Gaza : la transition entre le Hamas et l'Autorité palestinienne ne dissipe pas les incertitudes

Gaza : la transition entre le Hamas et l'Autorité palestinienne ne dissipe pas les incertitudes© Mohammed Abed Source: AFP
Jeune Gazaoui devant un drapeau palestinien

L'accord entre le Hamas et le Fatah est synonyme d'espoir pour Gaza qui espère notamment une levée partielle du blocus égyptien. Mais la transition politique reste floue et les questions épineuses, comme les armes du Hamas, ne sont pas réglées.

Cette semaine pourrait bien marquer un tournant dans l'histoire de la Palestine, et plus largement dans le conflit qui l'oppose à Israël depuis plusieurs décennies. Plus de dix ans après sa victoire inattendue aux législatives palestiniennes, le Hamas s'apprête à rendre le contrôle de Gaza à l'Autorité palestinienne. Conséquence de l'accord de réconciliation signé au Caire entre les deux partis à la mi-octobre, cette transition politique pourrait bien faire avancer la lutte des Palestiniens pour obtenir la reconnaissance d'un Etat. 

Le 12 octobre dernier, le président palestinien Mahmoud Abbas, membre du Fatah, et le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, se sont en effet entendus pour préparer une transition politique à Gaza. Les pourparlers portaient sur les détails concrets du rapprochement entre les deux rivaux, après une décennie de dissensions dévastatrices. En 2007, une quasi-guerre avait même opposé les deux mouvements. Depuis, le Hamas, islamiste et disposant d'un bras armé, contrôlait la bande de Gaza, quand l'Autorité palestinienne, dominée par le Fatah, gouvernait la Cisjordanie, dans le cadre des restrictions imposées par l’occupation israélienne.

Le point central du texte : le Hamas annonçait la remise des clefs de la bande de Gaza à l'Autorité palestinienne. Avec trois guerres contre Israël depuis 2008, un blocus israélo-égyptien plus que décennal et des conditions de vie effroyables, la population gazaouie a accueilli cette annonce comme un véritable soulagement, parce qu'elle laisse espérer la fin du conflit dans le conflit – et peut-être un allègement de la pression exercée par Israël sur la zone depuis la victoire du Hamas, qu'il considère comme terroriste.

Beaucoup d'espoirs, mais beaucoup d'obstacles

Concrètement, la transition se place au moins autant sous le signe de l'espoir que de la prudence. En effet, si ses enjeux sont grands, les modalités concrètes de sa mise en place demeurent encore floues. Elle pourrait certes préfigurer des changements majeurs, comme par exemple lorsque le Hamas a officialisé le 1er novembre dernier la transfert à l'Autorité palestinienne du contrôle de la frontière gazaouie avec Israël et l'Egypte (soit trois passages au total : Erez et Kerem Shalom vers Israël, Rafah vers l'Egypte).

Cette annonce avait soulevé de vifs espoirs parmi la population de Gaza. En effet, la maîtrise de ces zones de haute tension n'est pas seulement un élément déterminant de la souveraineté politique. Elle devait également permettre, une fois l'Egypte rassurée par la prise en main de sa frontière avec Gaza par l'Autorité palestinienne, la réouverture du point de Rafah – et donc la levée partielle du blocus sur Gaza.

Plusieurs semaines plus tard, les grilles du point de passage de Rafah ne sont toujours pas ouvertes de manière durable. Si le point de passage a certes été ouvert le 18 novembre dernier pour quelques jours, seuls les «cas humanitaires enregistrés» ont été autorisés à le franchir. L'Egypte n'est pas totalement rassurée. Selon un ministre de l'Autorité palestinienne, moins de 5% du contrôle de la frontière lui a effectivement été transféré par le Hamas. En d'autres termes, la transition politique entre le Hamas et l'Autorité palestinienne est prometteuse sur le papier mais semée d'embûches sur le terrain.

La question des armes du Hamas et de la reconnaissance d'Israël 

Dans ce contexte relativement ambigu, la manière dont la passation de pouvoir entre le Hamas et l'Autorité palestinienne est supposée se manifester avant le 1er décembre reste incertaine. Aucun événement particulier ce jour-là (un vendredi, jour de repos hebdomadaire et de prières) n'est encore annoncé à Gaza. Des hauts responsables des deux organisations sont certes supposés se rencontrer, mais l'après-1er décembre demeure entièrement flou.

Or, les questions épineuses restent nombreuses et les désaccords entre Hamas et Fatah sont loin d'être réglés. La branche armée du Hamas, que les experts estiment à environ 25 000 hommes et plusieurs milliers de roquettes, continue de susciter de vives controverses. Israël et les Etats-Unis font du désarmement du mouvement un préalable à toute discussion avec un éventuel gouvernement d'union que celui-ci intégrerait aux côtés du Fatah. Mahmoud Abbas abonde en ce sens et n'envisage pas que l'Autorité palestinienne exerce pleinement sa souveraineté sur Gaza sans de solides garanties liées à la sécurité. Mais, de son côté, le Hamas exclut totalement de rendre les armes.

Autres sujets délicats qui n'ont pas encore été réglés : la reconnaissance d'Israël, ou encore le sort des milliers de fonctionnaires recrutés à Gaza par le Hamas depuis qu'il y exerce le pouvoir, et dont l'intégration à la machine administrative dirigée par l'Autorité palestinienne est loin d'être garantie. Ces écueils expliquent un enthousiasme fortement modéré des deux côtés, et n’apaise pas la méfiance de Benyamin Netanyahou, qui va jusqu'à affirmer que le rapprochement des deux partis palestiniens «compliquera largement tout accord de paix» sans reconnaissance préalable de la légitimité d'Israël. L'Egypte, qui a dépêché une délégation sur place pour surveiller la transition, soutient un accord qu'elle sait fragile. Quant au Hamas et au Fatah se contentent pour l'heure d'évoquer d’éventuelles élections à moyen terme. La prudence reste de mise pour toutes les parties.

Quant aux Etats-Unis, ils préfèrent se faire discret. Si Donald Trump sait que la transition politique entre le Hamas et l'Autorité palestinienne n'arrange pas les affaires d'Israël, à qui la mainmise du Hamas sur Gaza fournissait une justification parfaite pour mener sa politique régionale, il semble nourrir l'espoir de réussir là où tous les autres ont échoué. Depuis plusieurs mois, les envoyés spéciaux du président américain, parmi lesquels, l’avocat Jason Greenblatt et Jared Kushner, le propre gendre du Donald Trump, multiplient les déplacements sur place, tout en prenant soin de ne rien révéler des propositions en vue d'un accord de paix.

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