Comparé à Escobar par la justice équatorienne, Rafael Correa risque sept ans de prison

Comparé à Escobar par la justice équatorienne, Rafael Correa risque sept ans de prison© Francois Lenoir Source: Reuters
L'ancien président équatorien Rafael Correa lors d'une interview avec Reuters à Bruxelles, Belgique, le 8 octobre 2019 (image d'illustration).

Dans une affaire de corruption, la procureure générale d'Equateur a requis sept ans de prison contre l'ex-président Rafael Correa, allant jusqu'à le comparer à Pablo Escobar. L'homme, qui clame son innocence, accuse celle-ci de partialité.

Une comparaison quelque peu osée. Dans un plaidoyer ouvertement hostile, la procureure générale d'Equateur, Diana Salazar, a requis le 5 mars sept ans de prison contre l'ancien président équatorien Rafael Correa, jugé à Quito par contumace et accusé d'avoir financé sa campagne électorale de 2013 avec des pots-de-vin. Le comparant à Pablo Escobar dans une déclaration, elle a demandé au tribunal de la Cour nationale de justice «la peine maximale envisagée pour le délit de corruption et considérée comme aggravante, pour Rafael C., en tant qu'auteur indirect, et pour d'autres fonctionnaires et hommes d'affaires, en tant qu'auteurs directs», a déclaré le parquet sur Twitter.

L'ancien chef d'Etat (2007-2017) et 19 autres prévenus, dont l'ex-vice-président Jorge Glas, risquent entre cinq et sept ans de prison s'ils sont reconnus coupables. Jorge Glas purge déjà une peine de six ans dans une affaire de pots-de-vins de l'entreprise de BTP brésilienne Odebrecht. Tous sont accusés de corruption pour avoir, selon le parquet, reçu environ 7 millions de dollars de la part d'entreprises en échange de marchés publics. «Une structure a été créée pour recevoir des pots-de-vin en échange de contrats. Il a été déterminé que l'ancien président Rafael Correa Delgado était au sommet de la structure», a déclaré la procureure générale à la presse. Elle a précisé qu'elle demandait aussi un total d'«un milliard de dollars» de réparations pour l'Etat.

«Clownerie !»

Agé de 56 ans, l'ex-président a été mis en cause sur la base d'un dépôt de... 6 000 dollars sur son compte. Une somme sans commune mesure avec les millions évoqués par la procureure. Rafael Correa affirme que ces 6 000 dollars étaient un prêt personnel et ne cesse de qualifier cette condamnation de farce. «Clownerie !», avait-il déjà tweeté en janvier en apprenant son renvoi. Cette fois, la procureure générale, qu'il accuse d'être totalement partiale dans son affaire, n'a pas hésité à le comparer au narcotrafiquant Pablo Escobar, qui, dans la dernière partie de sa carrière criminelle, «n'a pas touché à la drogue, mais a créé un réseau de trafic de drogue», a-t-elle déclaré. Un rapprochement que l'ex-dirigeant juge grotesque et commente avec ironie et sarcasme. «Comme toujours, la "brillante" procureure Diana Salazar, dissipe tout doute sur ses capacités et son impartialité», a-t-il écrit à propos de cette comparaison.

«Nous résisterons et vaincrons», a écrit ce 6 mars l'ancien président sur Twitter. «Mais en me faisant du mal, ils font beaucoup de mal à de nombreuses personnes innocentes. Ce n'est qu'une question de temps», prévient-il.

La mise en accusation de Rafael Correa n'est pas sans rappeler celle de Lula au Brésil. Condamné à plus de huit ans de prison pour corruption, Lula a finalement été libéré en novembre 2019 après un an et demi d'incarcération. Une libération dont se sont félicités de très nombreux dirigeants politiques à travers le monde. Une condamnation de de l'ancien président équatorien supposerait la fin de sa carrière politique, la Constitution équatorienne interdisant aux personnes condamnées pour fraude, corruption ou enrichissement illégal d'être candidates à des élections.

Trahi par l'actuel président Lenin Moreno qu'il a participé à conduire au pouvoir, Rafael Correa semble pourtant décidé à revenir aux commandes de son pays. Ses partisans en Equateur sont déjà mobilisés et ses nombreuses publications sur Twitter indiquent qu'il se dirige vers une nouvelle candidature lors des prochaines échéances électorales.

Rafael Correa réside depuis 2017 en Belgique, pays d'où est originaire son épouse. Il dénonce une persécution politique de la part de son ancien allié politique, l'actuel président équatorien, Lenin Moreno, qu'il considère comme un traître. 

En octobre 2019, faisant face à un mouvement de contestation d'ampleur, Lenin Moreno avait dû quitter provisoirement Quito, la capitale du pays, accompagné de tout son gouvernement dont il avait même dû déplacer le siège à Guayaquil, la deuxième ville du pays située au sud-ouest de l'Equateur. Depuis cette cité portuaire, il avait accusé le président vénézuélien, Nicolas Maduro, et son prédécesseur, Rafael Correa, d'être derrière ces troubles. C'était pourtant l'application par Lenin Moreno d'un plan du FMI qui avait conduit à des grèves et des blocages de la population protestant contre une hausse exorbitante du prix du carburant de plus de 100%. Le prix du diesel a par exemple plus que doublé, passant de 1,03 dollar à 2,29 dollars – soit une augmentation de 123%. C'est également Lenin Moreno qui a ordonné l'abandon par l'Equateur du lanceur d'alerte Julian Assange qui avait trouvé refuge durant sept années à l'ambassade équatorienne à Londres, asile qui lui avait été accordé par Rafael Correa. Après la révocation de cet asile par Lenin Moreno, Julian Assange a été arrêté le 11 avril par les autorités britanniques et se trouve actuellement dans une prison de haute sécurité près de Londres en attendant la suite de son procès qui doit statuer sur la demande américaine de son extradition.

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