Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

La piraterie comme garantie de la sécurité énergétique américaine?

La piraterie comme garantie de la sécurité énergétique américaine? Source: Gettyimages.ru
«La piraterie comme garantie de la sécurité énergétique américaine ?»
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L’opération militaire américaine au Venezuela est suivie d’une «Opération coup de poing» contre les tankers liés de quelque façon à la Russie au nom des sanctions unilatérales adoptées contre la fameuse «flotte fantôme». Pour Karine Bechet, il s’agit bien d’une tentative de garantir sa sécurité énergétique au prix de celle des autres pays.

Trois navires – le Sofia et le Marinera le 7 janvier, puis le Olina le 9 janvier – transportant du pétrole en provenance du Venezuela, liés d’une manière ou d’une autre à la Russie, ont été abordés par les forces militaires américaines depuis l’enlèvement du Président vénézuélien Maduro et l’installation d’un gouvernement temporaire.

Ces bateaux furent arraisonnés dans les eaux internationales par les Garde-côtes américains, qui sont ainsi formellement sortis de leur juridiction, sur ordre d’un tribunal fédéral américain pour violation des sanctions américaines contre le Venezuela.

Ainsi, les forces américaines ont violé le droit international, puisque leurs compétences s’arrêtent à la limite des eaux territoriales américaines. C’est d’ailleurs, ce que rappelle le ministère russe des Transports : « Conformément aux dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, la liberté de navigation s’applique en haute mer, et aucun État n’a le droit d’utiliser la force contre des navires dûment immatriculés dans les juridictions d’autres États. ».

Par ailleurs, le navire Marinera battait légalement pavillon russe et les États-Unis étaient au courant. Comme le souligne toujours le ministère russe des Transports : « Le 24 décembre 2025, le vaisseau Marinera a obtenu une autorisation temporaire de naviguer sous le drapeau national de la Fédération de Russie, délivrée conformément à la législation russe et aux normes du droit international.
Aujourd’hui, à 15h environ, heure de Moscou, les forces navales américaines sont montées à bord du vaisseau en haute mer, en dehors des eaux territoriales de tout État. Le contact avec le vaisseau a été perdu. » 

Et comme l’affirme le ministère russe des Affaires étrangères, les États-Unis en ont été régulièrement informés. Son arraisonnement est donc une première.

Les équipages devraient être déférés à la justice américaine, dont personne n’est autorisé à douter de l’impartialité dans des affaires aussi politiques. Heureusement, après une intervention vigoureuse du ministère russe des Affaires étrangères, deux marins russes à bord du Marinera ont été rendus à la Russie.

Comme nous l’avons appris, les États-Unis n’ont pas agi seuls. Dans le cas du Marinera, ils ont reçu, à leur demande, l’appui de la Grande-Bretagne : « Ils ont déployé des avions de reconnaissance pour suivre le navire et ont mis leurs bases aériennes à la disposition de l'US Air Force. ». En ce qui concerne le dernier en date, l’Olina, les nouvelles autorités bolivariennes qui ont montré patte blanche et ainsi prouvé leur allégeance au nouveau Maître, ont formellement apporté leur aide, comme le déclare Donald Trump : « Aujourd’hui, les États-Unis d’Amérique, en coordination avec les autorités provisoires du Venezuela, ont saisi un pétrolier qui avait quitté le Venezuela sans notre accord. Ce pétrolier est actuellement en chemin, de retour vers le Venezuela, et le pétrole sera vendu ».

Caracas a baissé le drapeau, plein de grandeur d’âme, et du coup une nouvelle agression armée américaine a été annulée ... ou reportée ?

Les États-Unis ont commencé à vider les navires de leur pétrole et imposent les règles de vente de ce bien, qui ne leur appartient pas. Cela s’appelle bien de la piraterie. Ainsi, apprend-on que le pétrole vendu sera utilisé « conformément aux intérêts des États-Unis et du Venézuela » et uniquement pour acheter des produits américains. Et si l’on tient compte de deux autres navires arraisonnés fin 2025, le montant devient important : « Selon le site spécialisé Tanker Tracker, cette cinquième prise de contrôle porte le total saisi par Washington en quelques semaines à plus de 6 millions de barils de pétrole, pour une valeur totale de 300 millions de dollars. »

Parallèlement, le Président américain lance un programme d’investissement au Venezuela, où les infrastructures sont en mauvais état. Une réunion était organisée avec les grands groupes, qui sont appelés à investir – sans pour autant être empressés : « La Maison-Blanche a indiqué que les entreprises représentées étaient Chevron, ExxonMobil, ConocoPhillips, Continental Halliburton, HKN, Valero, Marathon, Shell, Trafigura, Vitol Americas, Repsol, Eni, Aspect Holdings, Tallgrass, Raisa Energy et Hilcorp. »

Rappelons que le Venezuela possède les plus grandes réserves non exploitées de pétrole, avec plus de 300 milliards de barils de brut. Or, les anciens gouvernements avaient remis en cause la mainmise américaine, qui conduisait à une fuite des dividendes, en imposant un contrôle étatique sur l’exploitation des ressources du pays. Ce qui était évidemment inacceptable pour ces compagnies, dont la plus grande partie avait quitté le marché.

Désormais, les États-Unis se « remboursent » grâce à un gouvernement temporaire plutôt conciliant : des centaines de « prisonniers politiques » ont été libérés au moment de l’arrivée d’une délégation américaine à Caracas ; les nouvelles autorités ont annoncé in fine ne pas réagir à l’agression militaire et à l’instauration d’une tutelle politique (leur réaction ne sera que diplomatique).

Le néocolonialisme, dont parle le ministère russe des Affaires étrangères, avance à grands pas. Comme le souligne très justement la porte-parole du ministère, ces arraisonnements illégaux en eaux internationales ouvrent la boîte de Pandore : « La Russie appelle les États-Unis à cesser immédiatement leurs actions illégales contre le Marinera et les autres navires menant des opérations légitimes en haute mer. (...) La propension des États-Unis à provoquer de graves crises internationales est regrettable et alarmante. »

La Russie l’a à juste titre rappelé à maintes reprises : la sécurité d’un pays ne peut se construire au prix de celle des autres. Cela concerne tous les domaines de la sécurité nationale, notamment la sécurité énergétique. Les États-Unis ont un besoin urgent de garantir leur sécurité énergétique, puisque leurs besoins en la matière dépassent de très loin leurs capacités énergétiques réelles. Pour autant, déstabiliser l’équilibre international pour cela n’est pas digne d’une grande puissance.

 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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