Ennemi de l’«extrême droite» en France, Valls en est-il devenu l’allié par procuration en Espagne ?

Ennemi de l’«extrême droite» en France, Valls en est-il devenu l’allié par procuration en Espagne ?© ALBERT GEA Source: Reuters
L'ancien Premier ministre français Manuel Valls lors d'un discours à Barcelone, le 25 septembre.

Pour pouvoir diriger l'Andalousie, le parti de centre droit Ciudadanos s'est allié à Vox, classé à l'extrême droite. Une stratégie contre laquelle s'est battu – sans succès – Manuel Valls, qui se présente à Barcelone avec le soutien de Ciudadanos.

Après avoir bâti son image politique en s'érigeant en rempart face à l'extrême droite en France, Manuel Valls va-t-il être contraint d'effectuer un virage à 180 degrés sur la question, au point de devenir son allié en Espagne ?

L'hypothèse prend corps après le récent succès électoral en Andalousie de Vox, un nouveau parti classé à l'extrême droite. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), à la tête de la région depuis 1982, s'est effondré lors des élections du 2 décembre. Le parti d'extrême gauche Podemos n'a pas su combler le vide, laissant le champ libre au parti de centre-droit Ciudadanos et au Parti populaire (PP). Si ces derniers ont remporté les élections, leur succès demeurait toutefois insuffisant pour gouverner sans les 12 sièges remportés par Vox, subitement devenu incontournable.

Ciudadanos a donc décidé de s'allier avec ce nouveau venu sur la scène politique, permettant à sa candidate, Marta Bosquet, de prendre la tête du Parlement d’Andalousie. En contrepartie, Manuel Gaviria, un candidat de Vox, en est devenu le vice-président. Ceci constitue une première : depuis 1977, jamais un responsable d’extrême droite n'avait occupé un poste à responsabilité dans une institution espagnole.

«Mieux vaut perdre des votes que trahir ses convictions»

Il s'agit d'un véritable tremblement de terre politique, dont les secousses ont déjà atteint Barcelone, où se présente l'ancien Premier ministre français Manuel Valls. La plateforme qu'il dirige pour conquérir la mairie en mai prochain, «Barcelone capitale européenne», bénéficie en effet du soutien de Ciudadanos. Une situation embarrassante, la stratégie andalouse du parti ne correspondant pas aux convictions défendues par Manuel Valls...

L'ancien socialiste a d'ailleurs tout fait pour convaincre Ciudadanos de ne pas s'allier à Vox, assurant qu'il s'agissait d'une «erreur politique et [d'une] incongruité morale». Fort de son expérience en France, il a tenté d'importer l'idée d'un front républicain, implorant le PSOE de s'abstenir le jour du vote pour que Ciudadanos et le PP n'aient pas besoin des voix de Vox.

En désespoir de cause, il a même fait valoir qu'il valait mieux «perdre des votes, voire même le gouvernement, que de trahir ses propres convictions et ses valeurs démocratiques», principe qu'il souhaitait voir appliqué en Andalousie autant qu'à Barcelone.

Sans succès. Visiblement, le poids politique de Manuel Valls n'était pas suffisant pour influer sur la décision de Ciudadanos, qui, en validant cette alliance, l'a désavoué de façon cinglante. Reste à savoir comment l'ancien Premier ministre français va intégrer cette nouvelle donnée dans sa campagne, qu'il vient de lancer en l'axant sur la lutte contre le populisme.

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