Une statue de Neptune nu datant du XVIe siècle censurée «par erreur» sur Facebook

- Avec AFP

Une statue de Neptune nu datant du XVIe siècle censurée «par erreur» sur Facebook Source: Reuters
Facebook a brièvement censuré le corps dévêtu du Neptune de Giambologna, fierté des Bolonais depuis cinq siècles.
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Alors que Facebook intensifie sa lutte contre les «fake news», ses algorithmes semblent parfois ne pas être parfaitement adaptés à l'analyse des contenus, comme en témoigne cette nouvelle affaire de censure d'une œuvre d'art jugée... «sexuelle».

Une utilisatrice italienne de Facebook a eu la mauvaise surprise de voir l'une des photographies qu'elle avait publiées sur le réseau social censurée le 1er janvier. Pour illustrer sa page «Histoires, curiosités et vues de Bologne», Elisa Barbari, écrivain local, avait choisi un cliché du Nettuno, l'impressionnante œuvre du sculpteur maniériste Giambologna qui orne la fontaine du même nom au cœur de la ville de Bologne. Allégorie du pouvoir papal dominant le monde, ce Neptune du XVIe siècle est représenté nu, exhibant sa musculature et sa puissance. 

Cette nudité du dieu marin a d'abord été jugée contraires aux critères définis par Facebook, qui a informé Elisa Barbari que «cette image présent[ait] un contenu explicitement sexuel qui dévoil[ait] de manière excessive le corps humain et accord[ait] une importance trop grande aux parties intimes du corps» - et que les services techniques procédaient donc à son retrait du site.

Indignée, la jeune femme a décidé de porter à la connaissance de ses contacts Facebook cet épisode qu'elle assimile à de la «censure». «Comment une œuvre d'art, notre statue de Neptune à nous, peut-elle faire l'objet d'une censure ?» s'interroge-t-elle, appelant les Bolonais à la soutenir dans sa contestation de la décision du géant américain. 

Une statue de Neptune nu datant du XVIe siècle censurée «par erreur» sur Facebook
Capture d'écran, page Facebook d'Elisa Barbari

Contactés par le Guardian, un porte-parole de Facebook a expliqué que «les équipes chargées de faire le tri trait[ai]ent des millions d'images chaque semaine» pour justifier ce qu'il a admis être «une erreur». Après avoir précisé que l'image «ne viol[ait] pas les conditions d'utilisation», il a indiqué que l'entreprise avait présenté ses excuses à Elisa Barbari et remis la photographie en ligne.

Ce n'est pas la première fois que Facebook est accusé d'être excessif dans ses décisions concernant le retrait d'images supposées enfreindre les règles d'utilisation, et plus précisément celles qui dévoilent le corps humain. L'an passé, un Norvégien avait publié la célèbre photographie ayant remporté le prix Pulitzer en 1972 et représentant une jeune Vietnamienne fuyant une attaque au Napalm : l'œuvre avait également été jugée «sexuelle» par le réseau social, qui avait ensuite fait machine arrière. En 2011, c'est L'Origine du Monde de Gustave Courbet qui avait été censurée, provoquant une polémique quant aux critères retenus par Facebook pour effectuer ses choix.

Au-delà d'un dysfonctionnement des algorithmes permettant l'analyse des millions d'images circulant sur Facebook, cet incident pose de plus larges questions. L'affaire de la censure du tableau de Gustave Courbet a donné lieu à une bataille entre la justice française, qui s'estimait compétente pour juger cette censure abusive, et le géant américain qui, selon ses clauses d'utilisation, n'était justiciable qu'en Californie. En février dernier, c'est finalement la cour d'appel de Paris qui a remporté ce bras de fer

Alors que Facebook s'est lancé dans la guerre contre les «fake news» et entend combattre les informations erronées ou mensongères diffusées sur son réseau, l'approximation de ses logiciels de traitement pourrait remettre en cause le bien fondé de cette démarche - d'autant que les critiques à l'égard du biais politique dont le réseau social est soupçonné se sont multipliées ces derniers temps.

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