«Il n'a pas agi seul» : les accusatrices de Jeffrey Epstein ont témoigné avant la clôture du procès

«Il n'a pas agi seul» : les accusatrices de Jeffrey Epstein ont témoigné avant la clôture du procès© Spencer Platt/Getty Images North America Source: AFP
Jennifer Araoz, une des victimes présumées de Jeffrey Epstein, s'adressant à la presse à sa sortie du tribunal fédéral de Manhattan, le 27 août 2019, à New York (image d'illustration).

Une quinzaine de victimes supposées de Jeffrey Epstein se sont rendues au tribunal fédéral de Manhattan afin de raconter leur calvaire. Elles demandent à ce que l'enquête se poursuive afin d'arrêter les complices du financier.

A l’invitation du juge Richard Berman, une quinzaine de femmes affirmant avoir été agressées sexuellement par Jeffrey Epstein, qui est mort en prison le 10 août, ont fait le choix de venir témoigner le 27 août au tribunal fédéral de Manhattan. Cette audience inédite était l’occasion pour celles-ci de s’exprimer, parfois pour la première fois, avant la clôture d’un dossier rendu caduc par le décès du financier de 66 ans, et de raconter le calvaire qu’elles disent avoir subi. S'exprimant à sa sortie du tribunal, l'avocate Gloria Allred a demandé à ce que la clarté soit faite sur cette affaire car «les victimes et le public ont le droit de connaître la vérité, quelle qu'elle soit».

A la barre, elles ont expliqué comment Jeffrey Epstein, qui fréquentait des personnalités comme l’ancien président Bill Clinton ou le prince Andrew, membre de la famille royale britannique, avait «volé» leur innocence et brisé leurs aspirations. «Aujourd’hui nous sommes unies. Je ne vais pas être une victime ni rester silencieuse un jour de plus», a lancé l’actrice Anouska De Georgiou, qui affirme avoir été agressée sexuellement par le financier alors qu’elle était adolescente. Parmi les 16 femmes venues témoigner, sept d’être elles ont choisi de faire lire des déclarations par leurs avocats devant une salle d’audience «pleine à craquer» d'après l’AFP.

C'est souvent une même histoire que ces témoignages relatent. Alors qu’elles étaient jeunes et la plupart du temps en situation précaire, elles disent avoir été «recrutées» pour effectuer de simples massages avant d’être forcées à avoir des relations sexuelles avec la figure de la jet-set. Après leurs récits, certaines des accusatrices s’étreignaient et se consolaient comme pour se soutenir dans l'affirmation de leur vérité.

«Toutes les humiliations que j’ai subies, c’est moi qui ai souffert et lui [Jeffrey Epstein] qui a gagné», a regretté Chauntae Davis, une victime présumée qui affirme avoir passé deux semaines à l’hôpital à «vomir à la mort» après avoir été violée par son bourreau. «J’étais son esclave. Je me sentais désarmée et honteuse», a insisté une autre femme préférant conserver l’anonymat. Elle avoue être «hantée à jamais» après avoir elle aussi subi un viol.

Retrouver les complices

Beaucoup de femmes ont fait part de leur incompréhension devant la mort prématurée du financier, qui a fait émerger tous types de théories et de spéculations, regrettant de ne pas pouvoir être confrontées à celui-ci. «Je suis très en colère et triste car la justice ne sera jamais rendue dans cette affaire», a fait savoir Courtney Wild, insistant sur le fait que Jeffrey Epstein était «un lâche». Une autre victime présumée, Jennifer Araoz, s’est indignée que «même avec sa mort, Jeffrey Epstein essaie de nous blesser», ajoutant que l’impossibilité pour elle d’être mise en face de son «prédateur» lui «ronge l’âme».

Plusieurs accusatrices ont confirmé avoir été «recrutées» par Ghislaine Maxwell, fille du magnat britannique des médias Robert Maxwell, décédé en 1991, qui a été la compagne d’Epstein pendant quelques temps avant d’en devenir une de ses amies proches. Elle reste pour le moment introuvable. Le 13 août, le quotidien britannique Daily Mail pensait savoir que celle-ci se trouvait dans le Massachusetts, mais l’information avait été rapidement démentie. Trois jours plus tard, le 16 août, le New York Post publiait lui des photographies la montrant à la terrasse d’un restaurant de Los Angeles, sans préciser la date à laquelle avaient été pris ces clichés, mais assurant qu'il s'agissait de sa première apparition publique depuis la mort de Jeffrey Epstein. Ghislaine Maxwell a toujours réfuté ces accusations.

«S'il vous plaît, terminez ce que vous avez commencé. Les victimes américaines sont prêtes à dire la vérité. Il n'a pas agi seul», a rappelé Sarah Ransome, qui accuse le financier d’avoir mis sur pied un réseau d’exploitation sexuel international. «Il faut continuer à faire la vérité et ne pas s'arrêter là», a également abondé Virginia Giuffre, qui soutient avoir dormi plusieurs fois avec le prince Andrew. Selon elle, le prince «sait exactement ce qu'il a fait et j'espère qu'il va être honnête», a-t-elle affirmé auprès des journalistes postés devant le tribunal après son audition. Maurene Comey, procureur fédéral, a d’ores et déjà assuré qu’elle poursuivrait l’enquête.

La version officielle mise en doute par la défense

De son côté, le juge Richard Berman a loué «le courage» des femmes qui ont brisé l’omerta, se disant choqué par «la tournure sidérante des événements» après le décès du principal accusé. Le département de la Justice a ouvert deux enquêtes afin de faire la lumière sur les circonstances exactes de la mort de Jeffrey Epstein, que le médecin légiste a considéré comme un suicide par pendaison dans son rapport d’expertise.

Nous voulons profondément savoir ce qui est arrivé à notre client.

Martin Weinberg, un des avocats du financier, a réitéré ses doutes à propos de la version officielle et a insisté auprès du juge pour l’ouverture d’une autre enquête. «Nous voulons profondément savoir ce qui est arrivé à notre client», a-t-il expliqué devant la cour. En cas de condamnation aux Etats-Unis, Jeffrey Epstein risquait jusqu’à 45 ans de prison ferme.

Alexis Le Meur

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