Monsanto aurait monté un réseau fictif de fermiers pour chanter les louanges du glyphosate

Monsanto aurait monté un réseau fictif de fermiers pour chanter les louanges du glyphosate© Emmanuel Dunand Source: AFP
Manifestation d'activistes anti-Monsanto devant le siège de la Commission européenne à Bruxelles le jour du vote sur le glyphosate, le 27 novembre 2017.

Une enquête de Greenpeace affirme que Monsanto, le géant de l'agrochimie, aurait payé une firme de lobbying pour créer de faux mouvements d’agriculteurs pro-glyphosate dans sept pays. Objectif : peser sur le vote européen concernant ce pesticide.

On sait l’histoire du géant controversé de l'agrochimie Monsanto émaillée de scandales retentissants. Mais sa dernière manœuvre visant à faire accepter le glyphosate, ce pesticide suspecté d'être cancérogène, prêterait presque à sourire... La firme aurait rémunéré un cabinet de lobbying, Red Flag, pour créer un réseau factice de fermiers fantômes chargé de valoriser ce désherbant polémique, alors que l’Union européenne débattait de son éventuelle interdiction.

Réseau fictif et fermiers fantômes ?

Les journalistes d'investigation de l'association écologiste Greenpeace, Unearthed, ont affirmé avoir démonté le stratagème du géant américain, en révélant le 17 octobre l'existence d'un pseudo-mouvement fermier présent dans sept pays d'Europe. En France, il s'agirait du compte Twitter d’Agriculture et Liberté, dont une partie des publications chante les louanges du glyphosate et clame son innocuité.

Les posts se succèdent sans réponse, sans réaction des internautes... Etrange pour un mouvement «d’agriculteurs français qui se sont unis pour protéger notre mode de vie et nos moyens de subsistance». Ce compte serait en réalité une coquille vide, et les prétendus agriculteurs ne seraient autres que de jeunes urbains pianotant depuis leurs bureaux de Dublin ou de Bruxelles pour le compte des lobbyistes de Red Flag, société d'influence à la solde des grands groupes de l'agro-alimentaire, du tabac ou des télécoms.

Selon le registre de la transparence des entreprises européennes, Red Flag aurait perçu 200 000 euros de Monsanto en 2017. La société se serait employée à créer des comptes bidon pro-glyphosate pour le géant des pesticides dans sept pays d'Europe : Allemagne, Royaume-Uni, Pologne, Espagne, Pays-Bas, Italie et Roumanie. L’enjeu était de taille : orienter le vote sur la prolongation de l'autorisation de la commercialisation du glyphosate à la Commission européenne en faveur de Monsanto. Alors que l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) l'a classé comme cancérogène probable en 2015, les députés européens, gênés aux entournures, ont repoussé plusieurs fois le vote. Ils ont fini par statuer sur une prolongation pour cinq ans fin novembre 2017. Cette période de flottement a pu être mise à profit par Monsanto pour tenter de manipuler l’opinion sur la question du glyphosate. 

Des stands pro-glyphosate bidon dans des salons agricoles ?

D'après les journalistes d'Unearthed, Red Flag aurait, pour servir les intérêts de Monsanto, entrepris une politique de location de stands dans la plupart des salons professionnels agricoles en Europe. Les enquêteurs d'Unearthed en ont identifié 33 entre 2017 et 2018. Via le faux-nez d'une association d’agriculteurs présente dans de nombreuses langues sur les réseaux sociaux, des agents de Red Flag auraient attiré des milliers de fermiers en goguette, rassurés par la présence d'un beau stand. Les employés de Red Flag se targuaient de donner des informations pour «clarifier la vérité» sur les impacts du glyphosate et récoltaient les signatures des visiteurs. «Notre tâche était de [...] leur poser des questions sur leur opinion au sujet du glyphosate et de leur donner des informations», explique un contractuel sur un site d'évaluation des entreprises. Du lobbying pur et dur.

Pourtant, le directeur général de Red Flag, Karl Brophy, a nié en bloc se livrer à un exercice de manipulation de l'opinion. Il a déclaré à Unearthed que Red Flag dispensait des «informations factuelles de la science sur le glyphosate» aux agriculteurs qui souhaitaient en savoir plus, et qui recherchaient en conséquence ces informations «de leur propre chef».

«Retourner le vote dans un comité clé de Bruxelles»

Difficile de déterminer précisément l'impact de ces agriculteurs manipulés sur le vote de la Commission. Toutefois, Red Flag pourrait se targuer dans ses communications d'avoir influencé le vote en faveur d'une prolongation de la commercialisation du glyphosate dans l'Union. 

«Red Flag a redoublé d'efforts sur les cibles identifiées à travers les médias et l'engagement direct afin de parvenir à retourner le vote dans un comité clé de Bruxelles pour faire gagner notre client», se réjouit la compagnie sur une de ses brochures. Il n'est pas fait mention de Monsanto, mais ces propos entrent en résonance avec d’autres déclarations regorgeant d'autosatisfaction de Red Flag : «En novembre dernier, une grande majorité de pays de l'Union européenne ont voté pour ré-autoriser le glyphosate. Nous sommes heureux d'avoir joué un petit rôle en fournissant l'information utilisée par de nombreux individus décidés à se dresser pour leur subsistance, pour leurs communautés et pour le futur de l’approvisionnement alimentaire en Europe.»

Lire aussi : Les députés LREM rejettent de nouveau l'inscription dans la loi de l'interdiction du glyphosate

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