«Ramasse Mehmet !» : la communauté turque scandalisée par une campagne écolo en Allemagne

«Ramasse Mehmet !» : la communauté turque scandalisée par une campagne écolo en Allemagne© wb-duisburg.de
La nouvelle campagne pour la propreté lancée par la ville de Duisburg en Allemagne stigmatise-t-elle les Turcs ?

La campagne lancée par la ville allemande de Duisbourg pour encourager ses habitants à ne pas jeter leurs déchets fait polémique. Des noms d'origine turque y sont utilisés, ce qui n'a pas plu à la communauté turque locale.

Afin d'encourager ses habitants à la propreté, la ville de Duisbourg, dans l'ouest de l'Allemagne, a lancé une campagne de sensibilisation. Des messages invitant les habitants à jeter leurs déchets correctement ont été inscrits sur les 6000 poubelles que comporte la ville. On y trouve ainsi des slogans tels que «Kevin, c'est par là» ou «Steffi, ne laisse pas traîner tes déchets». 

Mais, au goût de la communauté turque locale, des noms d'origine turque comme Mehmet ou Gülcan ont été trop souvent utilisés dans ces mini slogans. 

«Duisbourg semble avoir l'impression que seuls les Turcs jettent leurs déchets par terre» s'est par exemple révolté un Internaute sur twitter. 

La polémique a choqué jusqu'en Turquie, où la chaîne de télévision Oda TV a couvert l'affaire, qui a ensuite été relayée par le journal BirGün.

Silke Kersken, la porte-parole de la campagne, a déclaré être «surprise» de ces mauvaises réactions. 

«Nous ne nous attendions pas à cette réaction», a-t-elle affirmé, citée par le Westdeutsche Allgemeine Zeitung.

«Leurs noms étaient choisis par hasard et il n'y avait aucune intention d'insulter qui que ce soit», s'est-elle expliquée, précisant qu'il était important d'être inclusif vis-à-vis de la communauté turque. 

Melih Keser, porte-parole d'un parti écologiste local, s'est quant à lui exprimé sur Facebook pour récuser les accusations de racisme portées à la campagne lancée par la localité. 

«J'aimerais dire qu'il ne s'agissait pas d'une campagne délibérément hostile aux Turcs ... Si c'était un cas de discrimination ou d'exclusion, je serais l'un des premiers à m'y opposer. Mais en l'occurence, ce n'est pas le cas ...» a-t-il expliqué.

Dans sa publication sur Facebook, il a souligné que la communauté turque faisait partie intégrante de l'Allemagne depuis 50 ans et qu'ainsi les noms à consonance turque pouvaient tout à fait être utilisés au même titre que les noms allemands. Selon lui, ce serait au contraire une preuve d'ouverture.

Il a cependant reconnu qu'utiliser le nom de «Mehmet» dans la campagne était inapproprié, puisqu'il s'agit d'un dérivé de «Mohammed», le prénom du prophète de l'Islam.

Environ trois millions de Turcs vivent en Allemagne. La ville de Duisbourg compte entre 85 000 et 100 000 habitants d'origine turque. 

En France, une polémique similaire, mais inversée

Cette idée de campagne de sensibilisation pour la propreté des espaces publics n'est pas propre à l'Allemagne. Depuis 2015 en France, l’association Vacances Propres a lancé une campagne similaire pour lutter contre les 88 000 tonnes de déchets jetés chaque année en France.

La campagne tente de sensibiliser les Français à ne plus jeter leurs déchets sur la voie publique à l’approche des vacances, en mettant un nom sur ce geste anodin pour la plupart.

En revanche, une polémique avait éclaté, de nombreux Internautes se plaignant du fait que les noms utilisés dans la campagne n'étaient pas assez diversifiés et ne représentaient que des prénoms français dits «de souche».

Idem pour la campagne anti-fraude de la RATP lancée en septembre 2016. De nombreux Internautes, mais également des députés du Rassemblement Bleu Marine (RBM, lié au Front national), tels que Gilbert Collard avaient dénoncé un «délit de sale gueule blanche» à la vue des trois versions de l'affiche de la campagne en question.

Pour les mécontents, la campagne de la RATP avait fait preuve de racisme anti-blanc, étant donné que la série d'affiches dénonçant la violation des règles dans les transports en commun manquait cruellement de «diversité» en ne représentant que des personnes blanches. 

Lire aussi : Sondage Ipsos : pour 58% des Français, le racisme anti-blanc est un phénomène assez répandu

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.