Dans le Nord, les agriculteurs court-circuitent la grande distribution

Le magasin Talents de Ferme fête son premier anniversaire.© Twitter
Le magasin Talents de Ferme fête son premier anniversaire.

Le 19 août 2015 marquait le premier anniversaire de Talents de Ferme, un magasin ouvert par des producteurs qui y vendent leurs produits sans passer par la grande distribution. Un succès pour les agriculteurs, en pleine crise des éleveurs.

«On marche très bien sans elle !» affirment les producteurs à l'origine de Talents de Ferme, faisant référence à la grande distribution. Ce magasin, ouvert le 19 août 2014, répond à un objectif principal : se passer de la grande distribution. Alors que le monde agricole est secoué par une nouvelle colère des éleveurs, qui affirment ne pas parvenir à la rentabilité à cause des bas prix auxquels les grandes surfaces achètent leurs produits, ce magasin court-circuite tout simplement le système... avec succès.

Implanté dans l'agglomération lilloise, dans un hangar de 300m2, le magasin propose des produits sortant directement des exploitations. Des produits de qualité, frais, et de saison. Un modèle qui fonctionne : l'endroit reçoit plus de 250 clients journellement et a permis la création de 28 emplois. L'idée a même inspiré d'autres producteurs, il existe aujourd'hui environ 250 établissements de ce type en France.

«L'idée est surtout de nous rapprocher des consommateurs en nous rendant indépendants le plus possible» explique une productrice de fruits. «On a laissé tomber la grande distribution car ils imposent leurs prix, leur qualité et le calibre des produits», rajoute une vendeuse de légume bio, arguant que «nous n'avons pas peur de vendre des produits moches à partir du moment où ils sont bons et de saison».

Avec un chiffre d'affaires qui dépasse les deux millions d'euros, le magasin rapporte «deux fois plus qu'attendu» aux producteurs. Une solution pour un corps de métier qui se meurt, notamment à cause de revenus ne permettant pas de rentabiliser les exploitations.

L'alternative à la grande distribution

Se passer de la grande distribution et privilégier les rapports directs avec la production, constitue des pratiques de plus en plus appréciées par les consommateurs comme par les éleveurs/agriculteurs. Si cela représente un enjeu financier vital pour ces derniers, c'est tout autant par volonté de consommer des produits bios et d'origine contrôlée, que par acte militant que les consommateurs se prêtent au jeu. Un phénomène illustré par Talents de Ferme, mais qui se décline depuis plusieurs années sous d'autres formes.

Introduites en France dans les années 1990, les AMAP, ou Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne, se sont multipliées ces dernières années. Ces associations, qu'on recense à hauteur de 1 600 depuis 2012, mettent en place des partenariats de proximité entre un groupe de consommateurs et une exploitation locale. En clair, elles permettent à un exploitant de vendre directement sa production à une clientèle friande de produit frais, à un rythme correspondant à celui des récoltes, et en évitant la grande distribution. Les clients payent à l'avance la totalité de leur consommation sur une période définie.

Pour le consommateur, c'est la possibilité de disposer de produits de saison, d'origine biologique et qui ont subi le moins de traitement industriel possible. Pour le producteur, c'est la promesse d'une production rentabilisée. Les AMAP, en effet, établissent les prix des produits en fonction du coût de la production, et non pas en fonction du poids de la marchandise. Un modèle gagnant-gagnant, comme en témoigne les chiffres du secteur : au-delà de la multiplication des AMAP, le nombre de clients s'élève, en 2012, à environ 200 000 personnes.

Calmer la colère des éleveurs

Le premier anniversaire de Talents de Ferme a été fêté pendant une période de troubles, dans le monde agricole. Depuis le 19 juillet, un important mouvement de protestation a saisi les éleveurs et les agriculteurs de France. Démarrée dans le Calvados, la vague de colère s'est répandue dans la plupart des grandes régions agricoles de l'Hexagone. Armés de fumier et de gravats, équipés de tracteurs, les éleveurs ont bloqué des axes routiers important (tels que le périphérique de Caen), des sites touristiques (comme le Mont-Saint-Michel) et des zones frontalières (près de l'Allemagne et de l'Espagne). Les protestataires dénonçaient le non-respect, par les entreprises de grande distribution, d'accords, prévoyant que les prix de la viande bovine et porcine, ainsi que des produits laitiers, soient augmentés progressivement, afin de permettre aux producteurs de rentabiliser leurs exploitations.

En savoir plus : L'accès au Mont Saint-Michel bloqué par les éleveurs en colère

À la lumière des propos des agriculteurs et éleveurs, il semblerait que les acteurs de la filière agricole : abattoirs, usines de transformation, mais surtout grandes surfaces, soient la cause de l'effritement du secteur. Via les AMAP et des initiatives telles que Talents de Ferme, une voie alternative, peut-être une solution, a vu le jour.

En savoir plus : A Caen, les éleveurs protestent contre les prix de leurs produits

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