Chanoine de Latran: le titre reçu par Emmanuel Macron des mains du pape ne plaît pas à tout le monde

Chanoine de Latran: le titre reçu par Emmanuel Macron des mains du pape ne plaît pas à tout le monde© Alberto Pizzoli Source: AFP
Le président Emmanuel Macron dans la cathédrale du pape saint-Jean-de-Latran à Rome, lors de la cérémonie où il a été nommé chanoine honoraire le 26 juin 2018.

Emmanuel Macron est allé chercher auprès du pape François son titre de «premier et unique chanoine honoraire de Latran», soulevant un vent de critiques dans l’opposition, en particulier chez la France insoumise, qui blâme des atteintes de la laïcité.

Colère de la France insoumise (LFI) après la cérémonie au Vatican, conduite par le pape François en l'honneur d'Emmanuel Macron le 26 juin dans la basilique Saint-Jean-de-Latran. Le président français y recevait son titre de «premier et unique chanoine honoraire de Latran». Cette démarche a été qualifiée de «mépris de la laïcité» par Alexis Corbière, député La France insoumise, et a déchaîné les critiques de nombreux membres de l'opposition. 

 

Ce titre revient de droit à tous les chefs d'Etat français depuis Henri IV, mais tous n'ont pas souhaité aller chercher cet honneur. L'initiative d'Emmanuel Macron, qui semble ainsi réitérer sa volonté de renforcer ses liens avec l'Eglise, a irrité les députés de la France Insoumise.

Le président de la République doit être le premier des laïques

Le député Alexis Corbière a fustigé «une pratique tombée en désuétude pendant près de 200 ans, rétablie qu’en 1957 par le président René Coty». «Le président de la République doit être le premier des laïqus», a-t-il tonné. «En aucune manière il n’a [...] à engager un dialogue avec les évêques de France pour dire que nous devrions réparer le lien entre l'Eglise et l’Etat qui aurait été abîmé», a-t-il observé.

Cela lui a valu une passe d'armes avec Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, visiblement excédé : «C’est un titre laïque, c’est une distinction qui revient automatiquement au chef de l’Etat français depuis Henri IV, tous les présidents de la République l'ont été. Accepter de recevoir le titre de chanoine du Latran n’est pas un acte d’allégeance religieuse mais la réponse d’un honneur adressée par un Etat, en l’occurrence le Saint-Siège, à un chef d'Etat, en l'espèce le président de la République. Soyez donc rassuré, il n'y a pas de dimension spirituelle mais uniquement une dimension honorifique et historique.»

L'opposition cherche des noises au chanoine   

Un déluge de tweets LFI s'en est suivi pour blâmer la démarche d'Emmanuel Macron, à commencer par son leader, Jean-Luc Mélenchon, qui dénonce une méconnaissance de la laïcité et qualifie Emmanuel Macron de «chanoine en chocolat».

Le député LFI Adrien Quatennens estime que «la laïcité, comme la République, ne peut être à géométrie variable qu’au prix d’un terrible affaiblissement».

A gauche comme à droite, le voyage d'Emmanuel Macron au Vatican a déplu. Le sénateur socialiste Alain Duran évoque ainsi «un énième dévoiement de la laicité», tandis que Bruno Retailleau, président du groupe les Républicains au Sénat, épingle une posture jugée hypocrite. 

Jean Messiha, membre du Rassemblement national, a raillé Emmanuel Macron et les nombreux costumes qu'il endosse.

Chanoine : un titre qui peut être laïque... mais reste religieux

Le titre de «premier et unique chanoine honoraire de Latran» remonte à Louis XI, mais a pris son sens avec le roi Henri IV. En 1604, le roi de France, qui avait abjuré sa foi protestante pour le catholicisme et reçu l'absolution du pape, a souhaité apaiser la France en pleine guerre de religion. Il a offert l'abbaye bénédictine de Clairac (Lot-et-Garonne) au Saint-Siège, ce qui lui a valu le titre de chanoine en signe de reconnaissance.

Les rois de France ont tous été chanoines honoraires, mais, le premier, René Coty s'est déplacé en personne en 1957 pour la cérémonie officielle. Les dirigeants qui lui ont succédé, s'ils l'ont accepté, n'ont pas tous voulu recevoir le titre des mains du pape. Charles de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy sont allé au Vatican pour cette occasion, mais Georges Pompidou, François Mitterrand et François Hollande ne se sont pas déplacés.

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