d'un sommet européen des 24 et 25 septembre, de même que la situation en Biélorussie où se déroulent des manifestations d'opposants au président Loukachenko. 

«Nos Etats membres, Chypre et la Grèce, pourront toujours compter sur une solidarité totale de l’Europe pour protéger leurs droits légitimes en matière de souveraineté», a-t-elle assuré.

La France a affiché son soutien à la Grèce en déployant des navires de guerre et des avions de combat dans la région, une initiative vivement dénoncée par Ankara. «La désescalade en Méditerranée orientale est dans notre intérêt mutuel», a-t-elle poursuivi. Il n’y a qu'une voie à suivre : se garder d’agir unilatéralement et reprendre les pourparlers en toute bonne foi, car c’est la voie qui mène vers la stabilité et les solutions durables.»

Migrations : «L'Europe doit agir dans l’unité»

Autre dossier ultra-sensible pour l'UE : la migration. L'incendie du camp de migrants de Moria, le plus grand d'Europe, rappelle «douloureusement que l'Europe doit agir dans l’unité», a indiqué la patronne de la Commission, qui doit présenter le 23 septembre une réforme très attendue de sa politique migratoire. La Commission européenne veut «abolir» le règlement de Dublin confiant la responsabilité du traitement des demandes d'asile au pays de première entrée des migrants dans l'UE, a-elle également révélé.

«Au cœur (de la réforme) il y a un engagement pour un système plus européen», a avancé Ursula von der Leyen. «Je peux annoncer que nous allons abolir le règlement de Dublin et le remplacer par un nouveau système européen de gouvernance de la migration», a-t-elle poursuivi. 

«Il y aura des structures communes pour l'asile et le retour. Et il y aura un nouveau mécanisme fort de solidarité», a-t-elle déclaré, alors que les pays qui sont en première ligne d'arrivée des migrants (Grèce, Malte, Italie notamment) se plaignent de devoir faire face à une charge disproportionnée.

«Si nous intensifions nos efforts (au niveau européen), nous attendons de tous les Etats membres qu’ils intensifient eux aussi leurs efforts», a-t-elle affirmé, en référence aux refus passés de certains pays d'accueillir des demandeurs d'asile.

Un plan d'action antiracisme

Ursula von der Leyen, a enfin annoncé qu'elle allait présenter «un plan d'action» contre le racisme et les «crimes de haine, qu'ils se fondent sur la race, la religion, le genre ou la sexualité».

«Il est temps à présent de construire une Union véritablement antiraciste – en condamnant le racisme, mais aussi en agissant», a-t-elle déclaré. La Commission va présenter un plan d’action pour commencer à concrétiser ce projet. Dans ce cadre, nous proposerons d’étendre la liste des infractions prévues par la législation de l’UE à toutes les formes de crimes de haine et de discours de haine – qu’ils se fondent sur la race, la religion, le genre ou la sexualité.»

Parmi les évolutions attendues, elle a promis de renforcer les «lois en matière d’égalité raciale là où des lacunes subsistent», mais aussi d'utiliser le budget de l'UE «pour lutter contre la discrimination dans des domaines tels que l’emploi, le logement ou les soins de santé». «Nous deviendrons plus sévères en matière d’application de la législation en cas de retard de mise en œuvre», a averti la dirigeante allemande.

Elle a également assuré que l'UE améliorerait «l’éducation et les connaissances sur les causes historiques et culturelles du racisme», et s'attaquerait «aux préjugés inconscients, qu’ils soient le fait des citoyens, des institutions, voire des algorithmes». En outre, la Commission désignera son tout premier coordinateur en matière de lutte contre le racisme afin d’accorder à cette question une attention prioritaire.

Les zones «sans LGBTQ» qui ont été décrétées en Pologne sont des «zones sans humanité» qui «n'ont pas leur place» dans l'UE, a affirmé l'Allemande, qui veut aussi que le droit de parentalité des couples du même sexe reconnu dans un Etat membre le soit dans tous.