Libye : sauver le monde à l’anglaise

Westminster © Peter Nicholls Source: Reuters
Westminster

Les révélations récentes du parlement britannique montrent que pour le Royaume-Uni, il est plus facile d’aller bombarder un pays que de l’aider à se reconstruire.

Selon les informations de Westminster, les Britanniques ont déjà dépensé plus de 448 millions d’euros pour les bombes utilisées dans le bombardement de la Libye alors que l’aide à la reconstruction n’atteint que 35 millions d’euros. 

Les chiffres du Parlement britannique
Les chiffres du Parlement britannique

«Ces chiffres sont impressionnants. Les sommes que le gouvernement du Royaume-Uni dépensera pour pilonner le pays dépassent le programme pour la reconstruction dans une proportion de 13 pour 1», a déclaré le député du Parti national écossais SNP Stephen Gethnis. 

Aujourd’hui, la Libye reste en proie à une crise politique sans précédent qui voit s’affronter les différentes tribus rivales qui composent le pays. Dans les dernières semaines, les affrontements entre les Toubous et les Touaregs ont causé la mort d’au moins 40 personnes alors que des dizaines d’autres ont été blessées, a déclaré un responsable de la ville de Sebha. Le chaos qui connaît le pays fait le jeu des groupes terroristes, et notamment de Daesh, qui essayent de s’implanter dans le pays. En juin dernier , l’Etat islamique (EI) est parvenu à progresser dans l’Est du pays et a pris le contrôle de l’aéroport de Syrte.

La représente du Centre des études du Moyen-Orient à Beyrouth, Catherine Shakdam est persuadée que l’Occident n’a pas l’intention de reconstruire la Libye car ce sont eux qui ont provoqué les conflits que connaît actuellement le pays.

«S’il y a une escalade, c’est à cause de la façon dont la guerre a été menée. Car il faut comprendre que le Royaume-Uni et ses alliés ont aidé à financer les affrontements parce qu’ils voulaient renverser le colonel Kadhafi à l’époque. Ils ont créé eux-mêmes les problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui, à savoir le radicalisme et la fragmentation de toutes ces milices qui existent en Libye, ce qui rend impossible la construction d’une paix. On nous a enseigné comment construire la démocratie, et on sait maintenant que ce ne fut pas le cas du tout, et donc, si on regarde pourquoi ces guerres ont été menées, essentiellement pour s’implanter et prendre le contrôle des ressources naturelles, alors le pourquoi de ces guerres devient plus évident», a-t-elle confié à RT lors d’une interview.

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye vit dans une totale anarchie. Deux parlements ne cessent de lutter pour le pouvoir dans le pays. D’un côté, un parlement élu et un Premier ministre reconnu par la communauté internationale, Abdallah al-Thani, siègent à Tobrouk ; de l’autre côté, le Congrès général national islamiste tient la capitale Tripoli où siège un autre gouvernement dirigé par le Premier ministre Omar Al-Hassi.

Une enquête sur l’intervention en Libye

Le Foreign Affairs Select Comittee britannique a ouvert une enquête sur l’intervention du Royaume-Uni en Libye en 2011. Son président Crispin Blunt a souligné sa volonté «d’examiner la qualité d’analyse qui a étayé la décision d’intervenir en Lybie».

«Est-ce que nous avons raisonnablement évalué les conséquences de cette action ? Si ce n’est pas le cas, cela soulève des questions sur les ressources existantes au sein du ministère des Affaires étrangères pour réaliser une telle analyse», a déclaré Crispin Blunt.

Capture d'écran du site de web http://www.parliament.uk/
Capture d'écran du site de web http://www.parliament.uk/

Néanmoins, le gouvernement britannique déclare qu’il n’avait pas l’intention de bombarder les populations civiles. «Nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires internationaux et régionaux pour octroyer un soutien aux Libyens qui luttent contre des groupes terroristes et nous discutons de la façon de faire usage des résolutions qui ont déjà été prises par le Conseil de sécurité de l’ONU pour sanctionner ces groupes terroristes en Libye, y compris des groupes affiliés à Daesh», a précisé le ministère des Affaires étrangères du Royaume-Uni.

Mais compte tenu de la manière dont les pouvoirs occidentaux agissent dans l’arène politique mondiale, Crispin Blunt craint que les négociations avec la Lybie soient difficiles. Il a précisé que les évènements de 2011 avaient «considérablement renforcé le sens de l’exceptionnalisme occidentale en Russie, ce qui a rendu les négociations sur la Syrie et la Crimée très difficiles».

Il y a quelques semaines, l’ONU a commencé un nouveau tour de négociations avec les parties rivales en Lybie pour tenter de les réconcilier. Reste que Crispin Blunt est persuadé qu’il vaut mieux veiller sur soi-même avant de donner des conseils aux autres.

«Si nous leur disons qu’ils doivent respecter les règles, ils peuvent nous indiquer des lieux où ils pensent nous devons respecter des règles», a résumé Crispin Blunt.

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