Deux collectifs de Kurdes syriens dénoncent la «passivité» et l’«impuissance» de Paris

- Avec AFP

Deux collectifs de Kurdes syriens dénoncent la «passivité» et l’«impuissance» de Paris© Delil Souleiman Source: AFP
Des Kurdes de Syrie manifestent contre l'offensive turque, le 28 octobre 2019, à Qamishli, en Syrie (image d'illustration).

Des lettres ouvertes ont été publiées dans Libération et Le Parisien par des soutiens des Kurdes de Syrie que Paris a, selon eux, abandonnés. Ils mettent en garde contre un possible retour des djihadistes français retenus dans les prisons kurdes.

Des rescapés des attentats de 2015 en France et le Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava publient, ce 1er novembre, deux lettres ouvertes dans des journaux français pour dénoncer ce qu'ils estiment être l'«abandon» par Paris des Kurdes de Syrie, envers qui les Français ont pourtant, selon eux, «une dette inestimable».

«En tant que survivants du terrorisme, il nous est impossible de rester silencieux et indifférents à l'attentat permanent que vivent ces populations, envers lesquelles nous avons une dette inestimable», déclarent ainsi 44 «survivants du terrorisme», réunis au sein du Collectif de survivants du terrorisme en soutien aux peuples du Rojava, dans une lettre ouverte publiée dans le quotidien Le Parisien.

Nous sommes indignés par la passivité de la France et de la communauté internationale

La Turquie a lancé, le 9 octobre, une offensive contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), qu'elle qualifie de «terroriste», mais qui a été l'alliée indispensable des pays occidentaux dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI)

Ankara a mis fin le 23 octobre à son offensive, à la faveur de deux accords négociés séparément avec les Etats-Unis et la Russie. Mais celle-ci a fait des centaines de morts et des centaines de milliers de déplacés. Plus de 12 000 Kurdes ayant fui la zone se sont notamment réfugiés dans des camps du Kurdistan irakien.

Le gouvernement français mis en cause

«Nous sommes indignés par la passivité de la France et de la communauté internationale, qui après les attentats de Paris, n'avaient pourtant pas hésité à intervenir aux côtés des Kurdes contre nos assassins. Passivité qui permet aujourd'hui l'évasion de centaines de terroristes, et parmi eux, nous le craignons, les djihadistes français les plus dangereux», interpellent les rescapés des attentats djihadistes du 13 novembre 2015 à Paris et dans la ville de Saint-Denis (93).

Les forces kurdes détiennent en effet des milliers de djihadistes dont de nombreux étrangers, dans des prisons du nord de la Syrie. Selon un haut responsable américain, plus de cent prisonniers se sont échappés, profitant du chaos créé par l'offensive turque.

Dans une autre lettre ouverte publiée dans le journal Libération, le Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava (CCFR) interroge : pourquoi Paris «abandonne les Kurdes qui ont pourtant mené la guerre contre Daech jusqu'au bout, à la demande de la coalition internationale et en échange de son soutien durable ?»

«Les Français ont récolté les fruits de ces victoires, sans en avoir vraiment conscience. Si notre pays n'a pas connu d'attentats de masse depuis plusieurs années, c’est grâce aux 11 000 combattants des Forces démocratiques syriennes qui sont tombés en affrontant les commanditaires de ces attaques», estime le Collectif. 

«Depuis le début de l'invasion turque, le gouvernement français se répand en gesticulations diplomatiques, nous joue la comédie de l'impuissance et de la fatalité [...] Pourtant, le retrait des troupes américaines était prévisible [...] Pourquoi le gouvernement français, présent militairement au Rojava, n'a-t-il pas pris les mesures qui s'imposaient alors ?», interpellent ces Français dans Libération

Pour ce Collectif, «l'imprévisibilité de Donald Trump, la soif de sang de Recep Tayyip Erdogan ou le cynisme de Vladimir Poutine ne peuvent en aucun cas servir d'alibi à la lâcheté du [président français] Emmanuel Macron [...] Cette trahison restera comme une tache indélébile sur le bilan de ce gouvernement» français.

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