«Ce n'est pas de l'art, c'est de la désinformation» : le scénario du film sur le Brexit révélé

«Ce n'est pas de l'art, c'est de la désinformation» : le scénario du film sur le Brexit révélé Source: Reuters
L'acteur Benedict Cumberbatch joue dans le film sur le Brexit

De scènes totalement improbables entre Nigel Farage et son ami Arron Banks aux innombrables inexactitudes sur la façon dont a été menée la campagne, le film sur le Brexit, dont le scénario a fuité, fait déjà beaucoup parler de lui.

James Graham, le réalisateur du film sur le Brexit qui sera diffusé début 2019 sur la chaine britannique Channel 4, l'assurait en mai dernier : son œuvre a pour objectif d'entrer «dans les coulisses de ce qu'il s'est passé lors de ce vote historique».

Mais une version du scénario datée de décembre 2017 que s'est procuré le média américain The Daily Beast, montre les libertés prises par le film avec la réalité. Et l'écart est par moment si important qu'il a suscité des réactions qui oscillent entre indignation et amusement outre-manche.

Une scène parmi d'autres a provoqué de nombreux commentaires circonspects et ironiques. Dans celle-ci, l'ancien leader de l'UKIP Nigel Farage sort tout sourire d'un hélicoptère pour retrouver Arron Bank, le co-fondateur du mouvement Leave.Eu. Ce dernier ouvre alors grand ses bras pour l'accueillir comme s'il saluait un amant, et l'embrasse chaleureusement. Les deux architectes du Brexit se lancent alors dans une partie acharnée de tennis dans le manoir d'Arron Banks.

Pourtant, Nigel Farage ne possède pas d'hélicoptère, et les deux hommes sont connus pour être plus adeptes d'une discussion autour d'une pinte dans un pub que sur un terrain de sport. Andy Wigmore, le porte-parole d'Arron Banks a confié au Daily Beast qu'il était amusant de voir à quel point le scénario était inexact. «C'est très drôle, et qui cela intéresse que cela soit juste ou pas, ce n'est pas un documentaire, c'est du divertissement. Je pense que cela va être une belle pièce de théâtre qui va nous faire passer pour des cloches», a-t-il lancé sans rancune.

«Cela trompe délibérément le public»

En dehors de cet improbable match de tennis, le Daily Beast a pointé d'innombrables exemples dans lesquels les personnages principaux sont présentés sous un faux jour, ou dans lesquels il existe une incompréhension manifeste du rôle joué par certains acteurs clés. Au cœur du scénario se trouve notamment l'assertion très contesté selon laquelle le milliardaire américain Robert Mercer aurait eu une grande influence sur les campagnes officielle et non-officielle du Brexit.

Dans une des scènes, Robert Mercer rencontre Arron Banks en personne dans les locaux du média Breitbart à Londres. Il promet alors de faire travailler l'entreprise Cambridge Analytica pour la campagne non-officielle du mouvement Leave.Eu. Et ce gratuitement, sous la forme d'une «donation de service» de sa part en raison de son amitié pour Nigel Farage. Or, ce type de donation non-déclarée est considéré comme illégal en vertu de la loi électorale britannique.

Le film touche là un point clé de la campagne Vote Leave, qui s'est vu infliger une amende par la Commission électorale pour avoir enfreint la loi électorale. Mais le lanceur d'alerte Shahmir Sanni, ancien de Vote Leave et dont les preuves ont contribué à ce jugement, ne partage pas du tout les conclusions présentées dans le film : «Ce n'est pas comme ça que ça s'est terminé.» «C'est ridicule, si vous faîtes un film basé sur une histoire vraie, alors n'inventez rien. C'est une fiction», a-t-il confié au Daily Beast. 

Sur le même ton, Carole Cadwalladr la journaliste de The Observer  qui a travaillé sur les liens entre Cambridge Analytica et le Brexit estime que le film est «profondément faux à tous les niveaux». «Cela trompe délibérément le public. Presque tous les personnages sont faux. Les dialogues sont faux. Les faits sont faux. L'inférence est fausse. Ils ont mal lu mes reportages. Et c'est incroyable qu'un diffuseur public ait quelque chose à voir avec ça», a-t-elle attaqué avant de conclure : «Ce n'est pas de l'art, c'est de la désinformation.»

Des erreurs factuelles qui pourraient coûter beaucoup plus à Channel 4 que sa seule réputation. Le jugement de la Commission électorale ouvre en effet la voie à une enquête judiciaire. Dans ce cas, la chaîne se trouverait dans un véritable champ de mines juridique si le film venait à être diffusé, au moment où des poursuites sont intentées contre des individus. Un porte-parole de Channel 4 a tenu à se montrer rassurant, soutenant qu'un scénario daté de 2017 n'était plus d'actualité. «La diffusion du drame Brexit sera conforme à l'Ofcom [l'équivalent du CSA] Broadcasting Code et à toute loi applicable», a-t-il fait valoir.

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