Elections présidentielles : comment les candidats voient-ils la relation franco-russe ?

Elections présidentielles : comment les candidats voient-ils la relation franco-russe ?

Le 28 mars, l’Association Dialogue Franco-Russe, a invité l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle ou leurs représentants à s’exprimer sur les relations entre la France et la Russie. Quatre ont manqué à l’appel.

La question de l’état actuel et futur des relations entre Moscou et Paris occupe une place de choix dans cette campagne présidentielle. Afin que les électeurs puissent se faire une idée de la vision de ceux qui aspirent à la fonction suprême sur cette question, l’Association Dialogue Franco-Russe, co-présidée par le député Les Républicains (LR) Thierry Mariani et le président de l'Union internationale des chemins de fer Vladimir Iakounine, a organisé une rencontre le 28 mars à Paris.

Elle a invité l’ensemble des candidats ou leur représentant à venir livrer leur analyse et présenter leurs futures actions potentielles pour influer sur les relations franco-russes. Le journaliste Frédéric Pons, auteur du livre Poutine. Au coeur des secrets de la Russie moderne, était chargé d’animer les débats.

Thierry Mariani, co-président du Dialogue franco-russe (LR)

D’après notre correspondante sur place, Jean Lassalle aurait souhaité être présent mais n’a pu faire le déplacement pour cause de meeting. De plus, personne n’était disponible dans son équipe pour le représenter. Trois autres candidats n’étaient ni présents ni représentés : Emmanuel Macron, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou. Ils ont refusé l’invitation.

Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan et François Asselineau étaient venus en personne. Djordje Kuzmanovic, conseiller de Jean-Luc Mélenchon, David Rachline, directeur de campagne de Marine Le Pen, Axel Poniatowski, soutien de François Fillon, ainsi que Pascal Cherki, porte-parole de Benoît Hamon, avaient également fait le déplacement.

RT France vous propose un petit tour d’horizon des propos marquants tenus par chacun des intervenants.

Jacques Cheminade : «gagnant-gagnant»

«Ma politique de relation avec la Russie sera celle du général de Gaulle», a souligné le candidat de Solidarité et Progrès dans une référence sans équivoque. Jacques Cheminade souhaite s’inscrire dans la tradition de non alignement qui fut celle du premier président de la Ve République. Il souhaite mettre en place une politique de «détente, d’entente et de coopération», un stratagème «gagnant-gagnant pour la cause commune de l’humanité».

Dans les faits, ce rapprochement doit s’effectuer sur un certain nombre de questions qu’il juge fondamentales. La lutte contre le terrorisme, tout d’abord. Il a ainsi rappelé le discours prononcé par Vladimir Poutine à l’ONU le 28 septembre 2015, «inscrivant cette lutte dans le droit international des nations».

S'inspirant de la célèbre expression, chère au général de Gaulle d'«une Europe de l’Atlantique à l’Oural», Jacques Cheminade a appelé à bâtir une Europe des nations et des projets encore plus grande, qui irait de «Lisbonne à Vladivostok».

Jacques Cheminade, candidat de Solidarité et progrès

Le candidat de Solidarité et Progrès souhaite accroître les relations économiques franco-russes, notamment dans les domaines de l’écologie, du développement de la Sibérie ou encore de l’agriculture.

Sur la question des sanctions qui touchent la Russie et de l'embargo sur les produits alimentaires occidentaux mis en place par Moscou en représailles, Jacques Cheminade a souhaité qu'ils cessent. Le candidat souhaite que la Russie puisse, à nouveau, acheter des produits agro-alimentaires tels que le lait ou la viande porcine à la France «comme elle le faisait avant».

Jean-Luc Mélenchon : «ni amis ni ennemis»

«Nous ne sommes pas les amis de Poutine, nous ne l’avons jamais rencontré et nous ne recevons pas d’argent de Russie», a lâché le représentant du candidat de la France insoumise, taclant le Front national (FN) et les prêts qui lui ont été accordés par des banques russes. Djordje Kuzmanovic a souhaité se distancer de Moscou dès le début de son discours. Il faut dire que son candidat, Jean-Luc Mélenchon, s’est vu reprocher à plusieurs reprises une trop grande proximité avec la Russie.

Le porte-parole a donc souligné que s'ils avaient été russes, les soutiens de la France insoumise se trouveraient très certainement dans l'opposition. Djordje Kuzmanovic a en outre souhaité jouer la carte du pragmatisme disant s’intéresser à la Russie en tant «qu’entité géostratégique».

