Grindr : l'application de rencontres gay accusée de partager le statut VIH de ses utilisateurs

Grindr : l'application de rencontres gay accusée de partager le statut VIH de ses utilisateurs© Raul Arboleda / AFP Source: AFP

L'application de rencontres homosexuelles Grindr est au cœur d'une polémique pour avoir laissé des entreprises tierces accéder à des données privées de ses utilisateurs, dont leur statut VIH.

Au cœur d'une polémique, Grindr, célèbre application de rencontre gay qui revendique 3,6 millions d'usagers actifs quotidiens, a confirmé partager le statut VIH publié par ses utilisateurs avec des entreprises partenaires.

Selon le site Buzzfeed, les découvertes de chercheurs norvégiens de l'organisation à but non lucratif Sintef révèlent que parmi les informations partagées se trouvent les adresses email, le type de relations recherchées, les positions sexuelles préférées, les coordonnées GPS précises des utilisateurs ainsi que leur statut sérologique et la date de leur dernier dépistage du VIH. Sintef redoute que ces données puissent être utilisées pour identifier individuellement des utilisateurs de Grindr.

Dans un texte publié sur la plateforme Tumblr, Scott Chen, un des responsables de Grindr, a confirmé que des partenariats avec des fournisseurs de logiciels comme Apptimize et Localytics, visant à tester et valider la manière de déployer la plateforme Grindr, impliquaient des partages de données utilisateurs. Tout en affirmant limiter les données partagées au strict nécessaire, Grindr reconnaît que «parfois, elles peuvent inclure des infos relatives à la localisation et au statut HIV car ce sont des informations qui sont dans l'application». Le responsable a cependant tenu à se montrer rassurant: «En tant qu'entreprise au service de la communauté LGBTQ, nous comprenons à quel point la révélation d'un statut HIV peut être un sujet sensible», a écrit Scott Chen.

Sur les réseaux sociaux, les réactions ne se sont pas fait attendre. «La confidentialité ne concerne pas seulement les numéros de cartes de crédit et les mots de passe. Partager des informations sensibles comme celles-ci peut mettre les Américains LGBT en danger», a réagi sur Twitter le sénateur américain Ed Markey.

Interrogé par Buzzfeed, Cooper Quintin, chercheur en sécurité pour l'association de défense des droits numériques Electric Frontier Foundation a expliqué les risques liés à de telles divulgations : «Cela permet à un pirate informatique, un criminel ayant un peu de connaissances technologiques, à votre fournisseur de services Internet ou à votre gouvernement, de voir où vous vous trouvez». Dans certains pays, où l’homosexualité est réprimée, ce genre d'informations peuvent mettre en danger les utilisateurs. Sans compter les risques pour des personnes vulnérables de rencontrer des problèmes professionnels ou familiaux si ces informations très intimes venaient à être divulguées publiquement.

Selon Scott Chen, les entreprises partenaires de Grindr sont «soumises à des clauses contractuelles strictes» de confidentialité. «Notre but a toujours été de promouvoir la santé et la sécurité de nos utilisateurs», a-t-il affirmé, rappelant toutefois que les usagers peuvent choisir ou non d'indiquer sur leur profil leur statut VIH et que c'est donc à eux d'être vigilants : «Nous indiquons clairement dans notre politique de confidentialité que si vous choisissez d'inclure cette information dans votre profil, elle sera publique. Par conséquent, vous devez choisir attentivement les informations publiées dans votre profil.»

Mais encore faut-il avoir conscience des risques encourus. Répondant à Buzzfeed, Ben Wizner, directeur du projet Speech, Privacy and Technology de l'Union américaine pour les libertés civiles assure que «ce que la loi considère comme un consentement éclairé est dans presque tous les cas un consentement mal informé».

Fondé en 2009, Grindr qui se qualifie de «plus grand réseau mondial de rencontres pour hommes gays», a été le premier à utiliser la technologie de la géolocalisation sur smartphone.

Cette polémique intervient alors que Facebook est cloué au pilori depuis plus de deux semaines, accusé de n'avoir pas protégé les données de plus de 50 millions d'utilisateurs, qui ont fini, via une application tierce, entre les mains d'une firme d'analyse de données qui les aurait utilisées à des fins politiques.

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