Angelina Jolie, appât parfait pour un criminel ougandais selon la Cour pénale internationale

Angelina Jolie, appât parfait pour un criminel ougandais selon la Cour pénale internationale
Angelina Jolie et le procureur de la Cour pénale internationale (2003-2012) lors d'un gala baptisé «Cinéma pour la paix», photo ©Fabrizio Bensch/Reuters

En 2012, le chef de la CPI imaginait l'actrice piéger le chef d'une milice d'enfants soldats. Mais l'anecdote, rocambolesque, dépasse le cadre de l'actualité people. Hollywood, la CPI et le Pentagone semblent entretenir des liens intimes.

La réalité dépasse la fiction. Luis Moreno Ocampo, premier procureur (2003 à 2012) de la Cour pénal internationale (CPI) prenait ses décisions après avoir consulté des peoples tels que George Clooney ou Angelina Jolie, d'après Mediapart. Luis Moreno Ocampo voyait même en celle qui a incarné Lara Croft à l'écran une sorte d'agent secret, comme le rapporte le journal britannique The Times, capable à ses yeux de contribuer à l'arrestation de Joseph Kony, dangereux chef d'une milice d'enfants soldats, l'Armée de résistance des Seigneurs, sévissant en Ouganda. «[Angelina Jolie] a eu l'idée d'inviter Kony à dîner et de l'arrêter», argumente Luis Moreno Ocampo en 2012 dans un mail fuité destiné à un responsable de l'ONG Invisible Children, et cité par le Times. «Oublie les autres célébrités, c'est elle. Elle adorerait arrêter Kony», fait-il encore valoir. Et d'ajouter, très sérieusement : «Elle est prête. Brad [Pitt, à l'époque son mari] viendra probablement aussi.»

L'Ouganda... vu par Hollywood

En 2011, le drame médiatisé des enfants soldats en Ouganda, enrôlés de force dans l'Armée de résistance du Seigneur (LRA en anglais) émeut l'opinion publique. Créée en 1988 après l'éclatement de la guerre civile, la LRA sévit alors depuis plus de 20 ans dans le pays et cause le déplacement d'environ deux millions de personnes dans la région, entre autres vers le Soudan. Selon l'ONG Invisible Children, qui produit une vidéo mise en ligne sur YouTube en 2012 et vue plus de 101 millions de fois, Joseph Kony, comparé à Adolf Hitler par l'ONG, disposait alors d'une armée de 30 000 enfants soldats rien qu'en Ouganda.

Pourtant, en contradiction avec la narration de l'ONG basée à San Diego en Californie, dès 2006, la LRA aurait été repoussée hors de l'Ouganda, pour continuer de sévir dans les régions frontalières de la République démocratique du Congo ou de Centrafrique, comme le note en mars 2014 le journaliste free-lance, spécialiste de l'Ouganda, Michael Wilkerson sur Slateafrique.

Mais l'histoire dépasse de loin l'actualité People et illustre la porosité entre Hollywood et le Pentagone. Dans ces années-là, Angelina Jolie est très active sur la scène internationale. La fille de l'acteur John Voigt est notamment ambassadrice itinérante auprès des Nations unies. Mais elle est aussi membre du Council on Foreign Relations (CFR), think tank néo-conservateur qui a largement influencé la politique étrangère des Etats-Unis, notamment sous la présidence de George W. Bush. Parmi ses membres, on trouve, entre autres, le très influent Henry Kissinger, ex-conseiller à la sécurité nationale américaine, ou encore l'ancien secrétaire d'Etat Colin Powell, célèbre pour avoir présenté aux Nations unies en 2003 de fausses preuves de la présence d'«armes de destruction massive» en Irak.

Du soft power... au hard power

En octobre 2011, le président Obama a autorisé le déploiement de 100 conseillers de l’armée américaine pour aider l’armée ougandaise à traquer Kony. Quelques semaines après cette décision seulement, en novembre 2011, la fabrique à images d'Hollywood sort dans les salles le film Machine Gun, un film d'action qui raconte l'histoire d'un ancien dealer de drogue de Pittsburgh qui trouve sa rédemption en devenant une sorte de Rambo défenseur de la cause des enfants soldats ougandais et soudanais, victimes précisément de la LRA. 

Dans la réalité pourtant, Joseph Kony ne sera ni arrêté ni liquidé. A ce jour, il est toujours introuvable. En mars 2017, l'armée américaine jette l'éponge, au terme d'une opération qui aurait coûté entre 600 et 800 millions de dollars. «Ces dernières années, la LRA a été réduite à une organisation sans importance», se félicitait pourtant Tom Waldhauser, chef de l'Africom, le commandement des Etats-Unis pour l'Afrique, créé par le Pentagone en 2008.

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