«Méprisés», les policiers belges se font porter pâles pour un sommet à Bruxelles (ENTRETIEN)

«Méprisés», les policiers belges se font porter pâles pour un sommet à Bruxelles (ENTRETIEN)© NICOLAS MAETERLINCK Source: AFP
Les policiers belges rendent un dernier hommage à leur collègue assassiné dans le cadre de ses fonctions à Spa le 26 août 2018 (image d'illustration).

Ils se disent méprisés par leur propre gouvernement, ils ne cessent d'alerter sur la détérioration de leurs conditions de travail et comptent leurs morts... A présent, les policiers belges disent stop et se font porter pâles en plein sommet.

Joint par RT France au téléphone ce 17 octobre, le secrétaire national du syndicat policier belge SNPS Thierry Bellin contient sa colère : «Nous ne demandons pas des augmentations, nous voulons simplement conserver notre statut et un peu de calme, de sérénité pour exercer notre métier, alors qu'on constate de plus en plus de violences très graves commises à l'encontre de la police et que le gouvernement ne fait rien.»

Afin d'accomplir cet objectif et être entendu du gouvernement belge, des centaines de policiers ont décidé de se faire porter pâles ce 17 octobre alors qu'ils devaient encadrer un sommet européen et la réunion du dialogue Europe-Asie les 18 et 19 octobre (ASEM) à Bruxelles.

Deux collègues ont été blessés par des tirs de Kalachnikov, c'est-à-dire une arme de guerre !

La police fédérale jure qu'elle a pu rassembler un détachement de 400 policiers en urgence afin de palier le manque... «C'est faux !», s'étrangle le syndicaliste et d'appuyer son propos par une simple démonstration : «Il y a une brigade motorisée à Liège qui est chargée d'escorter les personnalités qui se rendent au sommet... Aujourd'hui, pas un seul d'entre eux ne va travailler, aucun ! Je ne vois pas ce que peut faire Jan Jambon [le ministre belge de la Sécurité et de l'Intérieur] à part faire appel à l'armée.»

Les membres des forces de l'ordre en Belgique comptent les morts et les blessés... et la «grogne» monte, confie Thierry Bellin. Le 29 mai, deux policières étaient assassinées en pleine rue par un djihadiste, le 26 août, un gardien de la paix était abattu alors qu'il intervenait sur un vol de voiture à Spa. Plus récemment encore, le 13 octobre, «deux collègues ont été blessés par des tirs de Kalachnikov, c'est-à-dire une arme de guerre» dans la ville de Tièges, enrage le représentant syndical.

Ce qui a plus spécifiquement mis le feu aux poudres entre les policiers et le gouvernement, selon Thierry Bellin, c'est la façon de traiter les policiers : «Les collègues ont été réquisitionnés pour ce sommet du jour au lendemain. Dans le contexte actuel, ce n'est pas passé. Nous sommes méprisés par Jan Jambon et rien n'est fait pour que la situation s'arrange. Nous voudrions par exemple que la loi soit correctement appliquée, que les personnes condamnées effectuent leurs peines. Tenez, un exemple : cette année, un homme est sorti de prison sous contrôle judiciaire au bout de dix ans alors qu'il avait été condamné à 30 ans de réclusion pour avoir assassiné une jeune policière de 24 ans en 2008. Il a purgé un tiers de sa peine. Les policiers supportent difficilement ces choses-là.»

Nous sommes méprisés par Jan Jambon

Les policiers attendent à présent des gestes significatifs de la part du gouvernement, particulièrement au sujet des violences contre la police et de la criminalité qui ne faiblit pas, bien au contraire : «Il faut comprendre que la Belgique est un petit pays de par sa superficie, or, notre territoire est voisin des Pays-Bas et de la France... Nous sommes donc confrontés à une délinquance itinérante, c'est-à-dire que ces individus traversent notre pays et en sortent très vite, même s'ils sont pris en chasse par nos forces.»

Les deux sommets auront-ils lieu malgré tout ? A l'instar de RTL.be, les médias belges annoncent déjà une belle «pagaille» avec une circulation très compliquée à Bruxelles dans les prochains jours... Affaire à suivre.

Antoine Boitel

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