«Ceinturé à la gorge» : deux journalistes français de l'AFP violemment interpellés en Centrafrique

- Avec AFP

«Ceinturé à la gorge» : deux journalistes français de l'AFP violemment interpellés en Centrafrique © Babandji Source: AFP
Les forces de l'ordre tentent de contenir des manifestants exigeant la démission du président de la transition, à Bangui, le 11 mai 2015 (image d'illustration).

Charles Bouessel et Florent Vergnes, deux journalistes français de l'Agence France-Presse, ont été violemment interpellés dans la capitale centrafricaine Bangui alors qu'ils filmaient une manifestation interdite par les autorités.

Deux journalistes français de l'Agence France-Presse (AFP) en Centrafrique ont été brutalement interpellés et leur matériel confisqué ou détruit le 15 juin, lors de la dispersion d'une manifestation de l'opposition à Bangui, interdite par les autorités. Charles Bouessel (28 ans) et Florent Vergnes (30 ans) ont affirmé avoir été retenus plus de six heures et auditionnés trois fois, après avoir été arrêtés et molestés à plusieurs reprises par des membres de l'Office centrafricain de répression du banditisme (OCRB). 

«La manifestation se déroulait bien, les CRS nous ont laissé filmer et voyaient bien que nous étions en dehors du cortège», a témoigné Charles Bouessel, confirmant la version de l'autre journaliste de l'AFP, Florent Vergnes. «Les manifestants ont été dispersés rapidement. Des pick-up de l'OCRB sont arrivés. On a entendu des tirs à balles réelles». «Avec Florent [Vergnes] nous tentons de partir [...]. L'OCRB nous voit et semble furieux qu'on ait filmé la scène, ils foncent sur nous», a-t-il ajouté.

J'ai saigné du nez et j'ai mal au dos et à la mâchoire

S'ensuit alors une violente interpellation : «L'un d'eux attrape ma caméra et la fracasse par terre. Je mets les mains en l'air mais je me prends une première claque dans la tête. Mon sac à dos, où j'ai mes papiers, passeport, carte bleue, accréditation presse, est arraché et jeté par terre. Je demande à le prendre, ainsi que les débris de mon appareil mais je reçois seulement des coups», a-t-il ajouté. «On est emmenés à l'accueil de l'OCRB, où on me dit de vider mes poches pour notifier ce que j'ai sur moi au début de la garde à vue. Je leur explique que je n'ai plus rien, les flics m'ont tout pris, ça ne les intéresse pas, et c'est surement perdu me disent-ils».

De son côté, Florent Vergnes a affirmé avoir «été ceinturé à la gorge» et s'être «pris des beignes, des coups de crosse de kalachnikov dans le dos». «Ils m'ont arraché mon sac, mon appareil photo et mon téléphone [pendant l'arrestation]». «J'ai saigné du nez et j'ai mal au dos et à la mâchoire», a ajouté le journaliste, qui a fait constater ses blessures par un médecin à Bangui dans la matinée du 16 juin.

Dans un communiqué, le directeur AFP pour l’Afrique, Boris Bachorz, a protesté «contre les violences policières injustifiables dont ont été victimes deux de ses collaborateurs samedi à Bangui. Charles Bouessel et Florent Vergnes ne faisaient rien d’autre que leur travail, pour lequel ils ont été dûment accrédités par les autorités centrafricaines, quand ils ont été interpellés puis tabassés par des membres des forces de l'ordre, avant d’être gardés à vue de longues heures».

Selon le ministre centrafricain de la Justice, Flavien Mbata, les deux journalistes «ont été interpellés par la police, car ils étaient présents sur les lieux d'une manifestation interdite par la police». «On a demandé à ce qu'ils soient libérés hier [le 15 juin], ce qui a été fait. Demain [le 17 juin], lorsque on aura tous les éléments et le procès-verbal, on va décider de la suite de la procédure», a ajouté le ministre, joint par l'AFP depuis Libreville.

Lire aussi : Centrafrique : trois journalistes russes assassinés, leurs corps déposés devant une base de l'ONU

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