«Les Arabes veulent tous nous détruire» : Netanyahou se défend après un message sur Facebook

«Les Arabes veulent tous nous détruire» : Netanyahou se défend après un message sur Facebook© Menahem Kahana Source: AFP
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, prononce un discours dans la ville de Ramat Gan, dans la banlieue de Tel Aviv, le 10 septembre 2019 (image d'illustration).

Après un message virulent diffusé sur Facebook, le Premier ministre israélien a nié son implication, rejetant la faute sur un employé de son parti. La firme américaine a suspendu l'accès à sa messagerie automatisée à quelques jours des législatives.

Alors que les élections législatives israéliennes, prévues pour le 17 septembre, arrivent à grands pas, un message diffusé par le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, incitant ses partisans à se déplacer le jour du scrutin a fait scandale : un texte d’une dizaine de lignes appelant ses soutiens à «déterminer l’avenir du pays».

«Nous ne pouvons pas avoir un gouvernement de gauche dangereux avec Lapid, Odeh, Gantz et Lieberman […] Un gouvernement de gauche laïque, faible, qui s'appuie sur des Arabes qui veulent tous nous détruire – femmes, enfants et hommes», est-il précisé. Cet appel au vote a été diffusé par chatbot (messagerie automatisée) et apparaissait sur l’écran de chaque personne qui tentait d’accéder à la page Facebook officielle du dirigeant israélien. Le texte laissait également entendre qu’en cas de victoire de la gauche, ses dirigeants «permettront un Iran nucléaire qui anéantira» la population de l’Etat hébreu. Il a depuis été supprimé.

«Les Arabes veulent tous nous détruire» : Netanyahou se défend après un message sur Facebook© Capture d'écran/Haaretz.com
Le message de Benjamin Netanyahou sur Facebook.

Contacté par le quotidien israélien Haaretz, premier média à avoir repéré le message, le Likoud, parti du Premier ministre, a avancé une erreur humaine pour se justifier, précisant que Benjamin Netanyahou n’avait pas eu l’occasion de pouvoir lire le texte incriminé. «Ce n'était pas moi, c'était l'un des employés du QG de campagne», a même assuré le chef du gouvernement à la radio publique israélienne. «Réfléchissez logiquement : vous pensez que j'écrirais vraiment une chose pareille ? […] J'ai des amis dans les pays arabes et je respecte les êtres humains, qu'ils soient juifs, arabes, musulmans ou chrétiens», s’est-il encore défendu.

«Psychopathe sans limites»,«délinquant méprisable»

Réagissant le 11 septembre sur Twitter, Ayman Odeh, homme politique arabe israélien, président de la coalition «Liste unifiée», qui avait obtenu 10 sièges à la Knesset lors du scrutin d’avril 2019, a décrit «Bibi» comme un «psychopathe sans limites» qui veut «voir du sang». Il a fustigé un «délinquant méprisable» prêt à tout pour «ne pas aller en prison». Le Premier ministre est en effet empêtré dans plusieurs affaires de corruption qui pourraient bien le conduire derrière les barreaux s’il ne réussit pas à se maintenir à la tête du pays. Ayman Odeh a également appelé Facebook à «agir immédiatement pour mettre fin à l’incitation raciste et dangereuse de Netanyahou contre la population arabe».

La firme californienne a de son côté fait savoir, dans un communiqué, qu’après avoir «constaté une violation de [sa] politique en matière de discours de haine», elle avait décidé de suspendre la messagerie automatisée de Benjamin Netanyahou «pour 24 heures». «En cas de violation supplémentaire, nous continuerons de prendre les mesures appropriées», a-t-elle prévenu.

Entrée en vigueur le 12 septembre au matin, la mesure ne devrait pas avoir d’incidence sur la campagne en ligne menée par le Likoud d’après un porte-parole de du parti de droite cité par l’AFP. Déjà en avril dernier, la formation politique avait très largement eu recours aux chatbots dans la campagne.

Plus tôt dans la semaine, Benjamin Netanyahou avait été largement critiqué pour avoir voulu faire voter un amendement de dernière minute, autorisant l’utilisation de caméras de surveillance dans les bureaux de vote, afin de se prémunir contre de possibles «fraudes». Les Arabes israélien voient dans cette démarche une tentative de décourager les électeurs, certains craignant d’être identifiés et fichés par le pouvoir après s’être rendus aux urnes.

Le Premier ministre israélien se retrouve donc dans une situation difficile. A la suite du dernier scrutin, et face à l'impossibilité de voir une coalition gouvernementale se dégager, le Parlement avait dû voter en mai sa propre dissolution. Une manœuvre politique bien préparée consistant à couper l'herbe sous le pied du président Reuven Rivlin, lui empêchant de confier la responsabilité de former une coalition à un autre député que le vainqueur, Benjamin Netanyahou, qui avait épuisé le délai imparti pour parvenir à un accord de gouvernement. Mais cette tactique portera-t-elle ses fruits ? Ou sonnera-t-elle le glas de l'homme qui détient désormais le record de longévité à la tête de l'Etat d’Israël devant David Ben Gourion ? Réponse le 17 septembre au cours d'un scrutin qui s'annonce très serré.

Alexis Le Meur

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