Les «Sages» allemands contre une Europe politique

Le Président des "Sages" Christoph Schmid et la Chancelière Angela Merkel, en présence des membres des "Sages" Claudia Buch, Lars Feld et Peter Bolfinger, de la leader du Parti Socialiste Ursula von der Leyen et du ministre des Finances Wolfgang Schäuble.© Tobias Schwarz Source: Reuters
Le Président des "Sages" Christoph Schmid et la Chancelière Angela Merkel, en présence des membres des "Sages" Claudia Buch, Lars Feld et Peter Bolfinger, de la leader du Parti Socialiste Ursula von der Leyen et du ministre des Finances Wolfgang Schäuble.

Les «Sages» du Conseil allemand des experts économiques, qui conseillent la Chancelière Angela Merkel se sont prononcés contre l'intégration politique de la zone euro, notamment contre un ministre des Finances européen.

Au lendemain de la crise grecque, l'intégration politique de la zone euro est plus que jamais au centre des débats. Cette idée, qui consiste en la création d'une institution politique des pays de la zone euro, responsable devant le Parlement européen, a été mise à mal par un rapport de 50 pages remis au gouvernement allemand, mardi 28 juillet. Les auteurs en sont les «Sages» allemands. Un groupe d'universitaire qui conseillent la Chancelière Angela Merkel et qui constitue le Conseil allemand d'experts économiques.

Pour les «Sages», l'intégration politique de la zone euro n'est pas envisageable. Selon Lars Feld, l'un des auteurs de rapports, «il serait très difficile de composer avec les énormes différences» entre les pays de la zone. «On a vu dans les négociations [avec la Grèce] que les orientations économiques différaient énormément», se justifie-t-il. «La France, l'Italie et Chypre, par exemple, ne sont pas du tout sur la même ligne que les autres États membres».

Un autre argument avancé par les «Sages» est qu'une telle intégration politique s'accompagnerait forcement de transferts de souveraineté que tous les pays ne seraient pas en mesure d'accepter. L'Allemagne, par exemple, connaît une «une forte inquiétude qu'on en arrive à une union de transferts», qui forcerait les pays les plus riches à systématiquement assister les plus faibles. À Berlin, on craint aussi qu'un tel système prive les pays les moins performants de leur motivation à procéder à des réformes et à renforcer leur économie. Un schéma de ce type «devrait être basé sur la volonté des citoyens, qui n'est certainement pas là», ajoute le rapport.

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Un débat douloureux en Europe

Ce rapport paraît alors que l'idée d'une intégration politique de la zone euro est avancée et portée par de plus en plus d'acteurs de l'Eurogroupe. C'est un cheval de bataille, notamment, pour le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble. Récemment, c'est le Président de la République française François Hollande qui a plaidé cette cause, lors d'une lettre adressée au JDD, en date du 19 juillet.

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Perçue et conçue de manières différentes, cette intégration politique devrait néanmoins consister en la création d'un poste de ministre des finances de la zone euro. François Hollande souhaite également voir l'institution encore imaginaire dotée d'un budget propre. À l'image des partisans de l'intégration, le chef de l’État imagine une institution responsable devant le Parlement européen.

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Avec la parution de ce rapport, le camp des sceptiques reprend du terrain, sans pour autant montrer une hostilité intemporelle à l'idée de l'intégration. Un autre auteur du rapport, le professeur Peter Bonfinger, tempère les propos de ses pairs. Selon lui, l'intégration politique est «incontournable», à terme. Il justifie la prise de position du rapport en expliquant qu'il est «à l'heure actuelle difficile d'obtenir le soutien» des gouvernements et des peuples de la zone euro.

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