Norvège : un parti de droite quitte le gouvernement après le rapatriement d'une femme de djihadiste

Norvège : un parti de droite quitte le gouvernement après le rapatriement d'une femme de djihadiste© Fredrik Varfjell / NTB Scanpix Source: AFP
La chef du Parti du Progrès norvégien (Fremskritspartiet) Siv Jensen s'adresse aux médias à Oslo, en Norvège, le 20 janvier 2020.

Suite au rapatriement de Syrie d'une Norvégienne, épouse de djihadiste et mère de deux enfants, le Parti du Progrès, membre de la coalition de droite au pouvoir en Norvège, a quitté le gouvernement. «La coupe est pleine», estime cette formation.

Le Parti du Progrès (Frp, droite libérale anti-immigration) a annoncé le 20 janvier qu’il quittait le gouvernement de coalition norvégien afin de protester contre le rapatriement de Syrie, le 14 janvier, d’une épouse de djihadiste lié à l’organisation Daesh et de ses deux enfants (dont l'un serait gravement malade), auquel la formation anti-immigration s’opposait.

Le gouvernement norvégien de droite se voit ainsi privé de sa majorité au Parlement. Le départ du Frp ne devrait toutefois pas entraîner la chute de la coalition menée par les conservateurs du Premier ministre Erna Solberg.

«La coupe est pleine»

A l’occasion d’une conférence de presse, la chef de file du Parti du Progrès, Siv Jensen, qui occupe le poste de ministre des Finances, a estimé, selon l’AFP : «La coupe est pleine.» Et d’indiquer : «Nous nous sommes déclarés en permanence prêts à rapatrier des enfants innocents mais nous ne faisons pas de compromis avec des personnes qui ont rejoint des organisations terroristes et qui œuvrent activement à la destruction des valeurs sur lesquelles la Norvège s'est construite.»

Le Frp, favorable au rapatriement des deux enfants, avait émis un avis négatif quant au retour de leur mère sur le territoire norvégien. Toutefois, les trois autres partis formant la coalition au gouvernement ont ignoré ses objections et accepté à titre exceptionnel le retour des trois membres de la famille. Les trois autres partis de la coalition ont ainsi jugé qu’il s’agissait de la seule solution possible pour mettre l’enfant de cinq ans en sûreté.

La Norvégienne d’origine pakistanaise, qui avait rejoint la Syrie en 2013 où ses deux enfants sont nés, était détenue dans le camp Al-Hol, sous contrôle kurde depuis mars 2019. Elle est accusée d’avoir été membre de deux organisations terroristes, le Front al-Nosra (désormais rebaptisé Fatah al-Cham, lié à al-Qaïda) et Daesh. C’est pour ces raisons qu’elle a été arrêtée dès son arrivée à Oslo, le 17 janvier au soir selon l’AFP. De son côté, l’intéressée rejette les accusations et affirme avoir été retenue contre son gré en Syrie. Elle a été placée en détention provisoire, le 20 janvier.

Son fils de cinq ans et sa fille de trois ans, nés de deux combattants djihadistes différents, ont été hospitalisés, d'après l’AFP.

Depuis le net recul de Daesh en Syrie, qui avait autoproclamé un «califat» en 2014, plusieurs pays occidentaux sont confrontés au casse-tête du rapatriement des familles des djihadistes capturés ou tués en Syrie et en Irak. Les retours dans les pays occidentaux de citoyens de pays comme l'Autriche, l'Allemagne ou la France ont lieu au compte-goutte.

Début novembre une responsable du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme, Marie-Dominique Parent, avait chiffré à entre 700 et 750 le nombre d'enfants nés de parents ressortissants de l'Union européenne qui sont retenus dans des conditions précaires dans des camps du nord-est de la Syrie. Au total, quelque 12 000 étrangers, 4 000 femmes et 8 000 enfants, sont installés dans trois camps de déplacés du nord-est, la grande majorité dans celui d'Al-Hol, selon des statistiques des autorités kurdes citées par l’AFP.

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