L'ambassadeur américain en Allemagne veut soutenir les «conservateurs» en Europe, Berlin s'émeut

- Avec AFP

L'ambassadeur américain en Allemagne veut soutenir les «conservateurs» en Europe, Berlin s'émeut© Stringer Source: Reuters
L'ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne Richard Grenell à Berlin le 4 juin 2018. (image d'illustration)

Richard Grenell, ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne, a expliqué dans un entretien à Breitbart qu'il désirait «soutenir d'autres conservateurs partout en Europe». Une sortie jugée contraire à la neutralité à laquelle il est supposé s'astreindre.

L'Allemagne a demandé ce 4 juin à Richard Grenell, ambassadeur américain à Berlin et fidèle de Donald Trump, des explications après ses déclarations de «soutien» aux conservateurs en Europe dans un entretien accordé la veille au site d'actualité de l'«alt-right» (droite dure) américaine Breitbart.

Berlin a demandé «une clarification» à l'ambassadeur, selon un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, ajoutant que Richard Grenell, en poste depuis moins d'un mois à Berlin, aurait l'occasion de s'expliquer lors d'un entretien prévu cette semaine avec le secrétaire d'Etat du ministère, Andreas Michaelis.

Je veux absolument soutenir d'autres conservateurs partout en Europe, d'autres responsables

Dans son interview à Breitbart, le diplomate déclare avoir été contacté par «de nombreux conservateurs dans toute l'Europe» qui lui ont fait part de leur sentiment d'une «résurgence en cours» de cette mouvance politique, portée par l'échec des politiques de gauche. «Je veux absolument soutenir d'autres conservateurs partout en Europe, d'autres responsables», fait savoir Richard Grenell. «Je pense que l'élection de Donald Trump a permis aux gens de dire qu'ils ne peuvent pas autoriser la classe politique à déterminer qui va gagner ou qui devrait être candidat avant que l'élection ait lieu», poursuit-il.

Attaqué sur Twitter, l’ambassadeur a paru partiellement revenir sur ses propos. Il a ainsi jugé «ridicule» l'idée qu'il puisse appuyer des partis ou candidats conservateurs lors d'élections en Europe. «Je maintiens mes propos sur le fait que nous vivons un réveil de la majorité silencieuse, ceux qui rejettent les élites et leur bulle. [Un mouvement] mené par Trump», a-t-il ajouté.

Ses déclarations ont provoqué des remous en Allemagne et à travers l'Europe. «Je sais que vous êtes encore tout nouveau à votre poste mais cela ne fait pas partie des prérogatives d'un ambassadeur de s'immiscer dans la politique de son pays hôte, Monsieur Grenell», a commenté Lars Klingbeil, le secrétaire général du SPD (social-démocrate) allemand, parti membre de la coalition gouvernementale d'Angela Merkel, dans une référence à la neutralité diplomatique qu'un ambassadeur est censé observer.

Richard Grenell a rencontré Benjamin Netanyahou et s'entretiendra avec Sebastian Kurz

«Nous devons défendre l'Europe face à Trump, son diplomate n'a pas à s'immiscer dans nos élections ou à tenter d'influencer notre société. Nous respectons la souveraineté des Etats-Unis, à eux de faire de même», a également fustigé le chef des élus libéraux au Parlement européen, Guy Verhofstadt.

Signe que Richard Grenell envisage ses prérogatives de façon élargie, il a rencontré ce 4 juin, à sa demande, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, en visite en Allemagne. Il a également prévu de recevoir à Berlin le 13 juin le chancelier autrichien conservateur Sebastian Kurz, entrevue inhabituelle pour un ambassadeur dont la mission est principalement de veiller sur les relations germano-américaines.

Dans son interview à Breitbart, Richard Grenell loue la politique du jeune chancelier, qui gouverne en coalition avec la droite populiste anti-immigration dans son pays. «Il s'agit, particulièrement dans des moments comme celui-là, de rester en contact avec les hommes de confiance du président américain, en particulier sur des questions telles que la politique commerciale et les relations transatlantiques», ont réagi les services du gouvernement autrichien dans une déclaration à la presse, assurant que la rencontre avait lieu à la requête des deux parties.

Ancien porte-parole de la mission américaine à l'ONU sous l'administration Bush, le nouvel ambassadeur a travaillé avec John Bolton, un «faucon» nommé récemment conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump.

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