L'arrestation du candidat à la présidentielle Nabil Karoui crée des remous en Tunisie

L'arrestation du candidat à la présidentielle Nabil Karoui crée des remous en Tunisie© Zoubeir Souissi Source: Reuters
Nabil Karoui, à son arrivée au pôle judiciaire financier et économique à Tunis, en Tunisie, le 12 juillet 2019.

A trois semaines de l'élection présidentielle, l'inquiétude est au rendez-vous en Tunisie, où le magnat de l'audiovisuel Nabil Karoui, l'un des principaux opposants au candidat du gouvernement en place, vient d'être arrêté.

Les voix s'élèvent en Tunisie depuis l'arrestation inopinée de Nabil Karoui, candidat à la présidentielle en bonne place pour remporter l'élection selon de récents sondages, arrêté pour blanchiment d'argent le 23 août.

Son parti Qalb Tounes, Au cœur de la Tunisie, a accusé le 24 août le Premier ministre Youssef Chahed de chercher à barrer la route de ce rival sérieux.

Intervenant à trois semaines du premier tour de la présidentielle, cette arrestation précipitée fait monter la tension autour de ce scrutin anticipé, à la suite du décès, le 25 juillet, du président Béji Caïd Essebsi, 92 ans.

Inculpé le 8 juillet avec son frère Ghazi pour «blanchiment d'argent» dans le cadre de mouvements financiers liés à la chaîne privée qu'il détient, Nessma TV, Nabil Karoui a finalement été arrêté le 23 août. Il revenait alors de Béja (nord-ouest), où il venait d'ouvrir un nouveau local de son parti. 

Des pratiques dégradantes et dictatoriales

«Nous adressons une accusation directe envers Youssef Chahed et son gang : avoir orchestré cette arrestation», a déclaré lors d'une conférence de presse Iyadh Elloumi, un dirigeant du bureau politique de Qalb Tounes, ciblant le chef actuel du gouvernement. Il s'est plaint de «pratiques dégradantes et dictatoriales». 

Youssef Chahed n'a pas réagi jusqu'à présent à ces accusations. Après s'être déclaré candidat, l'homme de 43 ans avait transféré le 22 août ses pouvoirs de chef de gouvernement au ministre de la Fonction publique Kamel Morjane, une ancienne figure du pouvoir sous le président déchu Zine el-Abidine Ben Ali (1987-2011).

Invitée sur RT France, Lamia Fourati, membre du bureau politique du parti Au cœur de la Tunisie, a expliqué que cette arrestation intervenait après plusieurs mois de harcèlement, «depuis que Nabil Karoui caracole en tête des sondages, aussi bien pour la présidentielle que pour les législatives». Elle a évoqué la création d'une loi sur mesure pour l'«empêcher de se présenter aux élections présidentielles», qui n'a pu être signée par le président en exercice, décédé entre temps. Selon elle, après avoir été appelé à comparaître en tant que simple témoin, Nabil Karoui serait désormais suspecté de blanchiment d'argent.

«Toute la démarche démocratique de la Tunisie aujourd’hui est en grand danger. Nous nous battions contre la pauvreté [...] aujourd'hui notre combat est aussi contre les malversations et pour la démocratie», explique-t-elle. Lamia Fourati blâme des «pratiques dictatoriales», et rappelle que l'Institut supérieur des élections a confirmé que Nabil Karoui était toujours candidat, en vertu de la loi sur la présomption d'innocence.

Des soupçons d'évasion fiscale dévoilés par une ONG

Nabil Karoui et son frère ont été arrêtés à la surprise générale, à grand renfort de voitures de police. Ils sont visés par une instruction judiciaire émanant de la chambre d'accusation du pôle financier depuis 2017, après le dépôt d'une plainte par l'ONG anticorruption I-Watch.

Les enquêteurs de l'organisation avaient produit un dossier nourri les accusant de corruption financière et de fraude fiscale. Les deux frères sont suspectés d'avoir fait évader des fonds en utilisant diverses sociétés domiciliées au Luxembourg portant le nom de la chaîne de télévision qu'il a créée, Nessma TV.

Le juge d'instruction du pôle financier et judiciaire avait décidé en juillet «le gel de leurs biens et de leurs fonds financiers» et une interdiction de quitter le territoire pour les deux frères.

Le 23 août, l'instance électorale (Isie) ainsi que celle chargée du contrôle de l'audiovisuel (Haica) ont annoncé qu'elles interdisaient à trois médias émettant illégalement, dont Nessma TV, de couvrir la campagne présidentielle.

Inquiétudes sur la visée de l'arrestation 

Malgré les soupçons qui pèsent sur Nabil Karoui, l'arrestation précipitée d'un des favoris de la présidentielle déclenche protestations et inquiétudes en Tunisie. Pour la Ligue tunisienne des droits de l'Homme, elle «suscite beaucoup de doute et porte atteinte à la magistrature puisque elle fait penser à son instrumentalisation politique dans le but d'éliminer des rivaux», dans la course présidentielle.

Rached Ghannouchi, chef du parti d'inspiration islamique Ennahdha, principale force au Parlement, a déclaré que les siens tenaient «à l'indépendance de la magistrature». «Nous attendons des explications de la justice sur cette arrestation», a ajouté Rached Ghannouchi, cité par une radio locale. 

Le ministre de la Justice Karim Jamoussi aurait ordonné à l'inspection générale de son ministère d'enquêter sur les circonstances de l'émission de deux mandats de dépôt à l'encontre de Nabil et Ghazi Karoui et de s'assurer de la légalité des procédures.

Lire aussi : Tunisie : en lice pour la présidentielle, le Premier ministre renonce à sa nationalité française

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