«Totalement absurde» : pourquoi des compagnies font voler des avions vides en pleine épidémie

«Totalement absurde» : pourquoi des compagnies font voler des avions vides en pleine épidémie© ADAM TANJUNG Source: AFP
Une personne est assise seule à l'intérieur d'un avion avant de quitter l'aéroport de Jakarta à Tangerang le 1er février 2020 (image d'illustration).

Malgré le lourd impact du coronavirus sur la demande en transports aériens, la règle européenne du 80/20 incite les compagnies aériennes desservant le Vieux continent à faire voler leurs avions à vide pour ne pas perdre leurs créneaux horaires.

En raison de l'effet combiné de l'épidémie mondiale de coronavirus et de règles européennes dont celle du 80/20, plusieurs compagnies aériennes, notamment britanniques, ont décidé de faire voler leurs avions quasiment à vide voire complètement inoccupés, comme le révèle un article du quotidien anglais The Times, le 6 mars.

En effet, en plus des demandes de vols civils qui se sont effondrées depuis le début de l'année en raison des craintes croissantes et des mesures de restrictions liées à l'épidémie, on peut se demander à première vue pourquoi des compagnies aériennes continuent à enregistrer des pertes importantes en gaspillant des milliers de litres de kérosène tout en polluant fortement l'atmosphère inutilement.

La raison est simple : si les compagnies aériennes opérant depuis ou vers les pays européens ne continuent pas à exploiter au moins 80% des créneaux horaires qui leur sont attribués, elles risquent de les perdre au profit de concurrents. Deux fois par an, l'ensemble de ces créneaux est analysé et redistribué sur le marché selon la règle du «use it or lose it» (utilise-le ou perds-le), poussant donc certains opérateurs britanniques à faire voler des avions «fantômes».

«Il est totalement absurde que cette réglementation s'applique dans les circonstances actuelles»

Afin de remédier aux conséquences environnementales et économiques désastreuses de cette situation, le Secrétaire d’Etat britannique aux Transports, Grant Shapps, a rédigé une missive, le 5 mars, à l’attention d'Airport Coordination Limited (ACL) – le leader mondial des coordinateurs de créneaux horaires dans les aéroports – pour leur demander de les suspendre durant toute la durée de l’épidémie de coronavirus.

«Je suis particulièrement préoccupé par le fait que, pour satisfaire à la règle des 80/20, les compagnies aériennes puissent être obligées de piloter des avions à des taux de remplissage très bas, voire à vide, afin de conserver leurs créneaux horaires», a souligné Grant Shapps. Et de poursuivre : «Un tel scénario n'est pas acceptable. Il n'est pas dans l'intérêt de l’industrie, des passagers ou de l'environnement, et il doit être évité.»

Pour les vols à destination et en provenance de Hong Kong et de Chine continentale (pays d'où est partie l'épidémie), ACL a toutefois déjà suspendu ces règles, selon le site d'information Business Insider.

De son côté, le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, a exprimé les mêmes requêtes mais auprès de la Commission européenne, au cours d'une conférence de presse à Bercy, le 9 mars. «S'agissant du transport aérien, je suis intervenu auprès du commissaire européen Paolo Gentiloni […] pour lui demander que les compagnies puissent conserver leurs créneaux aériens sans avoir à faire tourner leurs avions à vide dans le ciel. Il est totalement absurde que cette réglementation s'applique dans les circonstances actuelles», a-t-il déclaré.

L'Association internationale du transport aérien (IATA), qui représente 260 compagnies et environ 83% du trafic aérien total, appelle également à la suspension de la règle du 80/20, dans un communiqué du 5 mars. D'après celui-ci, «l'IATA évalue des pertes de revenus, pour l'année 2020, sur le secteur des passagers, entre 63 milliards de dollars et 113 milliards de dollars», selon des scénarios de diffusion plus ou moins large du Covid-19. De surcroît, le nombre de passagers aurait baissé de 24% sur le marché aérien d'Europe de l'ouest, selon les statistiques de l'association.

Ce type de demande avait «déjà été mis en œuvre après les événements du 11 septembre 2001, lors de l'épidémie de SRAS en 2003 et après la crise économique de 2008», précise de son côté la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) dont les propos ont été repris par L'Obs.

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