A l'approche du premier tour, quel est le point de vue des candidats sur la Crimée ?

A l'approche du premier tour, quel est le point de vue des candidats sur la Crimée ?© Maxim Shemetov Source: Reuters
Des habitants de Crimée célèbrent le deuxième anniversaire du référendum de rattachement de la péninsule à la fédération russe le 18 mars 2016. «La Crimée, c'est la Russie», peut-on lire sur la pencarte.

A trois jours du premier tour de la présidentielle, RT France s'est intéressé au point de vue des candidats concernant le rattachement de la Crimée à la Russie, un sujet controversé et abordé à plusieurs reprises durant la campagne.

Durant les mois qui ont précédé le premier tour de la présidentielle, désormais imminent, le sujet des relations avec la Russie a été régulièrement et largement traité par les prétendants à l'Elysée. Un des points les plus discutés s'est avéré être le rattachement de la Crimée à la fédération de Russie après le référendum de 2014. Qu'ils aient une position tranchée et intransigeante ou plutôt prudente, un certain nombre de candidats ont donné leur point de vue sur le sujet.

Pour François Fillon, la Crimée ne quittera jamais la Russie

Le 19 avril, dans une interview au Figaro, le candidat de la droite s'est montré très clair sur la question de la Crimée, assurant que cette dernière était «un territoire historiquement, culturellement, linguistiquement russe», ce que personne ne peut selon lui nier. «Cela ne sert à rien de s'entêter à dire que la Russie doit quitter la Crimée, ça n'arrivera jamais», a-t-il même lancé.

Le Républicain a néanmoins tenu à ajouter qu'il fallait «respecter deux principes fondamentaux et contradictoires : le respect des frontières et du droit international et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes». Pour François Fillon, la seule façon de parvenir à mettre d'accord la communauté internationale sur la question criméenne est d'organiser «une conférence sur l'avenir de la Crimée pilotée par les Nations unies et qui permette de trouver une solution».

Au sujet du terme «annexion», généralement employé par la presse occidentale pour qualifier le rattachement de la péninsule à la fédération de Russie après le référendum de 2014, François Fillon avait déclaré, lors du premier débat présidentiel du 20 mars : «Nous mêmes, nous avons modifié des frontières», et notamment «par la force», comme au Kosovo. Ce territoire à majorité albanaise a en effet été reconnu comme Etat par une partie de la communauté internationale, après que l'OTAN a conduit des raids aériens contre les autorités serbes en soutien aux séparatistes albanais, à la fin des années 1990.

François Asselineau et Nicolas Dupont-Aignan favorables à la reconnaissance du référendum en Crimée  

Le candidat de l'UPR semble partager le point de vue de François Fillon. En effet, le 28 mars, alors que l’Association Dialogue Franco-Russe avait invité les candidats à l’élection présidentielle ou leurs représentants à s’exprimer sur les relations entre la France et la Russie, François Asselineau avait reconnu la légalité du rattachement de la Crimée à la Russie.

«Je ne vois pas pourquoi on refuse de reconnaître le référendum qui a eu lieu en Crimée alors qu’on trouve très bien les référendums qui ont eu lieu au Kosovo ou au Sud-Soudan», avait-il noté.

Un argument également employé par le candidat de Debout La France, Nicolas Dupont-Aignan qui, lors de la même réunion du 28 mars, avait déclaré qu'«à partir du moment où il y a eu un référendum et que les habitants approuvent, il faut arrêter de faire une fixation sur la Crimée qui, de plus, est historiquement russe».

Cependant, pour lui, la Russie «ne doit pas se sentir autorisée à aller plus loin. «Il y a eu le précédent du Kosovo, puis la Crimée, à présent il faut mettre un terme aux modifications des frontières sur le continent», a estimé le candidat.

Pour Marine Le Pen, le rattachement de la Crimée à la Russie est «légal», point

Pour la candidate frontiste, la question du rattachement de la Crimée à la Russie ne se pose pas. Le 3 janvier, sur le plateau de Jean-Jacques Bourdin, elle avait jugé que «les habitants de la Crimée souhaitaient rejoindre la Russie». «Je ne crois absolument pas qu'il y ait eu une annexion illégale», a-t-elle déclaré, «il y a eu un référendum, je ne vois pas ce qui justifie de [le] remettre en cause».

Des propos ayant provoqué la fureur de Kiev, qui a fini par déclarer la présidente du FN persona non grata sur le territoire ukrainien. «De telles affirmations [...] en violation avec la législation ukrainienne, auront nécessairement des conséquences [...] comme c'est le cas pour certains politiciens français», avait déclaré dans un premier temps le président ukrainien Petro Porochenko, en référence notamment à Marine Le Pen, avant que la sanction ne soit définitivement adoptée. 

Pour Benoît Hamon, Moscou «entretient une guerre en Ukraine»

Hors de question pour le candidat socialiste de reconnaître le rattachement de la péninsule à la Fédération russe. Pour Benoît Hamon, celui-ci n'est pas «acceptable», et Moscou se rend ni plus ni moins coupable «d'entretenir une guerre en Ukraine», avait-il déclaré lors du débat présidentiel du 20 mars sur TF1. 

«Je considère aujourd'hui qu'il y a des accords qui sont mis en oeuvre, qui doivent respecter la légalité internationale [et il] n'est pas acceptable de la part de Poutine qu'il annexe un territoire d'un autre Etat souverain», avait ajouté le candidat socialiste, au sujet de la péninsule.

Sans avoir de position tranchée, Jean-Luc Mélenchon souhaite une conférence de sécurité de l'Atlantique à l'Oural

«En Europe, la première chose à faire, c'est une conférence de sécurité de l'Atlantique à l'Oural, parce que toutes les tensions viennent du fait que, quand l'empire soviétique s'est écroulé, personne n'a négocié les frontières avec qui que ce soit», a exposé le candidat de la France insoumise sur le plateau de TF1 le 20 mars.

Devant l'insistance de Benoît Hamon qui demandait à Jean-Luc Mélenchon plus de précisions sur cette sortie, l'ex-leader du Front de gauche a semblé souhaiter garder une certaine neutralité : «La frontière entre la Russie et l'Ukraine est-elle à la fin de la Crimée ou avant ? Qu'est-ce qu'on applique ? La décision du bureau politique de Nikita Khrouchtchev ou bien est-ce qu'on accepte ce qu'a décidé Poutine ?».

«Je ne sais pas ce qu'il faut accepter. Pour ma part, je vois bien les liens entre la Crimée et la Russie, mais on doit en parler», a poursuivi Jean-Luc Mélenchon, avant d'ajouter : «Ça ne sert à rien de se montrer armés jusqu'aux dents en face des Russes».

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