Après avoir rappelé les liens historiques qu’ont entretenu avec la Russie de célèbres dirigeants français, tels que Napoléon Bonaparte, Charles de Gaulle ou encore Jules Ferry, Djordje Kuzmanovic a affirmé qu’en tant que président de la République, Jean-Luc Mélenchon entretiendrait des «relations cordiales et [nous] l’espérons de partenariat avec Monsieur Poutine ou tout autre président que les Russes se seront choisis».

Djordje Kuzmanovic, conseiller de Jean-Luc Mélenchon (FI)

Djordje Kuzmanovic s’est dit particulièrement intéressé par le groupement des BRICS, réunissant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, de même que par les outils économiques visant à concurrencer les traditionnels Fonds monétaire international (FMI) et Banque mondiale (BM) mis en place dans le cadre de cette alliance de pays émergeants. Il a parlé de la nécessité de «faire émerger un monde multipolaire face à la course hégémonique des Etats-Unis».

Citant lui aussi Charles de Gaulle et sa célèbre sentence «Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts», le conseiller de Jean-Luc Mélenchon a expliqué que la France avait des intérêts communs avec la Russie, mentionnant les domaines de la science, de la culture et du mémoriel.

Il s'est lui aussi déclaré contre les sanctions qui frappent la Russie au regard «des conséquences catastrophiques» qu’elles auraient sur la France. Il a notamment cité l’exemple des pays Baltes qui «historiquement vendent leur lait en Russie» et qui du fait des sanctions, se sont retournés vers le marché européen, concurrençant les producteurs français sur les prix.

Front national : «racines communes»

David Rachline, le directeur de campagne de Marine Le Pen a commencé son intervention par un rappel historique lors duquel il a mis en avant les racines européennes communes de la France et de la Russie. «Nous accordons de l’importance à l’âme des peuples contrairement aux mondialistes», a-t-il déclaré.

«Nous souhaitons que la Russie retrouve sa place au sein du continent européen», a lancé le maire de Fréjus. Avant de rappeler une déclaration faite en 2002 par Vladimir Poutine. Le président russe avait souligné que si la Russie était un pays «eurasiatique» d’un point de vue géographique, il était «européen» car «de culture européenne».

David Rachline, directeur de campagne de Marine Le Pen (FN)

David Rachline a notamment appelé à ce que les relations franco-russes s’inscrivent «dans le temps long». Selon lui, la volonté de la population de Crimée de rejoindre la Fédération de Russie était «légitime». «Nous exigerons que l’Union européenne lève les sanctions», a-t-il précisé. Avant d’ajouter qu’en cas de refus de Bruxelles, la France le ferait «de manière unilatérale». Revenant sur la non livraison à la Russie des navires de guerre français de type Mistral, David Rachline a parlé de «soumission totale à l’administration Obama».

D’après lui, «toute recherche de paix dans les différents conflits qui agitent le monde» ne peut se faire «sans la Russie». Raison pour laquelle il a appelé à ce que 2017 soit l’année «du rétablissement des relations franco-russes».

François Fillon : la cordialité ferme

Axel Poniatowski, ex-président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, a démarré son intervention en insistant sur l’importance des relations franco-russes, «une question qui n’est pas secondaire». Il a décrit comme un avantage le fait que François Fillon, le candidat de la droite, connaisse personnellement Vladimir Poutine.

«Le monde vit une période très dangereuse. La guerre s’est rapprochée de l’Europe, notamment en Ukraine», a averti Axel Poniatowski, avant d’ajouter que le risque terroriste restait très élevé sur le Vieux continent. C'est pour ces raisons, selon lui, qu'il est nécessaire d’effectuer un rapprochement diplomatique avec Moscou. Il a critiqué la «diplomatie aveugle» de François Hollande. «Il ne faut pas se tromper d’ennemi, ce ne sont pas les Russes qui ont organisé les tueries de Nice, du Bataclan, de Bruxelles ou encore de Londres», a-t-il rappelé. «Nous avons besoin de la Russie pour vaincre le terrorisme», a souligné Axel Poniatowski.

Axel Poniatowski, soutien de François Fillon (LR)

Il a cependant tenu à souligner que François Fillon ne comptait pas «faire preuve de faiblesse» avec ses interlocuteurs russes. Il a plaidé pour une relation «franche, respectueuse mais ferme si nécessaire».

