Mohammed Allan : une détention sans raison, la faim, le coma… et bientôt alimenté de force ?

Une manifestation en soutien de Mohammed Allan Source: Reuters
Une manifestation en soutien de Mohammed Allan

Le prisonnier palestinien Mohammed Allan, tombé dans le coma deux mois après avoir commencé sa grève de la faim dans une prison israélienne pourrait être alimenté de force ce qui aggraverait sa condition.

Pour le moment le prisonnier, détenu depuis le mois de novembre sans accusations, a été transporté dans un autre hôpital pour recevoir des soins intensifs après que son état se soit aggravé. Mohammed Allan a tenu une grève de la faim durant deux mois avant de tomber dans le coma. Désormais, il est sous perfusion. Les médecins ont refusé de l’alimenter de force dans le premier hôpital où il a été soigné, mais personne ne sait ce que contenaient réellement les perfusions qui lui ont été posées.

Dans le nouvel hôpital où il se trouve maintenant, les médecins n'ont pas l’intention d’appliquer l'alimentation forcée, une procédure douloureuse et dangereuse pour le prisonnier, mais le directeur de l’hôpital dit que toutes les options sont possibles.

La procédure d'alimentation de force

La possibilité de l’alimentation forcée des grévistes de la faim a été adoptée par la Knesset malgré le fait que cette procédure soit considérée comme une forme de torture par l’ONU et est en contradiction totale avec les standards médicaux internationaux.

Les contradictions d'Israël

Sa famille, à son chevet, s’oppose également à l’alimentation forcée. Dans une interview à RT la mère d’Allan s’est dite choquée par la condition de son fils : «c’était horrible de le voir comme ça». Elle a fustigé les actions des autorités israéliennes en les qualifiant d’«oppressives» envers son fils et les Palestiniens, et a exprimé sa peur de voir la situation de son fils s'agraver si le personnel médical devait avoir recours à l'alimentation forcée : «l’arrestation administrative est injustifiée, mais l’alimentation forcée, c'est encore pire».

La population musulmane de Jérusalem en colère

Un tel traitement envers Mohammed Allan a provoqué la colère des musulmans de Jérusalem dont des centaines sont descendus dans les rues de la ville pour exprimer leur soutien au prisonnier toujours dans le coma. Ils se sont rassemblés près du Dôme du Rocher en tenant des drapeaux palestiniens et scandant des slogans pour la libération d’Allan.

Dans une interview à RT, un des militants a avoué qu’il avait peur que les autorités israéliennes recourent à l’alimentation forcée: «S’il est alimenté de force, nous avons peur que son corps épuisé par sa grève de la faim reçoive un fort choc. Cela pourrait le tuer». Il a également exprimé la position des musulmans israéliens envers cette situation : «Pour nous, c’est une sorte d'enlèvement – emprisonner les gens sans les accuser, cela revient à les enlever».

«C’est un prisonnier politique», a estimé le militant. «Et il y a plus de 400 prisonniers palestiniens comme lui dans les prisons israéliennes qui n’ont pas reçu d’accusations officielles. Car la loi du pays permet d'arrêter des gens pour les raisons de sécurité. Et les Palestiniens en deviennent les cibles dans la majorité de cas».

Sans issue

L’adoption de la loi sur l’alimentation forcée laisse les Palestiniens sans aucune option pour réagir à la détention, estiment Jeff Halper et Mark Mcdonald, défenseurs des droits de l’homme.

L’alimentation forcée est un «acte barbare», souligne Mark McDonald, mais les Palestiniens n’ont pas d’autre choix car les conditions pour eux dans les prisons sont vraiment terribles, sans compter qu’une partie des 5 500 prisonniers palestiniens sont détenus sans preuves et sans accusations. Selon Mark McDonald, le monde entier doit protester contre les actions d’Israël pour mettre fin à cette situation.

«La personne accusée n’a pas de droit de se défendre», explique Jeff Halper. Cette absence de quelconque procès est «illégal par rapport à la loi internationale» et «criminalise l’existence palestinienne en soi», indique-t-il. D’après lui, les grèves de la faim sont le seul moyen pour ces prisonniers de protester contre leurs détentions. «La mort de Mohammed Allan attirerait l'attention sur ce problème et c'était peu-être son but», a déclaré Jeff Halper.

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