Désinformation sur internet : une ONG s'inquiète d'une «Europe en feu», l'UE hausse le ton

- Avec AFP

Désinformation sur internet : une ONG s'inquiète d'une «Europe en feu», l'UE hausse le ton © Thomas White Source: Reuters
Image d'illustration.

Bruxelles a sommé les géants de l'internet de redoubler d'efforts dans leur lutte contre les fake news. Dans le même temps, l'ONG Avaaz a exhorté Facebook à agir, à quatre mois d'élections européennes qui s'annoncent difficiles... pour l'UE.

A quatre mois des élections européennes, qui pourraient voir une flambée de l'euroscepticisme, la Commission européenne a sommé ce 29 janvier Facebook, Twitter et Google d'intensifier leurs efforts pour lutter contre la désinformation en ligne. L'exécutif européen a en outre brandi la menace de mesures contraignantes en cas de résultats insatisfaisants.

Nous devons aller plus loin et plus vite avant mai

S'adressant cette fois aux grands acteurs de l'internet, elle leur a demandé d'«accélérer la cadence» des mesures qu'ils envisagent avant les élections de mai 2019, affirmant que ces dernières pourraient être influencées par des acteurs malveillants. «Le temps des bonnes paroles est révolu», a insisté devant la presse la commissaire Mariya Gabriel, chargée de l'économie numérique. «Nous devons aller plus loin et plus vite avant mai», a renchéri son collègue Julian King, responsable des questions liées à la sécurité, cité par l'AFP. Les deux commissaires présentaient un premier bilan du Code de conduite relatif aux discours haineux illégaux en ligne, non contraignant, signé à l'automne 2018 par Facebook, Google, Twitter et Mozilla (créateur du navigateur Firefox). Ils s'y engageaient en outre, sur une base volontaire, à distinguer clairement contenus publicitaires et informations, ainsi qu'à fermer plus rapidement les comptes actifs jugés factices.

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Une ONG à la rescousse de Bruxelles

Ce haussement de ton traduit un sentiment d'urgence croissant. La Commission européenne avait déjà exhorté les autorités des pays de l'Union européenne (UE) à partager «en temps réel» leurs données sur d'éventuelles campagnes de fausses informations. Avec, en ligne de mire, la Russie.

L'Europe est en feu, et les plateformes de médias sociaux apportent des pistolets à eau pour combattre les flammes

Faisant écho à la Commission européenne, l'ONG Avaaz, qui se présente comme indépendante et qui fonde son action sur des pétitions, a reproché aux grands acteurs d'internet de ne pas prendre la mesure de leurs responsabilités. «L'Europe est en feu, et les plateformes de médias sociaux apportent des pistolets à eau pour combattre les flammes», a accusé un responsable de l'ONG, Christoph Schott, dans un communiqué. «C'est maintenant à la Commission européenne de faire ce qu'elle menace de faire depuis un an : légiférer. Ils ont quatre mois pour le faire», a-t-il encore lancé, cité par l'AFP. Avaaz a par ailleurs lancé une pétition à l'adresse de Marc Zuckerberg, PDG de Facebook, avec le mot d'ordre : «Assez, c'est assez. Nous vous exhortons à protéger nos démocraties, et ce immédiatement.»

Facebook avait néanmoins pris les devants la veille de l'intervention de la Commission, le 28 janvier, en annonçant depuis Bruxelles le lancement de «nouveaux outils» pour lutter contre les «interférences» dans les élections européennes, et «rendre la publicité politique plus transparente». Le réseau social américain est particulièrement sous pression, accusé de ne pas avoir détecté des supposées campagnes de manipulation de l'électorat américain, attribuées à la Russie, lors de la présidentielle de 2016.

Malgré ses nouvelles promesses, Facebook doit encore «clarifier la manière dont il va déployer ses outils» et «renforcer la coopération avec les fact checkers [vérificateurs de faits] et la communauté des chercheurs dans l'ensemble de l'UE», a encore insisté ce même 29 janvier la Commission.

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Dernière mise en demeure

Quant à Google, l'exécutif européen a regretté que les outils dits d'amélioration de la transparence ne soient «disponibles que dans un petit nombre d'Etats membres». Le réseau social Twitter de son côté a été invité à donner «plus d'informations» sur la façon dont il allait concrètement empêcher les «producteurs de désinformation de faire la promotion de leurs tweets».

«Certains progrès ont été réalisés, notamment en ce qui concerne la suppression des faux comptes et la limitation de la visibilité des sites qui promeuvent la désinformation», a reconnu l'exécutif européen. «Des mesures supplémentaires sont nécessaires pour garantir la transparence totale des publicités politiques d'ici le début de la campagne pour les élections européennes dans tous les Etats membres de l'UE», a-t-il toutefois ajouté.

La Commission demande aussi que les plateformes internet permettent un «accès approprié» à leurs données. «Des grands chercheurs européens ont dit qu'il leur avait été impossible d'accéder aux données de Facebook», a avancé Julian King. Concernant les entreprises du monde de la publicité, l'exécutif européen a regretté qu'aucune d'entre elles n'ait signé le Code de conduite, qui n'a été endossé que par des fédérations professionnelles du secteur.

Des rapports seront désormais publiés chaque mois par la Commission, qui «effectuera une évaluation complète» de l'application du Code de conduite d'ici à la fin de l'année 2019. «Si les résultats s'avèrent insatisfaisants, la Commission pourrait proposer d'autres actions, y compris de nature réglementaire», a-t-elle mis en garde, c'est-à-dire en abandonnant le caractère volontaire de la démarche et en imposant des obligations législatives aux acteurs d'internet.

Facebook pas assez coopératif ?

Pour autant, Facebook a déjà fait montre de sa bonne volonté, du moins face aux injonctions du Congrès américain. En octobre 2018, le réseau social a supprimé plus de 800 pages, dont des médias alternatifs très suivis, peu avant les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. La pression s'intensifie toujours plus sur Facebook et son patron, Mark Zuckerberg, pressé de toutes parts d'apporter des garanties de sécurité à ses utilisateurs, notamment par les parlementaires aux Etats-Unis et en Europe. Le 22 mai 2018, Mark Zuckerberg était ainsi auditionné par la Сommission européenne après être passé sous les fourches caudines du Congrès américain un mois plus tôt. Les députés européens voulaient obtenir des réponses à leurs questions et des engagements de la part du géant numérique.

Faut-il désormais s'attendre à un grand ménage sur les réseaux sociaux et sur Google dans la dernière ligne droite avant les prochaines élections européennes ?

Alexandre Keller

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