A l’instar des précédents intervenants, Axel Poniatowski a rappelé que François Fillon souhaitait mettre un terme aux sanctions contre la Russie, chiffrant la chute du commerce bilatéral à 35%.

Benoît Hamon : à contre-courant

Si Pascal Cherki assure que le candidat du Parti socialiste (PS) ne veut pas d’une «Russie faible», ses dires montrent que la position de Benoît Hamon est assez inédite parmi les sept candidats représentés. «Nous avons besoin d’une Russie forte et responsable», a lancé le porte-parole du candidat socialiste.

Il a dit toute son admiration pour l'héritage franco-russe en glissant une petite anecdote historique. Ce dernier a en effet raconté à son auditoire l’origine du mot «bistro», entré dans le langage français, selon l'étymologie populaire, à l'occasion de la présence de l'armée russe à Paris de 1814 à 1818. En effet, en dînant dans les restaurants parisiens, les soldats russes s'exclamaient «bistro !» (vite, en russe) pour être servis plus rapidement. Nos bistrots d’aujourd’hui viendraient donc de ces exclamations.

«Pour le Parisien que je suis, c'est un héritage que j'affectionne», a déclaré Pascal Cherki.

Pascal Cherki, porte-parole de Benoit Hamon (PS)

A l’instar de tous les autres intervenants, il a souligné que la lutte contre le terrorisme ou la résolution des crises internationales passaient en partie par la Russie mais il est le seul à s’être déclaré favorable au maintien des sanctions qui sont selon lui «un moyen pas une fin». Il a qualifié le rattachement de la Crimée à la Russie d’«inadmissible» et s’il reconnaît que, de son côté, l’Ukraine ne fait pas tout pour mettre en œuvre les accords de Minsk 2 sur la résolution de la crise, il estime que «le fort doit toujours faire un pas vers le faible». Il a cependant souligné que son candidat était pour une levée progressive des sanctions dans le cadre de l'application de ces accords.

Nicolas Dupont-Aignan : sommet France-Russie-Etats-Unis

Après avoir fustigé la politique instituée par le Quai d'Orsay ces dernières années, le candidat de Debout la France (DLF) a assuré que s’il était élu, il inviterait le président Vladimir Poutine à inaugurer la cathédrale orthodoxe russe de Paris le 5 juin pour «réparer un outrage». Une référence à l’annulation de la visite du président russe prévue en octobre 2016 dans la capitale française lors de laquelle le président russe aurait dû inaugurer l’édifice religieux. A noter que cette proposition a récolté une salve d’applaudissements dans la salle.

Il souhaite également inviter le président russe ainsi que Donald Trump à venir commémorer le débarquement, le 6 juin en Normandie. Le même jour, le candidat à l’élection présidentielle désire organiser un sommet trilatéral avec ces deux chefs d’Etat, afin de «réaffirmer l’indépendance diplomatique et militaire» de la France qui a le droit «de coopérer avec qui elle veut».

Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout la France

A l’instar du représentant de François Fillon, Nicolas Dupont-Aignan a averti qu’il ne comptait pas «se mettre dans la main des Russes». Il a ainsi prévenu qu’il ne serait pas un «président docile».

Il a également déclaré que «la clé de l’élimination de l’Etat islamique» passait par «la Russie et la Syrie plus que par Riyad ou le Qatar».

François Asselineau : posture gaullienne

«Nous mettrons un terme aux sanctions», a garanti fermement François Asselineau, candidat de l'Union populaire républicaine, tout en laissant entendre qu'il avait lui aussi l'intention d'opérer un revirement démocratique vis-à-vis de la Russie. Il a notamment rappelé le chiffre donné par l'ex-président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricole Xavier Beulin, récemment décédé. Ce dernier estimait à environ un milliard d’euros les pertes subies par l'agriculture française en raison des sanctions.

François Asselineau a par ailleurs reconnu le rattachement de la Crimée à la Russie comme légal, expliquant avoir vu «une société libre» lors de son déplacement dans la région russe. «Je ne vois pas pourquoi on refuse de reconnaître le référendum qui a eu lieu en Crimée alors qu’on trouve très bien les référendums qui ont eu lieu au Kosovo ou au Sud-Soudan», a-t-il expliqué.

François Asselineau, candidat de l’Union populaire républicaine

Le candidat a fait part de sa volonté que la France retrouve son indépendance et sa souveraineté notamment au niveau diplomatique sur le modèle de la politique de Charles de Gaulle, une diplomatie «sans ennemis désignés».

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