La Russie calme le jeu avant une réunion décisive au Conseil de l'Europe

- Avec AFP

La Russie calme le jeu avant une réunion décisive au Conseil de l'Europe© Pavel Golovkin/Pool via REUTERS Source: Reuters
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov

Moscou a opéré un changement de ton vis-à-vis du Conseil de l'Europe. Mise au ban de l'institution depuis bientôt deux ans, la Russie compte bien se maintenir en son sein. Au risque de provoquer la colère d'un de ses voisins.

La Russie s'est livrée le 16 mai à un éloge appuyé du Conseil de l'Europe, un changement de ton suggérant une volonté de rester dans cette instance qui donne accès à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) et dont elle est menacée d'exclusion. La crise ukrainienne a provoqué une profonde crise entre l'organisation et Moscou. Alors que la Russie semblait promise à un départ, les propos conciliants de part et d'autres rendent moins crédibles ce scénario au moment où le Comité des ministres du Conseil de l'Europe se réunit à Helsinki les 16 et 17 mai. Au point de piquer au vif Kiev qui menace à son tour de claquer la porte.

Cette réunion, à laquelle assiste le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, jouera «un rôle décisif dans l'avenir du Conseil de l'Europe», a jugé le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué tranchant nettement avec les reproches acrimonieux de ces dernières années. «La Russie s'intéresse à la sauvegarde et au renforcement du Conseil de l'Europe comme l'une des organisations internationales les plus respectées sur le continent européen», affirme le ministère.

A la suite du rattachement de la Crimée par Moscou en 2014, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a privé les parlementaires russes de leurs droits, en particulier de leur droit de vote. Résultat : plus de la moitié des juges de la CEDH et le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil ont été élus sans la Russie. En contre-partie, Moscou a suspendu en 2017 sa participation de 33 millions d'euros au Conseil (7% de son budget), plongeant l'institution dans une crise économique, et les députés russes refusent désormais de se rendre aux sessions de l'APCE.

Selon les règles du Conseil, un Etat membre ne payant pas sa contribution risque l'exclusion au bout de deux ans, soit à partir de juin pour la Russie. Si rien ne change, Moscou ne participera pas non plus en juin à l'élection du nouveau secrétaire général de l'organisation paneuropéenne, une possibilité qui, selon la Russie, pourrait signifier son départ du CE.

La colère ukrainienne

L'hypothèse d'un départ s'est cependant dégonflée ces derniers jours. Côté russe, Sergueï Lavrov a indiqué le 15 mai que la question du paiement de la contribution russe ne serait pas à l'ordre du jour à Helsinki. Il a toutefois glissé qu'un texte était à l'étude sur ce sujet, sans donner plus de détails. 

Du côté de la France, qui prend le 17 mai la présidence tournante du Conseil pour six mois, Emmanuel Macron a jugé la semaine dernière que le Conseil de l'Europe «a besoin de la Russie comme la Russie et les Russes ont besoin du Conseil de l'Europe». Cela «suppose que ses droits d'Etat membre soient respectés mais aussi que la Russie remplisse ses obligations à l'égard de l'institution», a averti le président français.

Un départ aurait des conséquences très concrètes pour les Russes. Membre du Conseil de l'Europe depuis 1996, la Russie est la principale pourvoyeuse d'affaires devant la CEDH. De nombreux justiciables et opposants politiques russes, dont Alexeï Navalny, se tournent régulièrement vers cette instance une fois l'épuisement des voies de recours en Russie. Dans son communiqué, le ministère russe a souligné que la participation de Moscou à la CEDH avait contribué dans «une large mesure» à l'amélioration du système judiciaire et pénitentiaire en Russie, ainsi que dans le domaine du sport.

L'Ukraine s'est inquiétée que la réunion d'Helsinki puisse aboutir à la publication d'un texte facilitant la réintégration des députés russes. Si cette possibilité venait à se réaliser, l'Ukraine serait prête «à prendre des mesures importantes» et à «reconsidérer» son implication dans le Conseil, a averti le chef de la délégation ukrainienne à l'APCE, Volodymyr Ariev, accusant la France et l'Allemagne de soutenir Moscou au détriment de Kiev, de la Géorgie et des pays baltes. Le chef de la diplomatie ukrainienne Pavlo Klimkine a annulé sa venue à Helsinki, se faisant représenter par un adjoint.

Créé en 1949 à Strasbourg, le Conseil de l'Europe, indépendant de l'Union européenne, est composé de 47 Etats-membres. Depuis sa fondation, seule la Grèce l'a quitté en 1969, lors de la dictature des colonels, avant d'y être réintégrée en 1974.

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